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Politique of Thursday, 1 July 2021

Source: www.camerounweb.com

Paul Biya n’est pas sincère dans la lutte contre la corruption - Honorable Koupit Adamou

Nous avons le sentiment qu’on n’est pas respecté. Nous avons le sentiment qu’on n’est pas respecté.

Député de l’Union Démocratique du Cameroun dans la localité du Noun-Centre, l’honorable Koupit Adamou donne son point de vue sur « le premier rapport de l’audit spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques et sociales », dont une version du rapport a fuité il y a quelques jours.

L’Assemblée nationale a attendu en vain, le rapport d’audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême, vendredi dernier. Finalement une version de ce rapport s’est retrouvée sur la toile. Quel est votre commentaire sur cette actualité ?

C’est indigne de notre pays et nous, députés de l’Assemblée nationale sommes totalement déçus. Nous avons le sentiment qu’on n’est pas respecté. Parce que la présentation du rapport final de l’audit mené par la Chambre des comptes est une obligation de la loi portant transparence financière. La présentation de ce rapport aux députés a été programmée selon le canal officiel de l’Assemblée nationale. Les députés ont été surpris de voir au petit matin de mercredi qu’un journal titrait à sa grande une que le rapport final ne sera plus présenté et sera reporté. Plusieurs citoyens nous ont interpellés, mais à notre niveau nous continuions à remettre cela en doute, ce d’autant plus que dans le forum des députés, le programme n’avait pas changé. C’est vers la fin de la journée que nous avons constaté que le programme avait changé. Sur le nouveau programme l’on a constaté qu’il ne figurait plus la présentation du rapport d’audit de la Chambre des comptes aux députés. Cela a été vu comme un manque de respect à l’endroit des députés. J’ai personnellement vu que l’administration de l’Assemblée nationale avait cédé aux pressions de certaines autorités tapis dans l’ombre. Nous disons donc que cette manière d’agir a renforcé un climat de suspicion au sein de la population camerounaise. Nous devons gérer le Cameroun en évitant des comportements qui peuvent entrainer la goutte d’eau à déborder le vase.


Qu'est ce qui peut expliquer cette manière de faire de la part de l’Administration de l’Assemblée nationale?

Personne ne peut dire exactement ce qui s’est passé. Nous sommes là dans les analyses ne pouvant lire dans les boules de cristal. Ensuite ceux qui ont provoqué son retrait ne se sont pas exprimés pour donner le motif du retrait. Sachant que ce rapport dans son premier volet met la gestion de plusieurs ministres et responsables en question, on peut redouter que sa présentation à l’Assemblée nationale pousse l’opinion à soumettre les compatriotes et personnalités présumés innocents dans ce rapport, à une sorte de vindicte populaire. Mais nous disons que les Camerounais ne sont pas naïfs. Ils savent que la Chambre des comptes n’est pas une juridiction de jugement, et que son rapport ne peut être confondu à une sentence judiciaire.


Ceux qui ont retiré le rapport ne redouteraient justement-ils pas une sorte de vindicte populaire ?

Je vous l’ai dit, les Camerounais sont respectueux des institutions. Ce n’est pas un peuple de voyous. Après la publication du rapport d’audit, les citoyens qui y sont soupçonnés d’abus de bien public continuent de bénéficier de la présomption d’innocence jusqu’à ce que les tribunaux compétents établissent leur culpabilité. Si c’est ce que ceux qui ont retiré le rapport redoutent, ils le redoutent à tort. Personne ne va gêner personne, sur la base des conclusions du rapport.


Pensez-vous que ce rapport sera finalement présenté aux députés ?


Ce que je peux dire c’est que coute que coute, vaille que vaille, ce rapport sera présenté aux députés. Nous osons croire que le but du report n’est pas pour aller le manipuler. Pour nous faire accepter ce qui n’est pas la réalité du terrain. Nous sommes fondés à l’Assemblée nationale à constituer une enquête parlementaire si ce rapport souffre de présomption de manipulation.

Que pensez-vous de la version de synthèse de ce rapport qui a fuité?

C’est tout à fait normal dans un pays comme le Cameroun de voir ce qu’on lit sur le rapport. L’abus des biens publics au Cameroun est devenu la règle. Le vol, les détournements etc sont monnaie courante au Cameroun. C’est une honte que le Cameroun continue à faire cela. Cette situation donne raison à une franche de l’opposition qui estime que le chef de l’Etat ne fait pas assez pour lutter contre la corruption. Il ne le fait pas pourquoi ? Parce que ses collaborateurs sont conscients qu’on peut tous commettre des abus sur les biens publics, mais c’est seulement certains qui seront envoyés en prison. Parfois même, ce sont ceux qui ont commis moins d’abus sur les biens publics qui sont envoyés en prison.

Cela fait que les ministres eux-mêmes ne croient à la sincérité du combat. Ils se disent que le motif de culpabilité est ailleurs et non l’abus de biens publics. Vous voyez que le président qui reste le juge de l’opportunité d’engager les poursuites judiciaires contre les détourneurs montre clairement que le problème n’est pas celui des détournements de biens publics, il est peut être au niveau de la loyauté politique. Les gens peuvent ainsi croire qu’on peut abuser des biens publics et aussi longtemps qu’on restera fidèle et loyal au président de la République, on ne sera jamais inquiété.


Que faut-il donc faire pour essayer de diminuer la corruption au Cameroun ?

Aussi longtemps que le président de la République ne fera pas appliquer l’article 66 de la Constitution, personne ne croira à la sincérité de son combat contre la corruption. Aussi longtemps qu’on ne laissera pas la Conac ester en justice, quand il y a des présomptions de culpabilité, au lieu de dresser son rapport au président de la République pour que lui, juge de l’opportunité engage ou pas les poursuites, personne ne croira qu’on veut lutter contre la corruption au Cameroun. Il faut agir sur le plan légal, sur le plan institutionnel pour prévenir et non tout le temps pour guérir. Et quand il faut arriver à la sanction, il faut qu’elle soit systématique et non à tête chercheuse. Nous disons qu’il faut d’abord appliquer l’article 66 et donner plein pouvoir à la Conac.

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