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General News of Thursday, 1 October 2020

Source: Actu Cameroun

'On m’a collé la nationalité centrafricaine pour me disqualifier des Régionales-Daniel Akao

Daniel Akao, chef traditionnel de 3e degré de Bamnyanga Pana (Ngaoundéré).
A la suite de la publication par Elecam des listes de chefs traditionnels de la Vina pour les élections régionales du 6 décembre prochain, il est apparu que vous êtes de nationalité centrafricaine…


Sur le fichier qui est arrivé, j’ai découvert que je suis Centrafricain. C’est le motif qu’ils ont avancé pour me disqualifier. Je suis un Camerounais né à Ngaoundéré, vers 1955 avant l’indépendance. J’ai un domicile fixe, celui de mes parents. Le nom de mon père «Oursangele» signifie en Mboum «la mort refuse qui ?» et celui de ma mère «Malaou» veut dire la cheffe des danses traditionnelles. C’est après l’indépendance du Cameroun qu’on .peut parler de la nationalité et de qui est Camerounais ou pas.


Donc, la hiérarchie avait demandé de recenser les autochtones et les non autochtones. Ce qui m’est revenu, c’est que l’administration chargée de ce travail a coté le dossier au Lamido Mohamadou Hayatou Issa de Ngaoundéré parce qu’il est bien placé pour dire qui est autochtone ou pas. Lorsqu’on parle des non autochtones, je ne sais pas si un individu peut dire que tel est Camerounais, tel ne l’est pas. Le document qui dit que je suis non autochtone est parvenu au niveau de Sa Majesté. Il l’a validé, j’ai vu sa signature avec mon nom dessus. Il semblerait que le Lamido a pris cela pour régler ses comptes.

Vous êtes chef traditionnel depuis 1998. Avez-vous, tout au moins, des origines centrafricaines ?
C’est une surprise pour .moi, puisque je ne suis jamais sorti du Cameroun depuis que je suis né ; sauf sur le plan footballistique. J’ai fait toutes les villes du Cameroun quand je jouais à l’équipe nationale. J’étais parmi les 18 joueurs sélectionnés lors des éliminatoires de 1982. J’ai participé à la qualification du Cameroun où j’ai perçu mes droits. Et si je n’ai pas participé aux éliminatoires, c’est parce que toutes les exigences nécessaires n’étaient pas remplies. Je n’ai pas d’origine centrafricaine. Je sais que je suis allé une fois jusqu’à Touboro. Mais Touboro, c’est dans le Mayo-Rey au Nord, parce que mon grand frère Adamou y réside. En dehors de Touboro, je ne suis allé nulle part.

J’ai un passeport de plus de 15 ans, je ne suis pas sorti avec, mis à part le passeport de l’équipe nationale. Mais ce que je peux dire, c’est que le multipartisme et la démocratie ont permis aux Mboum de se développer. Cette organisation permet de faire certaines revendications pour le bien-être de cette communauté. Mais certains n’ont pas apprécié cela ; il y a des politiques qui permettent aux élites d’être nommées et d’espérer, ici, dans la Vina, nous avons quand même des intellectuels Mboum par rapport aux autres départements. Si vous constatez qu’il n’y a pas un ministre Mboum dans la Vina, c’est à cause de ce désordre. Il fallait diviser, puis fragiliser cette communauté pour affirmer que les Mboum ne s’entendent pas et coller des motifs aux leaders qui pouvaient être au-devant de la scène.

Vous avez eu par le passé des accrochages avec des autorités administratives et autres chefs traditionnels, dont le Lamido de Ngaoundéré. Etes-vous un «dur à cuir» ou un éternel contestataire ?
Je suis le premier chef traditionnel à aller vers l’administration. Avant, ce n’était pas possible, seul le Lamido pouvait le faire et convoquer après une assise pour dire aux chefs traditionnels ce que l’administration attend d’eux. Dans la Vina, je suis le- premier chef à avoir un arrêté préfectoral, en 1998, et aussi le premier à être autorisé à mettre le drapeau du pays devant la chefferie. Depuis ce temps, le sous-préfet Armand Biaise a décidé qu’un chef traditionnel ayant un arrêté ne doit pas s’asseoir au sol. Et à chaque cérémonie, j’avais un endroit où m’asseoir. Et selon nos traditions, ceux qui ont évolué en s’y référant ne pouvaient donc pas l’admettre.

