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General News of Tuesday, 1 December 2020

Source: www.camerounweb.com

Passé honteux du Cameroun : lettre à Chantal Biya

Jean-Collins OYONO-ENGUELE est le président de la Renaissance Pour le Développement du Cameroun. Pour marquer la commémoration du 30ème anniversaire du décès du premier président du Cameroun, il adresse une importante lettre à la première dame Chantal Biya.


Vénérable Première Dame, Il y a exactement 4 ans, se tenait, du 1er au 03 novembre 2016, en votre honneur, un Colloque sur le thème : « Droits fondamentaux et politiques de solidarité au prisme de l’action sociale de la Première Dame du Cameroun ». Cette fête, qui a égayé la ville universitaire de Soa, s’est déroulée sous les bons auspices de Monsieur Philémon YANG, le Premier Ministre d’alors. En jetant un coup d’œil rétrospectif sur cet événement mémorable qui, faut-il le souligner, avait fait des vagues, dans l’espace politique camerounais, seule la date du 03 novembre 2016, jour de clôture de ces retrouvailles intellectuelles, sous une météo très favorable, retient ma plus grande attention.

C’est, en effet, dans l’après-midi du 03 novembre 1982, aux environs de 15 heures, que le Président Ahmadou AHIDJO, de retour à Yaoundé, en compagnie de son épouse, Germaine AHIDJO, après un bref séjour, en France, reçut, en tête-à-tête, le Premier Ministre de l’époque, dans le salon d’honneur de l’unique aéroport de notre capitale politique, à l’abri des oreilles et des regards indiscrets. L’heure de la vérité venait, enfin, de sonner. Un peu moins de 40 minutes plus tard, le Premier Ministre, le visage grave, en ressortait investi du pouvoir dont il n’eût jamais rêvé : la Magistrature Suprême. Vint alors le terrifiant discours d’adieu du 04 novembre qui, tel un coup de tonnerre, ébranla les fondements du Berceau de nos ancêtres. Le nouveau Président de la République prêta serment, le 06 Novembre 1982, et nomma, ce jour-là même, BELLO BOUBA MAÏGARI, alors âgé de 35 ans, pour le remplacer, dans les fonctions de Premier Ministre. Depuis lors, celui qui fut promu Premier Ministre, le 30 juin 1975, 19 ans après l’obtention de son Baccalauréat, au Lycée Général Leclerc, le 30 juin 1956, écrit, chaque jour qui passe, une nouvelle page, dans les annales de l’histoire de notre pays.


Le 03 novembre 2020 marquera, jour pour jour, le 38e anniversaire de cette « Tripartite » qui reste à jamais gravée dans la mémoire de votre Présidentiel Epoux. Aussi mystérieux que cela puisse paraître, ces 38 ans de règne coïncident avec les 38 ans que le pauvre handicapé, Bartimé, abandonné à lui même, avait passé au bord de la piscine, à attendre la descente de l’ange. Vénérable Première Dame, je me demande personnellement par quelle ruse de l’histoire votre nom avait retenti, dans les amphithéâtres de l’Université de Yaoundé II, sous le haut patronage de Philémon YANG, nommé, lui aussi, Premier Ministre, un certain 30 juin, après avoir fait office de Vice-ministre de l’Administration Territoriale, dans le Gouvernement du 30 Juin 1975.


Vénérable Première Dame, certes, vous avez si bien joué, jusqu’ici, votre rôle d’Epouse, aux côtés de votre Présidentiel Epoux, toutefois, afin que votre consécration, par les savants de notre pays, porte ses promesses, je pense, pour ma part, qu’il est grand temps, en votre qualité de Première Dame du Cameroun, de tirer toutes les leçons qu’inspirent ces divines coïncidences et de prendre résolument vos responsabilités, face à l’histoire, cette histoire à laquelle chacun de nous finira toujours par rendre compte. Vénérable Première Dame, c’est une vérité de Lapalice : tous les mois de Novembre, depuis 31 ans, Germaine AHIDJO espère que votre Présidentiel Epoux songera enfin à organiser le rapatriement, au Cameroun, de la dépouille mortuaire d’Ahmadou AHIDJO. Vieille de 88 ans, Germaine AHIDJO ne sort pas beaucoup et ne voit pas grand monde, en dehors de sa famille.


