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xxxxxxxxxxx of Wednesday, 10 February 2021

Source: camerounliberty.net

Pénurie d'eau au Cameroun: ce que proposait Penda Ekoka à Paul Biya

Selon le ministère de l’eau et de l’énergie, le déficit de production d’eau dans la ville de Yaoundé, ne sera pas comblé avant juillet 2022.

Six milliard de dollar en dix ans c’est le volume de prêt octroyé au gouvernement camerounais par la Chine. De ses six milliards, une bonne partie était destinée à l’assainissement en eau dans les villes et campagnes du pays. Si on ajoute à cela les financements des organismes financiers internationaux notamment la Banque africaine de développement, on a envie de se poser la question de savoir ce qu’a fait le gouvernement de tout cet argent. C’est en s’intéressant de près au dernier communiqué de la BAD que les camerounais découvrent qu’en réalité cet argent est disponible dans les caisses de l’état et celles des organismes financiers internationaux.

En effet il fallait attendre le 27 Octobre 2017 pour voir la banque africaine de développement sommer les autorités de Yaoundé ,donnant jusqu’au mois de février 2018 pour finir de décaisser le prêt alloué au Cameroun dans le cadre d’un programme d’assainissement d’eau dans 18 villes secondaires du Cameroun, financé à hauteur de 31 milliards de francs Cfa par la BAD, un prêt qui remonte à 2009 ;Incompétence comme disait le Directeur de la caisse autonome d’amortissement ou inertie telle que décriée par le chef de l’Etat ?

Nous sommes allés à la rencontre du Conseiller à la présidence de la république Christian Penda Ekoka pour un diagnostic général de la situation

Le changement à la direction de CAMWATER sera-t-il de nature à améliorer les performances du secteur de l’eau ?

Je ne maîtrise pas les raisons qui ont motivé ce changement. Je n’ai d’ailleurs pas besoin de les connaître pour souligner que, l’arrivée d’un nouveau DG à la tête de CAMWATER, quelles que soient ses qualités, n’est pas de nature à apporter des améliorations significatives concernant l’accès des populations à l’eau potable. Simplement, parce qu’elle ne participe pas des solutions ou réformes structurelles préconisées dans les diagnostics, datant de plus vingt ans, pour la résolution des défis auxquels ce secteur est confronté.

Pouvez-vous expliciter ?

Vous m’excuserez d’être un peu long. Je vais vous parler du contexte économique de la fin de la décennie 80. Voyez-vous ceux d’entre vous nés entre 1985 et 1990 ont aujourd’hui entre 27 et 32 ans. Ils sont de jeunes adultes et une population majoritaire. Ils ont par conséquent le droit, l’obligation et la responsabilité de savoir ce qui s’est passé. Ils ont surtout le devoir de ne pas subir les choses. Les acteurs de cette histoire, toujours aux affaires, auront une tendance naturelle à l’adultérer à leur profit. Dans cette affaire, votre vision et votre devenir doivent primer…
A la fin de la décennie 80, donc, les entreprises publiques des secteurs des infrastructures de base sont sans exception en banqueroute. Celle-ci se traduit par une série de difficultés : un endettement massif dont elles sont incapables d’honorer le remboursement ; un assèchement de trésorerie qui ne leur permet plus d’assurer l’exploitation, d’entretenir ou de rénover l’outil de production. Elles vivent de subventions chroniques de l’Etat tant pour leur exploitation que pour le service de leurs dettes. Ainsi en est-il de la SNEC pour l’eau, de la SONEL pour l’électricité, de la REGIFERCAM pour les Chemins de fer, etc.

En raison de la crise économique éclatée au milieu de la décennie 80, l’Etat lui-même a des difficultés de trésorerie et ne peut plus assurer des subventions à ces entreprises. Si rien n’est fait, elles vont inéluctablement expirer. C’est ce contexte de mort programmée qui conduit à la solution des concessions à une gestion privée des services publics d’infrastructure. Malheureusement, la mise en œuvre s’est écartée des préconisations de réformes structurelles. Celles-ci visaient à changer de paradigme afin de s’attaquer au mal à la racine et améliorer les performances du secteur. Cette dérive fondamentale explique la persistance du mal à ce jour. La correction d’un tel dévoiement est au-delà des missions du DG de la CAMWATER. Pour moi, cette dérive s’assimile à une rébellion des bureaucrates contre les directives de l’autorité politique.

