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General News of Monday, 10 June 2019

Source: cameroonvoice.com

Pierre Semengue, de 'décapiteur' à détrousseur de footballeurs

Au Cameroun, dans la vive tradition africaine des contes et récits populaires que l'on raconte aux enfants, le soir venu, autour du feu ou après le travail, et dans la rubrique horreurs et épouvantes, les histoires des généraux qui sèment la terreur dans le territoire Camerounais sont à la mode. Parmi ces histoires, celles de deux généraux, l'un "décapiteur" de nationalistes et l'autre détrousseur de joueurs de football, font plutôt rire les jeunes Camerounais. Un rire qui s'estompe brutalement quand les parents leur précisent que ces deux généraux ne sont en fait qu'une seule et même personne.



En Afrique, l'une des merveilles que regrettent les populations, c'est la perte de cette douce tradition qui réunissait le soir venu des enfants autour d'un feu rougeoyant pendant lequel les parents racontaient aux enfants des histoires ou des récits. En effet, jadis il n'y avait ni école moderne, ni radio, ni télévision, ni cinéma, et les contes servaient d'école d'instruction par la distraction.

Et aujourd'hui encore, les enfants qui ont le privilège de vivre cette tradition, savent déjà beaucoup de choses, grâce aux contes, avant même d'aller chez l'instituteur. Ces contes, drôles et captivants, se déroulaient dans un jeu de l'esprit qui se terminait toujours par une leçon. Ce qu'on appelle la morale de l'histoire qui servait de classification des contes par catégories. La catégorie des contes effroyables était la plus utilisée en Afrique car c'est celle qui permettait aux grand-mères et grands-pères de protéger leurs progénitures face à une menace qui rodait autour du village (lion, hyènes, tribu rivale, violeurs, prévaricateurs, etc…).

Cette catégorie est encore la plus pratiquée aujourd'hui au Cameroun car, désemparés par toutes les menaces qui surplombent la jeunesse Camerounaise (sectes, viols, sodomies, drogues, prostitutions, corruption de toutes sortes et expatriation, etc.), les parents sont obligés de chercher des exemples de contes les plus effrayants, épouvantables, horrifiants, monstrueux et terrorisants. Dans cette catégoriedonc, les deux contes, les plus prisés par les parents aujourd'hui au Cameroun, relatent l'histoire de deux généraux que je m'en vais vous raconter brièvement.

Conte numéro 1 : Le général décapiteur des nationalistes.

En 1957 et 1958, commence la guerre d'indépendance au Cameroun. Les forces françaises et leurs alliés camerounais vont attaquer les nationalistes dans les paysBamilékés, Béti, Bassa, etc… Une cavalcade meurtrière qui se poursuit même après la proclamation de l'indépendance en 1960. Ces épisodes sont considérés comme un génocide par les Camerounais de renom comme Achille Mbembe ou Mongo Béti. Ce qui était le plus terrifiant pendant cette période sombre de l'histoire du Cameroun, c'est la férocité d'un certain général Camerounais, formé en France et qui combattait auprès des Français, contre l'indépendance du Cameroun. La spécialité de ce général et sa troupe était de fusiller les Nationalistes Camerounais qu'ils décapitaient et dont ils exposaient les têtes pendant des semaines sur les places des marchés, les lieux publiques et même dans les chefferies et les centres de concentrations jusqu'à la putréfaction totale. Toute personne qui sortait du camp était susceptible d'être victime de cette barbarie.


A la fin de ce conte, les parents sont surpris par les rires des enfants qui expliquent que ces nationalistes sont aujourd'hui reconnus comme des héros, pères et fondateurs de notre nation alors que le général en question est à l'oubliette, totalement sorti de l'histoire.

Imperturbables, les parents passent au deuxième conte.

Conte numéro 2 : Le général détrousseur de joueurs de Football

En 2011, suite aux désordres qui caractérisent le régime de Yaoundé, la Ligue de football professionnel du Cameroun (Lfpc) va entrer dans une turbulence sans limite qui va laisser l'opinion nationale et internationale interloquée. Et comme d'habitude, le régime qui préfère imposer l'armée au lieu d'ouvrir une négociation qui peut déboucher sur les solutions pérennes, va décider de mettre à latête de la ligue un général d'armée, formé à la guerre en France. Cette nomination va provoquer un tremblement de terre dans la blogosphère footballistique et que le régime malicieux de Yaoundé va calmer, en expliquant que le général de guerre ne resterait que pour un seul mandat, le temps de permettre à la Ligue de bien se lancer. Mais depuis, la ligue ne s'est pas lancée, pas plus que le général, préoccupé par les guerres, pensait-on, ne s'est encore rendu compte que cela fait déjà 8 ans qu'il est en place.

