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General News of Friday, 4 September 2020

Source: msf.fr

Noso : ces révélation de l'ONG Médecins sans frontières qui dérangent Yaoundé

Depuis plus de trois ans, les populations des régions Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun sont affectées par les violences entre groupes armés étatiques et non-étatiques. Raids armés, attentats, kidnappings, actes de torture et violences sexuelles s'y sont multipliés tandis que le système de santé local s'effondrait. Les équipes de Médecins Sans Frontières sont parmi les seules à continuer d'apporter une aide humanitaire à ces populations délaissées.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 680 000 personnes se sont déplacées dans le pays pour fuir ces violences, 59 000 se sont réfugiées au Nigeria voisin et plus de 2 millions de personnes auraient besoin d’assistance humanitaire.

« À cause des violences et des restrictions de mouvement, la majorité des centres de santé ont été désertés ou ne sont plus en mesure de fonctionner normalement, explique Shahbaz Khan, coordinateur de terrain MSF au Cameroun pour la région Nord-Ouest. L’aide humanitaire est réduite du fait de l’insécurité et les populations se sont rapidement retrouvées dans une situation sanitaire critique. Les communautés de personnes déplacées, en particulier, ont peu, voire pas, accès aux soins et vivent dans des conditions alarmantes. »


Soutien aux centres de santé



Cette situation a poussé MSF à lancer en 2018 un appui médical d’urgence dans plusieurs localités du Nord-Ouest du Cameroun. Les équipes y soutiennent aujourd’hui plusieurs structures médicales ainsi qu’un réseau d’agents de santé communautaires assurant des soins primaires aux populations déplacées et vulnérables, ou en les référant vers les structures de soins appuyées par MSF.

À Bamenda, MSF soutient ainsi l’hôpital Saint Mary Soledad. Dans cette structure de 76 lits, nos équipes prodiguent des soins gratuits aux femmes enceintes, aux enfants en bas âge et offrent des services médicaux, chirurgicaux et psychologiques aux victimes de traumatismes intentionnels ou non, comme les accidentés de la route, les survivants de violence sexuelle ou armée, les victimes de brûlures ou d’accidents domestiques.

MSF a également mis sur pied un service d’ambulance actif jour et nuit, 7 jours sur 7, afin de transporter les patients ayant besoin de soins urgents, principalement des urgences obstétriques et pédiatriques mais aussi des patients souffrant de paludisme avancé, d’infections respiratoires, de morsures de serpents, d’ulcères perforés, etc. Environ 5 % des patients transportés en ambulance sont des victimes de violences intentionnelles.

Des populations coupées des soins
Comme chaque jour, l’hôpital est plein à craquer. Pas un seul lit n’est disponible, et le couloir des consultations ne désemplit pas. Couchée dans son lit, dans la salle réservée aux femmes et aux enfants, Loveline est arrivée ce matin à l’hôpital pour donner naissance à sa fille.

Transporter Loveline vers un hôpital était crucial car la jeune femme souffre de drépanocytose, une pathologie sanguine qui accroît les risques de décès durant l’accouchement.

Trois jours plus tôt, Paul était lui aussi admis en urgence à Saint Mary Soledad. Ce jeune fermier avait été attaqué par des hommes armés qui l’ont accusé d’être un partisan du camp adverse, l’ont torturé et lui ont tiré dessus à de multiples reprises. Ayant survécu à ses blessures, le jeune homme est parvenu à obtenir de l’aide d’une passante et à être emmené dans un hôpital public, qui l’a référé vers le centre soutenu par MSF en raison de la gravité de ses blessures.

« Paul est arrivé ici il y a trois jours avec cinq balles dans le corps, confie le Dr. Jifon. Une dans chaque main, deux dans le bras et une dans la cuisse. Il est désormais hors de danger. Sa main gauche était en très mauvais état, mais nous avons réussi à la sauver. »

Il y a trois semaines, Félix et sa famille, déplacés suite à des affrontements, ont été attaqués dans le village où ils dormaient. Sa famille a pu s’échapper. Pas lui. Retenu au sol par ses assaillants, il a vu ceux-ci lui trancher la main gauche à l’aide d’un couteau.

« Je suis resté couché à saigner durant deux heures avant que ma sœur n’ose revenir me chercher, témoigne-t-il. Nous nous sommes cachés dans la forêt durant deux semaines. Nous avons traité ma blessure avec des remèdes traditionnels mais mon bras s’est infecté. Nous sommes finalement sortis pour aller dans un centre de santé. Là-bas, ils n’avaient rien pour me soigner. Ils ont juste mis un bandage. L’infection s’est aggravée. C’est pour cela que nous sommes venus à Bamenda. Sur la route, quelqu’un nous a dit que les médecins de Saint Mary Soledad pourraient mieux me soigner. »

« Pour beaucoup, victimes directes ou indirectes de la crise en cours, la présence de MSF était tout simplement vitale, explique Shahbaz Khan. Dans cette région nous sommes l’une des rares organisations présentes sur le terrain pour apporter des soins à la population. »

Les appels au cessez-le-feu n'ayant pas été suivis d'effet, MSF a maintenu ses activités vitales à Saint Mary Soledad après que la pandémie de Covid-19 avait atteint la région. La violence et les déplacements se sont poursuivis depuis, enfonçant la population un peu plus chaque jour dans une situation de désespoir.

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