Mais, voici exactement 31 ans qu’elle partage son temps entre sa résidence de Dakar, sur laquelle souffle un vent de tristesse, et la maison familiale, au Sud de la France. 31 ans après la disparition de son époux, le 30 Novembre 1989, 21 jours après l’effondrement du Mur de Berlin, Germaine AHIDJO n’a jamais cessé de mener la vie discrète qui caractérisait sa présence aux côtés de son Mari. Fidèle à la mémoire de ce dernier, Germaine AHIDJO a toujours eu une seule préoccupation qui, au fil de toutes ces pénibles et pathétiques années, s’est muée d’abord en obsession, ensuite en véritable cauchemar : le retour officiel des restes du premier Président du Cameroun dans sa terre natale. Aujourd’hui encore, l’évocation du passé glorieux de ce couple, qui s’est uni, devant DIEU, le 17 août 1956, dont les 33 ans de longévité furent aussi vieux que les 33 ans de l’espérance de vie de notre Seigneur, Jésus-Christ, allume une lueur d’espérance dans les yeux de cette femme qui, de toute évidence, souffre dans le tréfonds de son cœur et de son âme.


Se pose alors cette question lancinante : jusqu’à quand le corps d’Ahmadou AHIDJO reposera-t-il en terre sénégalaise ? Pour la petite histoire, si Hillary Rodham CLINTON devint enceinte de sa fille unique, Chelsea, en 1980, à l’âge de 33 ans, Thomas JEFFERSON, qui sera le 3ème Président des Etats-Unis, rédigea, à l’âge de 33 ans, la Déclaration d’indépendance de son pays, le 4 juillet 1776, avant de mourir, 50 ans plus tard, le 4 juillet 1826. Le couple mythique, Germaine et AHMADOU AHIDJO, quant à lui, après exactement 33 ans et 3 mois d’une vie aussi inconnue du public qu’un secret d’Etat, eut 3 filles, dont seule l’aînée, Fadimatou, Docteur en médecine, a le bonheur d’être une mère de 3 enfants : Aïcha, Alfred et Saïda Awa. Vénérable Première Dame, je voudrais vous dire combien je suis personnellement choqué et indigné de constater qu’au lieu d’attirer votre bienveillante attention sur cette question aussi sensible qu’énigmatique, puisque c’est l’avenir de tout un pays qui en est tributaire, l’intelligentsia camerounaise, qui ne perd jamais une occasion de se taire, préfère plutôt vous distraire par des kermesses de louanges et d’esbroufes.


Vénérable Première Dame, beaucoup de tous ceux qui vous entourent, parce que vous êtes, pour eux, un objet d’admiration et, par conséquent, de jalousie, vous considèrent tantôt comme cette belle créature, dont il faut brader la jeunesse, tantôt comme une vache à traire. Très peu, comme moi, voient, en vous, ce cheval capable de tirer le char de la paix, dans notre pays. J’ai l’intime conviction que vous seule, grâce aux effluves de votre regard, êtes à même d’éteindre ce feu maléfique qui couve désespérément sous la cendre. Vénérable Première Dame, la benjamine des trois filles du premier couple présidentiel, Aminatou AHIDJO, comme je l’ai souligné, a déjà soufflé sur sa 54e bougie, alors que vous-même portez allègrement vos 50 ans. Nos trois âges, 50, 52 et 54 ans, tout comme nos mois de naissance, Décembre, Janvier et Février, se succèdent et surtout forment, comme dirait un élève de la classe de Terminale, une admirable progression arithmétique de raison 2.



Par la force des choses, n’en déplaise à mes détracteurs, j’occupe la position médiane entre Aminatou AHIDJO et Vous. C’est donc parfaitement conscient de cet honorable rang et de la délicatesse des responsabilités qui me sont dévolues, par ma singulière destinée, que je me fais le devoir de vous confier cette clef du succès qui marquera l’histoire du Cameroun. Bien plus, le constructeur de ce splendide palais de l’Unité, l’architecte Olivier Clément CACOUB, s’en est allé, le 27 avril 2008, après le décès, 16 ans auparavant, de mon regretté père, le 27 avril 1992. En d’autres termes, n’en déplaise à tous ces mauvais génies, qui s’agitent inutilement autour de vous, je suis, sans flagornerie ni fausse modestie, le meilleur médiateur possible entre vous et vos prédécesseurs au Palais d’Etoudi. Du fait de la fulgurance de l’intelligence, que distille ma plume, je n’ai rien du tout à envier à un Talleyrand1 ou à un Henry Kissinger2 . Vénérable Première Dame, évoquant, il y a exactement 14 ans, les successeurs de son Mari, Germaine AHIDJO avait eu ces mots très aimables pour vous : « Elle a demandé à Madame Elisabeth DIOUF de me transmettre ses cordiales salutations.