Il faut dire que depuis son arrivée, le général fait régner une terreur martiale dans le monde du football Camerounais. Les footballeurs Camerounais vivent dans la précarité, la mendicité et dans une misère qui ne dit pas son nom tandis que les présidents de clubs s'engraissent et continuent d'aligner des véhicules dans leurs parkings. C'est une terreur que les familles des footballeurs vivent dans leur chair et leur sang et que les chiffres permettent de mieux comprendre.

Depuis 2011, l'Etat Camerounais verse près de 600 millions de Franc CFA tous les ans a la Ligue de football professionnel du Cameroun. Une somme dont les joueurs de football ne connaissent pas la couleur et qu'ils n'ont aucune possibilité de revendiquer. Ce scandale fait régulièrement de grosses humiliations du pays de Paul Biya au point ou comme d'habitude, par une ruse classique, l'assemblée générale des clubs de première et deuxième division va décider d'offrir un salaire de 2 millions de francs CFA par mois à son président de général ou son général de président.

Certains observateurs vont penser que l'assemblé générale avait offert un pont d'or à son président mais le général, en furie, va trouver cela grotesque et va très mal prendre cette limitation. Et c'est avec raison car 24 millions de FCFA sont très loin des 600 millions par an que reçoit la ligue, sa chose. La colère du General va être sans pitié, les joueurs, principaux acteurs du foot, n'ont toujours pas de salaire pendant près de 24 mois. Noter que ce salaire des joueurs est de 100.000 FCFA/mois pour la Ligue 1 et 50.000 FCFA/mois pour la Ligue 2. Cette situation va irriter la FIFA, informée par le Syndicat national des footballeurs camerounais (Synafoc) qui est maintenant sévèrement critiquée par le General de guerre et ses alliés pour avoir saisi la Fifa. Les joueurs de football continuent de souffrir cruellement le martyre et malheur… Ô ! malheur, à celui qui va oser porter plainte.

A la fin de ce deuxième conte, les parents sont surpris par les rires des enfants qui expliquent que cela ne les effrayait pas du tout car ils trouvaient sympathique un général qui pouvait, pour une fois, dépouiller de quelques millions, ces footballeurs que Anne-Sophie Lapix qualifiait de « millionnaires qui courent après un ballon ». Imperturbables, les parents vont alors passer à l'épilogue.

Epilogue : Un général peut en cacher un autre

La sagesse des parents Africains permet toujours de finir le compte du jour par la leçon du jour. Ainsi, dès que les enfants se remettent de leurs émotions suite au fou-rire provoqué par les aventures de ce deuxième General footballeur des portemonnaies, les parents leur assènent alors le coup fatal en les informant qu'en fait le général du premier conte et celui du deuxième conte ne font que la même personne et qu'il s'appellerait le General Pierre Semengué, une véritable chimère vivante.

Et là, immédiatement, la magie s'opère, les visages des enfants autour du feu ou de la table se figent. Les sourires s'estompent et disparaissent. Les lèvres crispées, les enfants restent sereins et très soucieux. Et quand les parents essayent de sonder la conscience des enfants :

- L'un va directement remarquer qu'un esprit tragique peut naviguer pendant très longtemps.

- Un autre va déclarer avoir peur de devoir passer par Saint-Cyr pour faire carrière dans le football.

- L'autre va s'insurger sur le mauvais casting car dit-il, il y a mieux à faire pour ce général dans le Nord du pays, contre Boko Haram, au lieu de faire appel à l'armée Tchadienne, et ce d'autant que le General continue à percevoir des émouluments en tant que général d'armée.

- L'unanimité des avis se fait autour de la relation de cette histoire avec le NOSO ou depuis quelques mois, les têtes décapitées commencent à rouler frénétiquement dans les rues.

Finalement, la morale de l'histoire qui est de préserver les petits Camerounais face à un réel danger qui rode dans la société a été assimilée. Voilà, le débriefe succinct (comme aime à le dire Serge Alain Ottou, un journaliste de Equinox TV) de ce conte contemporain que les parents Camerounais racontent à leurs enfants pour essayer de les préserver des dangers que le régime actuel fait courir à toute la nation.

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