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General News of Saturday, 5 December 2020

Source: Actu Cameroun

Ngaoundéré : la cité-U, 27 ans plus tard

Nostalgique est Ismaël, en cette fin de matinée du 30 novembre. Ancien étudiant de l’université de Ngaoundéré dans la région de l’Adamaoua, il fait partie des premiers habitants à avoir intégré la cité université, communément appelée cité-U.
En séjour dans la région château d’eau, l’ancien cop’s a décidé de revenir sur ses pas. Revoir les bâtiments qu’il admirait tant. Arperiter les couloirs qu’il empruntait dans la nuit pour rejoindre, Myriam, étudiante à- la faculté des Sciences juridiques et Politiques (Fsjp), qui deviendra son épouse, après leur départ de Dang.

«J’ai fait la connaissance de mon épouse ici à l’université. La première fois que je l’ai rencontré, elle était en train de faire ces paniers sur le terrain de basket que vous voyez là-bas. Etant un bleu je m’étais perdu. Et je lui ai demandé mon chemin. EHe m’à souri avant de m’orienter. Et depuis ce jour, nous nous ne sommes plus quittés. Cela fait 22 ans que nous sommes ensemble», raconte Ismael, le sourire, aux lèvres.

Rêveur, le quadragénaire avance à pas de tortue. Le regard apparemment hagard, il observe et examine les différents bâtiments dans lesquels il dormit. 20 ans plus tôt. Le soleil darde et là, son visage se renferme. Un vent de tristesse balaie rapidement ses yeux. Le bâtiment A, dans lequel son épouse occupait une chambre, n’attire plus. La cour est recouverte d’herbes sèches. Les murs sont dégarnis. C’est à peine si la couleur de la peinture est reconnaissable.



Les cadres des ouvertures, des fenêtres notamment-, sont roui liés. Les quelques vitres qui s’y trouvent encore, résistent tant bien que mal au temps. Au rez-de-chaussée, les coins des murs sont recouverts des toiles .d’araignée. Sur le sol, une nappe de ‘ poussière et des excréments recouvrent les carreaux. Des fils électriques, qui soutenaient les réglettes, caressent quelques murs.

Ismâel passe du bâtiment A au bâtiment B, d’un regard. «On l’a baptisé, lé bâtiment de l’horreur», informe-un étudiant le pas alerte, à Ismael. «J’ai occupé trois cham-bres dans c’e bâtiment. A l’époque, un étudiant ne pouvait occuper la même chambre deux années successives. Si cette année, l’administration vous attribuait la chambre numéro 22 par exemple, l’année suivante, elle vous octroyait la chambre numéro 25. Ainsi de suite», se souvient l’ancien étudiant.

Ici à la cité-U, on décon-.. seille aux. nouveaux, d’y pointer leur nez. Même certains résidents de la cité ne s’y aventurent pas. Seuls les courageux osent s’y’rendre. Réputé pour être le lieu de toutes les dérives, partouzes, séances collectives de shooting, viols, «le bâtiment de -l’horreur» héberge malgré tout, quelques étudiants. Du forage grâce au partenariat Turque, on aperçoit leurs rideaux au niveau des fenêtres. Les rares personnes qui accèdent à ce bâtiment, sont contraints de passer dans l’herbe, qui vient apparemment d’être brûlée. Car l’odeur ocre du calciné embaume l’atmosphère.

Le regard d’Ismael poursuit sa balade dans les couloirs bitumés, menant de part et d’autre des bâtiments D et C, le sol est jonché d’immondices. Parfois, pour se frayer un passage, il faut esquiver des tas d’ordures et davantage de l’herbe. C’est le cas pour le bâtiment D. Quant au bâtiment C, le rez-de-chaussée ne paie pas de mine. La rigole est inondée de nombreuses ordures. Un tour derrière de l’immeuble, et vite, on rebrousse chemin !

Tant l’insalubrité y a élu domicile, jusqu’à s’enraciner. C’est à se demander la dernière qu’un coup de balai a été passé. A [‘intérieur de-ce bâtiment, au niveau de la réception, les portes vitrées sont recouvertes de crasse. Certaines sont brisées par endroits. Dans certains coins, des meubles sîllés, détruits, ont été entassés. L’araignée a tissé sa toile dans la cabine téléphonique et aussi sur l’ancien bureau des réceptionnistes. Les marches qui mènent vers les étages supérieurs ne sont pas différentes de la rigole du bas. Et toute cette partie n’est pas électrifiée.

