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General News of Friday, 8 January 2021

Source: www.camerounweb.com

Pouvoir à vie : pour le bien du Cameroun, Paul Biya doit être chassé (The Guardian)

Le très célèbre journal britannique The Guardian a publié il y a deux mois, un article critique vis-à-vis du régime de Paul Biya. Le tabloïd décrit la situation sociopolitique chaotique du Cameroun et appelle au départ du président octogénaire dans les meilleurs délais. « Je crains que le monde ne se réveillera que lorsqu'il ne restera plus personne à sauver et que Biya sera trop frêle pour être jugé », écrit le journal. CamerounWeb vous propose l’intégralité de l’article.


Le 6 décembre, le doyen des dirigeants africains, Paul Biya, et son parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), seront déclarés vainqueurs des toutes premières élections régionales du pays.
Cela est clair et attendu à l'intérieur et à l'extérieur de ce pays d'Afrique de l'Ouest. Paul Biya a manqué de rigueur d'une main de fer pendant près de 40 ans. Mais la question que nous devrions nous poser, mais que nous n'avons pas encore posée, est de savoir ce que cela signifie pour les 25 millions d'habitants du Cameroun. À mon avis, la réponse est plus de pauvreté, plus de violence, plus de corruption et plus de souffrance. Cela devrait nous obliger tous à agir.

En tant que premier producteur africain de bois et cinquième producteur mondial de cacao, le Cameroun devrait être un pays riche.

Mais la présidence à vie de Biya, la corruption et le recours à la violence aveugle en premier ressort ont fait du Cameroun un pays en crise ; sur une trajectoire descendante, je crains que le monde ne se réveillera que lorsqu'il ne restera plus personne à sauver et que Biya sera trop frêle pour être jugé.
Depuis son indépendance de la France en 1960, le Cameroun est dirigé par un parti et deux présidents. Biya, qui a "gagné" son septième mandat avec plus de 70 % en 2018, est au pouvoir depuis 1982, avant même que 75 % de la population ne soit née. Son mandat actuel expirera en 2025, lorsqu'il aura 92 ans. Il prévoit de se représenter.


Un vote pour les conseils régionaux est promis depuis 1996. Alors pourquoi Biya se précipite-t-il pour l'organiser maintenant, en pleine pandémie de coronavirus ainsi que d'une guerre séparatiste locale qui, selon le Centre pour les droits de l'homme et la démocratie en Afrique, a tué plus de 4 000 personnes et en a déplacé 500 000 autres à l'intérieur du pays ?
C'est simple. Parce que Biya essaie de détourner la pression locale et les critiques internationales pour sa mauvaise gestion et ses abus. De mon point de vue, Biya est en train de perdre l'argument contre les régions anglophones du sud-ouest et du nord-ouest qui veulent créer un État anglophone indépendant pour se libérer de ce despote.


En 2017, les tensions de longue date entre le régime de Biya, soutenu par Paris, et les régions anglophones se sont transformées en un conflit entièrement séparatiste. Les régions anglophones veulent réussir à partir du Cameroun. Même moi, qui suis contre le séparatisme post-indépendance en Afrique, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils ne le pourraient pas.
Biya a transformé le Cameroun en un pays hautement autoritaire et fascinant de corruption. Il a d'ailleurs valu à Transparency International de le classer au premier rang des "champions du monde de la corruption" deux années de suite, en 1998 et 1999.

De nombreux Camerounais vivent dans une pauvreté extrême. Selon le Programme alimentaire mondial, 40 % d'entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté. On estime que 6,2 millions de personnes supplémentaires ont besoin d'une aide humanitaire. Cela représente 25 % de la population. La nouvelle escalade de la violence de Boko Haram au Nigeria et dans la région du lac Tchad ajoute à la souffrance.


La terrible ironie du stratagème de Biya pour détourner l'attention est que les élections vont exacerber les griefs de longue date des communautés anglophones. Après près de trois ans de violence séparatiste, les deux parties sont actuellement dans une impasse. Pour moi, le meilleur moyen d'avancer vers la paix et la réunification du Cameroun est de chasser Biya, dont les tentacules s'immiscent dans tous les aspects du pays, étouffant la vie et les talents. Mais la France, ancienne puissance coloniale, continue de parier sur l'un de ses principaux hommes forts africains et son stratagème électoral, même si tout le monde sait qu'il ne sera ni libre, ni équitable, ni transparent.


Pour la France, la lutte permanente des régions rebelles est un péché impardonnable contre FranceAfrique, qui se remet encore du rejet du franc CFA par la population locale. La sécession au Cameroun pourrait tuer FranceAfrique. Mais, ce faisant, la France renforce l'argument le plus fort du séparatiste selon lequel les institutions camerounaises ne représentent que Biya et ses élites francophile corrompues, soutenues par Paris, qui exploitent les ressources de la région et tuent en toute impunité. C'est pourquoi je pense que le scrutin va devenir un point d'ignition, entraînant une escalade de la violence qui persiste, en particulier dans les régions anglophones, bastion de l'opposition, où les rebelles ont interdit le vote.


La stabilisation du Cameroun aurait dû commencer en 1992, après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, lorsque Biya a adopté à contrecœur un système multipartite. Mais sa cupidité et son obsession du pouvoir ont rendu cela impossible. Tant que Biya sera au pouvoir, la violence ou la corruption ne cesseront pas de sitôt. Le Cameroun continuera sur la trajectoire descendante qui le caractérise depuis près de 40 ans. Combien de vies et de rêves supplémentaires un dictateur comme Biya doit-il détruire avant que la France cesse de le soutenir et de soutenir son stratagème électoral ?

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