J’avais de très bonnes relations avec les autorités qui m’appréciaient beaucoup. Le gouverneur et d’autres officiels me rendaient visite. Mais, il y a des gens qui n’appréciaient pas cette collaboration. Et quand je parle du Lamido, je précise que je n’ai aucun problème avec les Peuhls. Je suis né parmi les Peuhls, mon nom Akao, c’est les peuhls qui me l’ont donné. Mais il y a deux générations de colons qui vivent dans le passé, qui sont dépassés par l’histoire au 21ème siècle. Tous ces problèmes, je les ai eus à cause du Lamido. Il m’a mis en conflit avec les autorités administratives. Il a dit du n’importe quoi sur moi. Si on m’a arrêté, c’est parce que c’est lui qui a financé tout ça. La justice m’a acquitté. Je ne sais pas pourquoi il fait tout ça, certainement il me voit venir. Il sait que je suis autochtone et que Ngaoundéré c’est notre ville.

Je n’ai pas eu de problèmes avec son père qui était un fan du club Entente où j’ai joué. Ce dernier est né d’un père Peuhl et d’une mère Mboum. On n’avait aucun différend. Mais déjà, pour ce qui concerne l’actuel Lamido, il faut préciser que je suis son grand frère. Et même les Peuhls sont ses victimes, je vous le dis parce que je suis né dans cette ville. Quand un Peuhl meurt, le lamido devient le premier héritier. Dans tous les villages et dans tous les quartiers, il a des représentants. Il envoie ses «Doungourous» prendre des bétails et des maisons. Je ne crois pas que les nouvelles générations des Peuhls sont d’accord avec ce qu’il fait Et c’est connu de tout le monde.

Que vous reproche-t-on ?
J’ai travaillé pendant 37 ans à la commune, je suis en retraite depuis 2015.’ J’ai joué dans l’équipe nationale du Cameroun. Quel étranger peut faire ce parcours ? Vous savez, on me reproche de tout, mais les gens qui viennent chez moi savent que je ne suis pas comme certains le prétendent. La population sait que je suis un chef qui ne vend pas des terres. L’administration sait que je suis un chef, mais tout mon territoire a été bradé. Et vous voyez qu’on parle très peu de Barnyanga Pana. Chaque autorité qui vient à Ngaoundéré sait qu’elle va préparer sa retraite. Ils ont des terres, ils ont des moyens. Et ils cherchent des prétextes pour me faire destituer. Souvenez-vous de mon arrestation en novembre 2016. En entrant à la chefferie, il y a un bar. Le vide que vous voyez, c’était mon bar que je voulais agrandir.

Mais le lamido a tout orchestré en passant par le sous-préfet Tene Boniface avec qui je m’entendais bien. Le sous-préfet est venu me dire que j’ai fermé la servitude. Ce qui n’était pas le cas. N’empêche qu’un jour, pendant que j’étais à l’hôpital, le sous-préfet est venu avec au moins 25 gendarmes pour m’arrêter. J’ai informé les élites et ils ont dit qu’après tout, le sous-préfet est mon patron, je dois aller vers lui Ce d’autant que lrumeurs couraient que j’ai cravaté et giflé le sous-préfet. Je suis donc allé avec mon fils à sa résidence. L’autorité n’a pas voulu m’écouter ét m’a dit : «je suis sous-préfet, je vais te destituer».


Il m’a envoyé chez le procureur. Sachant que le procureur reste au bureau parfois jusqu’à minuit, je suis allé avec mon fils vers 19 h. On s’est annoncés au secrétariat. Dès qu’il a appris, il a appelé le commandant de compagnie, Idrissou, de venir de toute urgence. Je lui ai néanmoins relaté ce qui s’est, passé. Idrissou est venu taper la porte et il m’a dit : «finis avec le procureur et je vais voir où tu vas sortir, même si c’est par le toit, je ne peux pas te laisser». Le procureur grattait seulement la tête. J’ai été menotté, conduit à la gendarmerie et jeté en cellule. Il y avait des gens qu’on avait arrêtés, notamment des coupeurs de route. Ils n’étaient pas menottés, mais moi, chef traditionnel, était menotté en cellule.

Tene Boniface est venu faire sa déposition et le procureur attendait au bureau. Ils ont estimé qu’on ne pouvait pas attendre le matin, qu’on devait me déférer dans la nuit. Que le matin, les gens devaient savoir que je suis déjà en prison. Le commandant de compagnie Idrissou, le commandant de brigade Okounou et Tene boniface ont formulé la plainte. J’ai entendu le commandant de compagnie dire : «Avec ça, il ne pourra pas s’en sortir». On m’a collé des motifs de rébellion et autres. Je n’arrivais pas à comprendre comment quelqu’un qui a servi 37 ans, président d’une sous-section Rdpc, chef traditionnel, était accusé de rébellion. Je supporte et j’ai toujours supporté le chef de l’Etat. J’ai ramené le Rdpc dans mon quartier où on vote à 100%.

