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General News of Thursday, 19 November 2020

Source: afrik-inform.com

Nouvelle ère en Afrique: zoom sur les 'présidents élus' du continent et leurs forces

C’est désormais une mode en Afrique ces dernières années. Après chaque élection présidentielle, ces pays doivent s’habituer à avoir un président voté par le peuple, reconnu par les urnes et adoubé par les commissions électorales, et un président « élu » pour qui la victoire a été volée.

Échec du système électoral, absence de démocratie, dictature, longévité au pouvoir, changement de la constitution ; les raisons pour soutenir les volontés de ces candidats malheureux, à se hisser au sommet des états africains ne manquent pas. Leur credo : la liberté de l’Afrique et des Africains du joug de la néo colonisation et de l’obscurantisme.

Jean Ping, Agbéyomé Kodjo, Maurice Kamto, Martin Fayulu, Cellou Dalein Diallo, …. Ils sont nombreux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contesté les chiffres provisoires d’une instance « indépendante » les donnant en deuxième position. Tous ont croisé le fer avec des Présidents « officiels », après avoir été déboutés de leurs prétentions par les juges électoraux. Tous, se sont eux-mêmes déclarés « Présidents élus » ou « Présidents légitimes ». Nous vous emmenons au cœur de leurs univers.

À 78 ans, Jean Ping est un homme politique gabonais dont la carrière politique débute en 1990. Il occupe le poste de directeur de cabinet du président Omar Bongo, et est plusieurs fois ministre dans ce pays de l’Afrique centrale.

Chaque année depuis août 2016, le leader de la Coalition pour la nouvelle République s’adresse à la Nation. Une adresse qui lui sert de prétexte pour réaffirmer son engagement à récupérer sa victoire du scrutin du 27 août 2016, qu’il continue de réclamer.

En effet, le 27 août 2016, Les Gabonais ont voté pour désigner leur président lors d’un scrutin à un tour. Par la suite, la commission électorale a annoncé la victoire du chef de l’Etat sortant, Ali Bongo Ondimba, avec 49,80 % des voix. Une réélection d’Ali Bongo, qui a plongé le pays dans de violents troubles ayant fait au moins cinq morts.
À Paris Un millier de manifestants ont réclamé trois jours après l’annonce des résultats, scandant la « reconnaissance de l’élection démocratique » de Jean Ping et la fin de la « folie sanguinaire » pour utiliser leur expression du président sortant Ali Bongo.

Ces manifestations ont aidé l’opposant Jean Ping à se conforter dans sa position de « président élu ». Les revendications d’une victoire volée vont donc se multiplier, lui valant l’arrestation de plusieurs leaders de son parti et un assaut des forces spéciales contre le QG de l’opposant qui a fait une trentaine de morts.

Il y a 23 ans, le même scénario se dessinait au Gabon. En décembre 1993, les Gabonais étaient convoqués à un scrutin présidentiel ; le premier du genre après l’instauration du multipartisme, à la suite des conférences nationales souveraines en Afrique francophone. Paul Mba Abessole, le leader du Rassemblement national des Bûcherons arrive alors en deuxième position, derrière Omar Bongo, le père d’Ali. Paul Mba Abessole avait lui aussi crié à une victoire volée et s’est autoproclamé le président élu de la république. Il nommera même un Premier ministre, en la personne du secrétaire général de son parti.

Au Togo, La CENI en direct de la chaîne nationale TVT, a proclamé Faure Gnassingbé, vainqueur de l’élection présidentielle et a placé Agbeyome KODJO en deuxième position. Une place injuste selon l’opposant, candidat du MPDD qui s’est dit, triché et a immédiatement appelé le peuple à défendre sa victoire. L’ancien Premier ministre togolais continue de réclamer sa victoire de la présidentielle du 22 février 2020. Ce qui lui a jusqu’ici valu plusieurs convocations au service central des renseignements et investigations criminelles.