Pouvez-vous résumer l’économie des réformes structurelles préconisées et qui n’ont pas été mises en place ?

Les réformes portaient sur des aspects concernant la réorientation de la politique économique, la modernisation du dispositif de surveillance et de gestion des entreprises publiques et, enfin, last but not least, la décentralisation ou l’autonomisation des régions.

Par exemple, concernant la politique économique, l’une des causes des faibles performances des entreprises publiques de ces secteurs étaient qu’elles avaient traditionnellement opéré en situation de monopole. Situation qui n’encourage pas la créativité et l’innovation, les principaux facteurs de compétitivité. Le nouveau paradigme devait favoriser l’émergence de la concurrence. Premier dévoiement constaté par tout le monde, on est passé des monopoles publics à des monopoles privés, situation plus dangereuse encore que celle antérieure. Tous les économistes connaissent le danger des positions dominantes, aggravé par l’absence de contrôle, voire l’étouffement par toutes sortes de moyens de ceux qui sont censés contrôler.

La deuxième préconisation portait sur la multiplication des périmètres de concession, en cohérence avec la concurrence. Elle était fondée sur le fait que le pays est grand et qu’il fallait créer plusieurs périmètres de concession et y favoriser la concurrence, et non concéder tout le pays à un seul concessionnaire. Le résultat de cette approche est que l’opérateur monopoleur, choisissant la voie de la facilité, s’est mis à sélectionner les niches qu’il l’arrangeait pour y opérer. Ce sont les cas de Douala et Yaoundé par exemple au détriment des autres villes et régions. Il avait de surcroit les moyens de neutraliser ses contrôleurs…Suivez mon regard !
Or, si vous concédez une région à un concessionnaire privé– par exemple l’Extrême-Nord, l’Est, l’Ouest ou le Nord-Ouest -, il développe des solutions spécifiques pour réussir dans cette région, aussi bien technique que financière, dans le cadre de partenariats public privé adaptés. On aurait toujours trouvé dans le monde, y compris à l’intérieur du Cameroun, des entreprises pour accepter de relever de tels défis.

La troisième préconisation concernait l’établissement et le suivi des cahiers des charges. Ceux-ci étaient soit absents soit quand ils existaient, ceux qui étaient censés en surveiller l’application passaient au « camp ennemi », avec pour résultat une collusion notoire entre le contrôlé et le contrôleur, celui-ci perdant ses griffes dans le processus…
En ce qui concerne le cadre de surveillance et de gestion des entreprises publiques (EP), il fallait le moderniser pour son efficacité. Beaucoup d’incongruités subsistaient telles que, par exemple, le manque de responsabilisation des administrateurs dans la gestion de EP, l’absence d’objectifs assignés aux gestionnaires d’EP, l’absence de système d’évaluation et de contrôle des performances (ce dernier aspect restant compréhensible en l’absence d’objectifs clairement assignés et mesurables).
La faiblesse de ce dispositif de surveillance des EP explique différentes aberrations comme les dirigeants d’entreprises ou les administrateurs qui y passent allègrement 10, 15, 20, 30 ans et davantage, sans jamais répondre de leurs performances. Les esprits les mieux disposés sont pervertis et émoussés par un tel cadre.

S’agissant enfin du volet relatif à l’autonomisation des régions, c’est une réforme de superstructure qui aurait eu des répercussions automatiquement favorables à la mise en place des autres préconisations décrites ci-dessus.

Pourquoi notre pays n’arrive-t-il pas à devenir performant, à sortir de cette espèce d’impasse où il se trouve confiné sans perspectives de redressement ?

Les performances des Etats ou des pays sont comparables à celles des moteurs. Le rendement de ceux-ci dépend de leurs caractéristiques techniques ou de design. A cet égard, le moteur de l’Etat-Cameroun est conçu comme celui d’une coccinelle, et on est en train de demander à la coccinelle de fournir le rendement d’une Mercedes, ou en d’autres termes à un moteur à combustion (automobile) de fournir le rendement d’un moteur à réaction (avion)… S’agissant de l’architecture de l’Etat du Cameroun, cette limite structurelle m’est apparue il y a plus de deux décennies, et les crises multiformes observées par la suite n’ont fait que confirmer ce constat.