Estimez-vous être victime d’un acharnement ou alors, vous n’avez pas sacrifié aux règles de courtoisie face aux autorités, en ce qui concerne la constitution de votre dossier pour les élections régionales ?
Pour le conseil régional, je pense que j’ai fait signer certains documents à la sous-préfecture de Ngaoundéré 1er. Je suis allé rencontrer au moins le sous-préfet pour lui dire que j’étais en train de constituer mon dossier pour les Régionales. Je me rends compte aujourd’hui que j’étais déjà fiché depuis. Ils avaient fait les listes avant, pour envoyer à Yaoundé. Ce, à la suite des instructions du Minât de recenser les non autochtones. Et avant les délais de dépôt, je suis allé au lamidat déposer ma candidature. J’ai rencontré le Lamido. Il m’a dit avoir été informé que j’ai déposé ma candidature et qu’il va la passer à la commission et envoyer la liste. En fait, les dés étaient pipés depuis, avant même que je n’apporte mon dossier.

Quand la liste est sortie au niveau d’Elecam, mon nom n’y figurait pas et j’ai appris que le fichier était venu du Minât Donc, je ne suis pas électeur. Mais selon la loi, j’ai formulé une requête.

Qu’est-ce que vous en espérez ?
Ma communauté Mboum et moi attendons que ma candidature soit acceptée. Ce ne serait que justice. Ce qui s’est passé m’a permis de réfléchir. Vous savez, les gens de Ngaoundéré parlent. Et il en ressort que, chaque fois, ce sont des millions et des Gandoura qu’on distribue aux autorités, même au niveau du tribunal. J’ai des amis qui me disent que j’ai raison, mais qu’on va faire comment ? Je suis victime. J’ai des terrains avec des titres fonciers qu’on a arrachés. J’ai quoi pour donner aux autorités ? Je suis retraité, je ne vends pas des terres, qu’est-ce que je peux avec la bouche devant quelqu’un qui donne un million ? Je me méfie même d’aller vers eux parce que c’est de l’argent qu’on donne.

Qu’en est-il de l’érection de votre chefferie de 3edegré en chefferie supérieure ?
C’est le Minât qui m’a notifié. Quand le ministre était ici pendant les élections, c’est lui-même qui m’a demandé de constituer le dossier pour l’homologation. Je l’ai fait et il m’a notifié deux fois. Je suis allé chez le sous-préfet de Ngaoundéré 1er, il a traité le dossier et acheminé à la préfecture. Ce sont les gens du iamidat qui sont au secrétariat de la préfecture. Ils ont donné des instructions. Mon dossier est arrivé, on a appelé seulement le lamido et on a retiré mon dossier. J’ai photocopié l’exemplaire du dossier pour envoyer au ministre et lui faire savoir que j’ai déposé effectivement mon dossier au niveau de la préfecture. Et c’était un dossier pour être chef de deuxième degré.

Comme ça n’a pas abouti auprès de l’autorité administrative, il a notifié au sous-préfet, après avoir attendu trois mois que le dossier doit passer par l’administration. Le sous-préfet l’a fait et je suis allé. On m’a dit que, comme je tai fait en 2018 et ça n’a pas abouti, je devais encore refaire le dossier parce qu’effectivement, le timbre est périmé. J’ai reconstitué encore le dossier et je l’ai déposé puis, il a traité pour envoyer à la préfecture. J’ai obtenu la décharge au niveau de la préfecture. J’ai photocopié encore pour envoyer au ministre pour lui dire que le sous-préfet m’a demandé de refaire le dossier et voilà l’exemplaire à son niveau.

A la préfecture, on a encore appelé le lamido pour lui dire que j’ai refait le dossier et on a enlevé encore. Bref, j’ai rencontré le préfet Luc Ndorigo. Il me dit qu’il n’a jamais vu ce dossier. Ensuite, il m’a demandé d’aller dire au sous-préfet d’envoyer le cahier de transmission de ce dossier avec le découpage. Au départ, le sous-préfet m’a expliqué qu’il avait déjà fait son travail, mais par la suite, il m’a dit qu’il, allait voir le préfet. On a attendu un mois avec les élites. On s’est encore rendu là-bas pour savoir s’il avait retrouvé le document, il nous a reçu tout en nous expliquant qu’il l’avait déjà transmis à Yaoundé. Voilà que je n’ai pas fini avec cette affaire qu’une autre surgie.

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