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Actualités of Monday, 22 March 2021

Source: actucameroun.com

Plus le temps passe, plus le Cameroun se rapproche de la sécession ! - Wilfried Ekanga

Wilfried Ekanga, activiste de la BAS Wilfried Ekanga, activiste de la BAS

Dans la tribune qu’il a intitulée «le fédéralisme la seule issue», l’analyste politique Wilfried Ekanga affirme que contrairement à ce que le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga laisse entendre, la crise anglophone n’est pas en train de se résoudre.


Dans la tribune qu’il a publiée hier 21 mars 2021, Wilfried Ekanga explique l’impact de la France Afrique sur le régime de Paul Biya. L’analyste politique indique d’entrée de jeu qu’en Afrique francophone, il n’existe pas d’Etat fédéral. Pour le cas du Cameroun, il observe qu’il n’y a que du 1er octobre 1961 au 20 mai 1972, où le pays a eu un semblant d’allure de fédéralisme avant de forcer littéralement l’État unitaire.

Pour Wilfried Ekanga sans le fédéralisme, la crise anglophone ne peut être résolue et contrairement aux déclarations de Paul Atanga Nji, les positions ne font que se radicaliser, ce qui donne peu de chance à la résolution du conflit qui sévit au Nord-Ouest et au Sud-Ouest.


LA FRANÇAFRIQUE, MOTEUR DU BIYAYISME

Il n’existe aucun État fédéral en Afrique francophone. Aucun ! A l’échelle du continent, seuls des pays comme l’Éthiopie, la Tanzanie, le Soudan, l’Afrique du Sud et le Nigeria voisin possèdent une organisation aux allures fédéralistes. Mais parmi les ex-colonies de la France, vous ne trouverez pas l’ombre d’une fédération. Dans le cas du Cameroun, la France n’aura supporté que dix petites années (du 1er octobre 1961 au 20 mai 1972) avant de forcer littéralement l’État unitaire.

Ce fut le début de nos ennuis modernes, dont l’éruption volcanique est la crise anglophone actuelle depuis 2016.

Comment fonctionne un régime nul et incompétent ? Il se caractérise par l’évitement des problématiques que lui pose son peuple (d’une part), et par la proposition de solutions que personne ne lui a demandées (d’autre part). C’est le type de regime qui, devant un conflit portant sur la forme de l’Etat, décide d’organiser un dialogue où l’on discute de tout, sauf de la forme de l’Etat ! Et à la place, il sort de son chapeau des acrobaties absurdes dont il s’est convaincu tout seul de l’utilité : statut spécial, comité de désarmement et de réinsertion etc…

Ne vous étonnez donc pas si des têtes continuent de rouler à Batibo et des villages d’être incendiés comme à Ngarbuh. Cela n’a rien de mystique ni de compliqué : vous avez juste en face de vous un régime qui ne comprend rien à des enjeux pourtant simples et dont les sources sont bien connues : les anglophones veulent retourner au fédéralisme afin de se gérer de manière autonome, sans avoir à quitter le Cameroun, mais sans avoir à subir le dictat de Yaoundé non plus. Je le répète une fois encore, le problème est clair comme du cristal de quartz !

Après les pourparlers de Bamenda du 26 au 28 juin 1961 et à l’issue de la conférence de Foumban en juillet de la même année, il était question de définir les bases d’une COHABITATION, et jamais d’une ABSORPTION. Or c’est précisément ce qui s’est passé. ! Le Southern Cameroon fut assimilé à la partie orientale francophone, sous le haut patronage de Paris dont Ahidjo (sur le plan strictement politique) et Biya (sur tous les plans) furent d’excellents élèves.
Le processus est d’ailleurs en cours, car pas totalement achevé. Et c’est précisément ce qui alimente le feu de plus belle !