Au Cameroun, le professeur Maurice Kamto est désormais présenté comme le challenger par excellence du président en place Paul Biya. En effet, si le SDF réclame lui aussi une victoire qui est sienne depuis 1992, mais attribuée au RDPC, parti au pouvoir depuis bientôt quarante ans, Ni John Fru Ndi, son leader, n’aurait pas eu assez de cran que celui du professeur Maurice Kamto pour crier au hold-up électoral. En effet, depuis le scrutin d’octobre 2018, qui a valu au président de la République d’être réélu avec 71,28 % des voix contre 14,23 du Prof Maurice Kamto, candidat du MRC, arrivé 2e, le parti multiplie des actions pour que le siège présidentiel leur soit octroyé. Leur principal mode d’action : des marches puisque leur recours à la cours constitutionnel a été jugé pour la majorité comme étant irrecevable.

À 64 ans, l’Ancien ministre délégué à la Justice et avocat, Maurice Kamto, ne lâche pas prise. Il se présente même après deux ans comme étant le président élu du Cameroun et dénonce de multiples cas de fraude orchestrés par le régime en place, avec en prime la crise dans les régions du NOSO ou les solutions peinent à être trouvées.

En RDC, l’opposant Martin Fayulu a lui aussi contesté sa défaite à la présidentielle du 30 décembre 2019. La Céni avait en effet proclamé vainqueur Félix Tshisekedi avec 38,5 % des voix, devant Martin Fayulu qui lui n’aurait recueilli que moins de 35 %.

Même cas de figure en Guinée il y a quelques semaines. L’opposant Cellou Dalein Diallo s’est lui-même proclamé vainqueur avant même l’annonce des résultats de l’élection présidentielle.
Le numéro deux de l’organe chargé d’organiser les élections, la Céni, a déclaré “prématurée”, “nulle et de nul effet” la proclamation de M. Diallo. L’opposant a ensuite accusé sur Twitter les forces de sécurité d’avoir abattu par balles des citoyens qui saluaient sa victoire. L’homme politique guinéen a été plusieurs fois ministre ainsi que Premier ministre sous Lassana Conté.

Soumaïla Cissé du Mali, Abdirahman Mohamed Abdullahi Irro, de la somalie, le général Jean-Marie Michel Mokoko du congo –brazza ville, Saleh Kebzabo du tchad etc… la liste de ces présidents élus s’agrandie au fil des années.
Pour tenter de savoir pourquoi nous avons rencontré le Dr Ambroise Louison Essomba, chargé de cours au département de droit public de l’université de Douala au Cameroun, et membre de l’organisation internationale des droits de l’Homme. Pour lui, nous sommes à « l’ère du pouvoir contesté » ; et ceci s’explique par le fait que « la fonction présidentielle dans toute société est une fonction très prisée ».

Ralentissement de la démocratie, échec des processus électoraux, recul des libertés, ils sont nombreux ces éléments qui favorisent l’éveil de conscience des candidats malheureux pendant les élections présidentielles. L’impact de ces contestations n’est pas des moindres. Pour le Dr Louison Essomba, ce mode d’action permet de fragiliser le pouvoir en place raison pour laquelle le système s’endurcit et tous ces présidents élus sont soit emprisonnés, soit en résidence surveillée.

Deux «Présidents élus» ont jusqu’ici réussi, à faire valoir leurs droits. C’est l’exemple ivoirien avec Alassane Draman Ouattara face à Laurent Gbagbo en 2011, et gambien en 2016 avec Yahia Jammeh face à Adama Barrow. Dans les deux cas, les «Présidents élus» s’adonneront à des prestations de serment.

Pour pallier à ce phénomène mais surtout, pour éviter une Afrique fragilisée, les nations pourraient par exemple Organiser des élections crédibles, transparentes, sincères et justes. Ils pourraient également Mettre en place des institutions crédibles indépendantes pour rassurer le peuple de la sincérité du choix de leurs dirigeants.

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