Cela m’a énormément fait plaisir », avait-elle affirmé, visiblement comblée. Est-ce peut-être, en faisant ce geste, qui vaut son pesant d’or, que vous avez eu la plus originale de vos inspirations? Car, à travers cet acte de compassion, qui, aux yeux de Germaine AHIDJO, a plus de valeur que toutes les pierres précieuses, vous avez le mérite d’avoir démontré qu’il y a des gestes qui marquent à jamais, parce qu’ils sont porteurs de paix et d’espérance.


L’heure est aux apaisements. Vous avez ainsi prouvé, par votre attitude, aussi conciliante qu’émouvante, qu’on peut se faire la guerre un temps, mais pas indéfiniment. Vous avez montré que, quelles que soient les contradictions, quelles que soient les oppositions entre les êtres humains, elles peuvent trouver des solutions simples et salutaires. Vénérable Première Dame, j’ai la certitude qu’en faisant cette confidence à son interlocutrice, MarieRoger BILOA, avec toute la déférence due à votre rang, Germaine AHIDJO avait le secret espoir que le Ciel, par votre entremise, était en train d’exaucer ses prières et que vous mèneriez à bien ce que vous avez si bien commencé. Cette femme, meurtrie par tant d’années de persévération, y avait certainement vu un signe annonciateur du retour au Cameroun d’Ahmadou AHIDJO, la clôture heureuse d’un dossier national.


Vénérable Première Dame, si Aminatou AHIDJO affirme avoir trouvé, en la personne de votre Présidentiel Epoux, ce Père qui lui a tant manqué, la réciproque n’est-elle pas vraie? En d’autres termes, ne pouvez-vous pas prendre un peu de votre précieux temps, pour vous rendre, à Dakar, auprès de Germaine AHIDJO, et lui chuchoter à l’oreille : « Moi aussi, je viens de reconnaître, en vous, cette mère qui m’a quittée, à regret ». Je suis mille fois convaincu que vous aurez offert, à vos compatriotes et au monde entier, la plus belle image de votre existence. Grâce à cette démarche, qui est la chose la plus indiquée, en ce moment, tous les Camerounais pourront alors dire à l’unisson avec Antoine de SaintExupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »,ce d’autant plus que tous vos compatriotes reconnaissent, en vous, une femme de cœur.


Votre sublime geste aura, à coup sûr, la même résonance que cette poignée de mains entre les Présidents Barack OBAMA des Etats-Unis et Raul CASTRO de Cuba, lors des obsèques de Nelson MANDELA, ou encore celle entre le Président de l’Autorité palestinienne, Mammoud ABBAS, et le Premier Ministre israélien, Benyamin NETANYAHOU, ces deux frères ennemis qui se sont unis, dans la douleur, à l’occasion des obsèques de l’ancien Président, Shimon PERES. Telle est la devise des grands hommes. Vénérable Première Dame, au cours de la fatidique année 2014, toute l’opinion nationale, y compris vos pires adversaires, a été profondément touchée par votre décision de faire inhumer votre illustre Mère, à Mvomeka’a, preuve, s’il en était encore besoin, que, de son vivant, vous étiez en parfaite harmonie avec cette Mère dont tout le monde aurait aimé être le fils ou la fille.


Germaine AHIDJO, par contre, comme vous le savez, n’avait même pas pu assister aux obsèques de sa regrettée Mère. Qui plus est, votre couronne, qui, aujourd’hui, fascine encore vos amis du CERAC, tels des papillons éblouis par la lumière d’une lampe, Germaine AHIDJO l’avait également portée ; sauf que la sienne s’est malheureusement transformée en une couronne d’épines, le genre que l’on fait porter à tous les damnés de la terre3 abandonnés à eux-mêmes. Vénérable Première Dame, figurezvous, un seul instant, que vous deveniez veuve, et que vous soyez obligée, avec vos orphelins, d’errer ça et là, d’un pays à l’autre, à la quête d’un asile, comme c’est le triste cas de Germaine AHIDJO ! Imaginez-vous que, rejetée par tous, après la mort inattendue de votre Présidentiel Epoux, vous deveniez un objet de sarcasmes, de moqueries et d’opprobre, de la part de ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, feignent de vous élever aux nues ! Vénérable Première Dame, je m’en voudrais de terminer mon propos, sans vous rappeler ce secret de Polichinelle : il existe trois Cameroun : celui de Germaine AHIDJO, celui de Jeanne Irène BIYA et celui de Chantal BIYA.