Et que doit-on faire ?

Il faut redessiner le moteur de l’Etat du Cameroun pour en accroître les performances. Et le moteur du moteur, c’est le logiciel qui assure la fluidité du fonctionnement des mécanismes relatifs à la définition de la vision (qu’est-ce que l’on veut être demain ou que souhaite-t-on devenir ?), à la définition des objectifs et des stratégies compatibles avec cette vision, au contrôle d’exécution des activités pour ce faire, à la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre des activités, au contrôle d’exécution et des impacts obtenus (contrôle des performances). L’intelligence et l’efficacité avec lesquelles le moteur accomplit ces tâches en déterminent la performance.

C’est ce changement de paradigme ou de design du moteur que je demande dans tous mes écrits et interviews, en parlant d’une autonomisation effective des régions et des territoires locaux ; que vous l’appeliez décentralisation, fédération ou régionalisation, l’essentiel est de ne pas tricher avec l’idée d’autonomisation. Il s’agit de redistribuer le Pouvoir politique de manière que les régions, les communes et les populations s’approprient leur destin, deviennent les véritables acteurs de leur destin…C’est un des problèmes structurels de fond que le Cameroun a.

A votre avis, cette autonomisation constitue-t-elle la panacée de nos maux ?

Je ne la qualifierais pas de panacée, mais si je devais utiliser un concept chimique je dirais que c’est un catalyseur indispensable à la réaction du processus. Si vous voulez, c’est le secret du développement démontré par toutes les études et recherches qui se sont penchées sur cette question à travers un regard rétrospectif portant sur trois siècles. Elles ont établi une corrélation forte entre l’ordre politique – au sens de l’organisation institutionnelle de l’exercice du pouvoir politique - et la dynamique de prospérité. Ainsi, quand le pouvoir politique était démocratiquement décentralisé, le pays prospérait et la richesse était mieux répartie, tandis qu’à l’inverse dans le cas d’un pouvoir politique centralisé, on observait une grande déperdition de ressources et une embolie des canaux décisionnels publics, avec pour effet l’atonie de la croissance, ainsi qu’une forte concentration des pouvoirs économique et politique dans les mains d’une infime poignée… C’est un déséquilibre dangereux pour l’équité sociale et économique. Elle produit les différentes frustrations et revendications observées dans les cas d’espèce, y compris au Cameroun. C’est l’essence de toutes mes interventions sur la problématique du développement au Cameroun.

Est-ce cette situation qui explique les différents memoranda à caractère régional qui apparaissent de manière intermittente au Cameroun ?

Oui. Sauf que les revendications portent souvent sur une augmentation de préfets, sous-préfets ou ministres pour la région. Ce n’est pas la solution structurelle aux problèmes de nos populations dans les diverses régions.
J’ai demandé à un jeune frère et ami récemment si trois préfets ou deux ministres de plus pour l’Extrême-Nord allaient apporter l’eau potable et l’électricité aux populations de cette région. Il a convenu avec moi que non.

Et qu’est-ce que vous lui avez suggéré ?

C’est bien entendu l’autonomie constitutionnelle de la région, reflétée par des compétences régionales sur des problématiques essentielles telles que l’eau, l’énergie, ressources naturelles, le transport, l’éducation, etc.
S’agissant par exemple de l’eau potable, les problématiques hydrauliques se posent de manière spécifique selon les régions, et il est difficile d’imaginer que l’accès à l’eau potable des résidents de Bamenda, Bertoua, Bafoussam, Maroua, Ngaoundéré, Obala, Monatélé, Ebolowa, etc. dépend d’un individu assis à Yaoundé…Si cette compétence était dévolue au niveau régional ou municipal, chaque niveau s’activerait de manière simultanée (et pas en série avec des risques d’embolie des décisions) pour résoudre son problème…Sur de nombre de questions, cette solution apparaît la plus appropriée en matière de développement.

Pourquoi ne semble-t-elle pas évidente ?

Je ne sais pas si elle ne semble pas évidente, mais elle menace sûrement les intérêts des bénéficiaires du statu quo. Elle ne sera donc pas mise en œuvre sans la pression politique de ceux qui y ont le plus intérêt, c’est-à-dire la jeunesse qui doit vivre sa vie et ses espoirs, aujourd’hui et demain.

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