ENCORE PLUS D’HUILE SUR LES BRAISES

La France n’a pas une culture de délégation des pouvoirs. En Hexagone, la région parisienne concentre à elle seule 50% de la richesse nationale créée, et surtout plus de 90% du pouvoir exécutif réel. C’est exactement ce modèle qui a été transposé au Cameroun nouvellement indépendant, avec pour objectif officieux de faciliter le contrôle à distance du pays par Paris. En centralisant tout à Yaoundé, on se facilite la surveillance. Les anglophones avaient déjà compris la fourberie il y a 50 ans, et après cinq décennies passées à ravaler intérieurement leur frustration, la lave a fini par exploser en 2016.

A la faveur d’une énième brutalisation de la liberté de parole et de la revendication citoyenne par le régime.

Aujourd’hui, seuls les naïfs et les sorciers pensent pouvoir retrouver un Cameroun « paisible », voire « un et indivisible ». On ne leur a pas enseigné que le système actuel est lui-même une violation des conventions fédéralistes de 1961. Pendant qu’Atanga Nji vous entraîne dans ses rêveries crétines en vous miroitant que « la crise est en train d’être résolue », je vous annonce ici la seule vérité implacable que vos oreilles devront supporter, à savoir : c’est totalement le contraire qui a lieu ! Plus le temps passe, plus le Cameroun se rapproche de la sécession !

Car plus le bras de fer dure, plus les anglophones réalisent que Yaoundé du haut de son arrogance cosmique, n’a pas l’intention de leur céder le moindre centimètre d’autonomie, nonobstant la cosmétique de surface qu’il fabrique (régionales, dotations factices etc…) pour vampiriser les esprits faibles. Le régime ne veut pas d’Etat fédéral, car la France est d’essence jacobine, c’est-à-dire foncièrement hyper-centraliste !

Ainsi, même ceux de nos frères anglophones qui s’arrangeaient volontiers du fédéralisme se laissent de moins en moins avoir et rêvent peu à peu d’un détachement total. Ils donnent de plus en plus raison à l’ex-premier ministre du Cameroun britannique Emmanuel Endeley qui, au contraire de son successeur John Ngu Foncha, plaidait vertement (jusqu’au référendum fatal du 11 février 1961) pour que la partie anglophone se rattache au Nigeria. Un proverbe africain dit que « l’homme prudent voit le mal venir de loin ». A croire qu’il avait flairé le piège !

Endeley dira d’ailleurs : « Voter pour la République du Cameroun, c’est choisir de vivre dans la peur de la police et de l’armée ». Je pense qu’en 2021, tout Camerounais vivant au Cameroun se retrouve dans cette phrase !

EN DÉFINITIVE :
La femme que vous violentez dans vos foyers à longueur d’année finira par vous quitter tôt ou tard. Car nul n’est assez parfait pour demeurer séduisant en dépit de ses diableries, et ce encore moins s’il s’agit d’un mariage forcé ! De ce fait, la crise anglophone ne sera résolue que par un dialogue où l’État central accepte de négocier à armes égales avec sa population. L’approche infantilisante qui consiste à définir seul et à l’avance les thèmes, les acteurs, les bons et les méchants n’a pour seule conséquence que d’exaspérer l’opinion et de créer encore plus d’Ambazoniens excédés.

C’est en ce sens que (et je l’ai toujours dit) Paul Biya est le premier (et le pire) des Ambazoniens à l’ère du Verseau !

Car une approche différente aurait conduit à des résultats différents et nous aurait épargné une guerre fratricide qui dure déjà cinq ans. Mais au contraire, en 2016 ce régime soumis à la France a tenté d’imposer en zone anglophone le système OHADA, une législation créée justement par la France en 1993 pour ses ex-colonies. Et devant le refus (par ailleurs pacifique) des anglophones de céder, car habitués au registre de la Common Law, on leur opposa le gendarme et la matraque. L’ingrédient parfait pour radicaliser un groupe !

Et le dernier aveu d’une dictature francophile mediocrissime.

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