Portes éventrées
Au deuxième étage, deux étudiants font du ménage devant leurs chambres. Un autre, revient du forage avec deux seaux d’eau en main. Un, dans chaque main. Dans le pavillon d’en face, on aperçoit une dame en peignoir, serviette sur la tête ; • sortant apparemment des toilettes. Pour les trois pavillons qu’on retrouve dans ce bâtiment, il y a deux toilettes. C’est idem dans tous les autres bâtiments de la cité.

Au troisième étage, il n’y a presque pas d’éclairage. Les chambres vides, sont presque toutes défectueuses. Les portes éventrées, les lits cassés. Les vitres brisées. L’eau stagne dans certains’ couloirs. Au centre de l’immeuble, l’antenne parabolique installée, date de l’époque de Mathusalem. Les herbes poussent entré lés fissures des murs. L’état de délabre-ment dans lequel se trouve l’immeuble inquiète Ismael.” Sur les 72 chambres qu’on y retrouve, «à peine le quart est occupé», confie up étudiant.

.D’après lui, la cité n’est plus aussi vivante qu’il y a quatre ou cinq ans. Les activités qui agrémentaient la vie des activités dans ce lieu ont disparu. «Le One Day Cup par exemple qui réunissait les étudiants de presque tous les pavillons, tout comme la fête de la cité qui était une semaine culturelle, ont disparu. Or, ces événements coloriaient la vie de la cité; faisant oublier l’état des lieux de celle-ci», confie ie jeune homme. Aujourd’hui, la cité-U se meurt.

Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les 100.000 Fcfa annuel que versent chaque étudiant pour intégrer une chambre ne suffisent apparemment pas pour la réfection de cette cité. Des indiscrétions confient que le dernier coup de pinceau a été passé avant le départ de l’ancien recteur, le Pr Henri Amvam Zollo, en 2017.

«A cette époque, seuls trois des quatre, bâtiments avaient été réfectionnés. Et depuis, plus rien», apprend-on. Et le bâtiment qui n’a pas reçu de cure de jouvence, c’est le bâtiment de l’horreur, le bâtiment B. La maintenance, n’est non plus assurée. Celui qui s’en occupait au niveau de la cité, a été promu responsable de’ la maintenance de toute l’université. Et depuis son départ, les étudiants se débrouillent comme ils peuvent.

Stupéfait, Ismael apprend qu’au vu du mal dont souffre la cité, le taux d’occupation redresse sans cesse. D’après la direction du centre des œuvres universitaires (Dcou), direction qui s’occupe de la cité au niveau de l’université, au cours de l’année académique 2019-2020, sur les 516 chambres de la cité, seuls 270 ont été occupés. Et pour cette année académique, à date, seule une centaine de chambres sont occupées. Mais la liste signée par le Pr Uphié Chinje Melo, le recteur, dénombre 265 étudiants, dont les demandes ou les reconductions ont été acceptées.

Le bloc 36, réservé uniquement pour les doctorants, est particulièrement prisé. Loué à 15.000 Fcfa le mois, toutes taxes comprises, il est accordé exclusivement par le recteur. Sur les 36 chambres qui s’y trouvent, 24 sont actuellement occupées. Et il n’est pas très différent des autres bâtiments de la cité.

A la Dcou, la situation préoccupe. Mais, n’étant qu’une direction ou – une sous- direction de l’université, elle n’a pas les fonds nécessaires pour redonner vie à la cité-U. Les ordres venant du rectorat, elle doit attendre et faire avec ce qu’elle a. D’après des indiscrétions, l’enseignant de l’école nationale supérieure des sciences agro-industrielles (Ensai) qui a privatisé le restaurant, a voulu le faire avec la cité, mais l’affaire n’a pas abouti. En attendant que le responsable, à qui incombe la réfection de la cité-U ne fasse ce qui doit être fait, les étudiants etix, pataugent dans l’insalubrité. Et 27 ans plus tard, les anciens étudiants tels qu’Ismael, qui reviennent dans, ce lieu, n’ont’ .que leurs yeux, pour pleurer. Nostalgiques !

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