Ceux-là, qui oseraient vous dire le contraire, ne sont rien moins qu’une ribambelle de bonimenteurs, de roublards, de rigolards. Ce sont les mêmes qui, demain, seront les premiers à traîner votre nom, dans la boue, et à piétiner la photo de votre Epoux si prisée aujourd’hui... Vous risquerez alors de découvrir, à vos dépens, les yeux brouillés de larmes, les terribles visages de tous ces troubadours qui vous chantent des louanges. Tellement, la gloire est frivole et éphémère ! Vénérable Première Dame, au nom de l’intérêt supérieur de notre pays et en vertu des dons que la nature a bien voulu vous doter, je vous invite très respectueusement à être l’exemple vivant de cet adage populaire : « Ce que femme veut, DIEU le veut ». J’aimerais surtout vous faire remarquer, ici, que les plus belles couronnes sont celles que l’on se donne.


Et justement, vous ne pourrez réussir à obtenir la plus belle de toutes vos couronnes qu’en offrant à Germaine AHIDJO le cadeau de ses rêves : le transfert de la dépouille de son Mari, au Cameroun. Ceci, vous devez vous en convaincre, est, pour vous, une impérieuse réussite. Vous y avez le plus strict intérêt. Aussi, vous inviterais-je, avec déférence, à vous en faire une mission d’honneur, car, si vous détournez votre regard du Sénégal, vous aurez alors corroboré, à la désolation générale, cette assertion du tout premier Président sénégalais, Léopold Sédar SENGHOR : « L’émotion est nègre, la raison est hellène ». Et Nicolas SARKOZY qui, il y a quelques années, remontait les bretelles aux intellectuels africains, dans un amphithéâtre de l’Université Cheik Anta DIOP du Sénégal, ne pourra que s’en féliciter, puisque vous aurez apporté de l’eau au moulin de sa thèse. Vénérable Première Dame, Napoléon BONAPARTE, dont la dépouille fut enterrée, à l’île de Sainte-Hélène, puis exhumée, 7 ans plus tard, pour reposer désormais sous le dôme des Invalides, s’appesantissait sans cesse sur ce secourable précepte:4 « Il n’y a rien de plus difficile, et pourtant de plus précieux que de savoir se décider ». Winston CHURCHILL, né le 30 novembre 1874, 115 ans avant la mort d’Ahmadou AHIDJO, le 30 novembre 1989, jadis Premier Ministre et organisateur de l’effort de guerre britannique, quant à lui, insistait : « Celui qui dit que le passé, c’est du passé, déclare forfait pour l’avenir ».


Enfin, Birago DIOP, célèbre écrivain sénégalais, dans l’un de ses ouvrages, faisait remarquer : « Les morts ne sont pas morts ». Coïncidence extraordinaire, le 02 novembre 2016, veille de la fermeture de ce colloque de Soa, coïncidait avec la Journée Mondiale de la commémoration des morts. Il y a environ deux décennies, il y avait un nom qu’il était à peu près interdit de prononcer, à Yaoundé : celui d’Ahmadou AHIDJO.


Or, il serait antinomique de revêtir ce stade, qui porte son nom, de nos flamboyantes couleurs nationales, comme c’est le cas, en ce moment, au quartier NFANDENA, et de reléguer, au même temps, son cercueil aux calendes grecques. Ce serait sans doute une mauvaise sauvegarde que de ne pas vouloir ouvrir les yeux. Dans le cycle de toute chose, il y a toujours un commencement, ne l’oublions jamais, et l’histoire n’en est pas exempte, tout au contraire, c’est même cela l’histoire. L’histoire d’un homme ou d’un peuple ne se construit pas à partir du présent. Un homme ou un peuple, qui ne sait pas d’où il vient, a complètement perdu ses repères. Vénérable Première Dame, notre République, tant vantée, est-elle suffisamment forte, mature et responsable, pour panser pacifiquement les plaies du passé ou alors préférons-nous que chacun s’enferme sur lui-même, dans le cocon de sa vanité et de ses erreurs ? Vénérable Première Dame, vous respecter, c’est d’abord vous dire la vérité et rien que cette vérité, sans laquelle, l’appel pour « la construction de la patrie » n’est qu’un vilain slogan.


En revanche, prétendre vous cacher le fond de ma pensée ou vous flatter bassement, comme c’est le jeu de prédilection de bon nombre de nos compatriotes, serait, de ma part, une évidente indécence. Je préfère donc prendre le risque de courroucer tous ces couards patentés, en dénonçant leur veulerie, cette maladie contagieuse qui fait tant de ravages dans notre espace politique, pour essayer d’en apporter un début de thérapie, avant qu’il ne soit trop tard. Veuillez agréer, Vénérable Première Dame, l’expression de mon plus profond respect. Jean-Collins OYONO-ENGUELE Président de la Renaissance Pour le Développement du Cameroun

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