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General News of Monday, 13 July 2020

Source: Défis Actuels N°496

NOSO: vers la nationalisation voire l’internationalisation de la menace


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Attaques à main armée. Gendarmes tués. Militaire égorgé. Attentats à la bombe artisanale. Edifices publics et domiciles des élites en feu. La crise anglophone au Cameroun a pris une toute autre tournure ces derniers jours. Et qui n’est pas sans rappeler en bien de points l’évolution d’une autre crise à laquelle le pays de Paul Biya fait face depuis 2013 : Boko Haram. Ce qui laisse vraiment craindre qu’en à ses développements futurs.

UNE MENACE DIFFICILE À CERNER

Lancée sous la forme des revendications corporatistes des avocats, enseignants et étudiants en novembre 2016, cette crise à dérivé en quelque chose de très peu identifiée à l’instar de Boko Haram. Sommes-nous désormais en face d’un mouvement sécessionniste ? D’une insurrection politique contre le régime en place ? D’une révolte sociale ? Ou bien d’une revendication ethnique ? La complexité de la situation confine désormais les autorités de Yaoundé à une forme de débrouillardise politique qui trahit une forte indigence de solution.

Mais une chose est claire, si le programme des activistes anglophones peut s’avérer en des points clairement politiques, et la démarche de plus en plus insurrectionnelle et irrédentiste, c’est bel et bien la situation sociale désastreuse des régions anglophones qui en est le fondement. Et si la région de Nord-Ouest apparaît comme l’épicentre de la révolte, ce n’est nullement du fait d’une quelconque « civilisation frondeuse » de sa population, mais tout simplement la résultante du cap différentiel qui existe en faveur du Sud-ouest sur les plans infrastructurels, institutionnels et surtout économique.

Ainsi, comme au Nigeria, ce qui prend désormais des tournures terroristes n’est rien d’autre que l’expression d’un ras-le-bol populaire dont les autorités camerounaises tardent à en réaliser la profondeur. Sürtout que l’élite anglophone embourgeoisée de Yaoundé apparait totalement coupée de la base, pour pouvoir jouer son rôle d’agrégation des demandes.

Celle-ci, à l’instar des dignitaires du Nord Nigeria, tel que l’ancien gouverneur du Borno, Ali Modou Shreiff, s’est plutôt illustrée par des propos et surtout des comportements qui ont jeté de l’huile sur le feu et contribué largement à l’enlisement de la situation.

LE PRÉJUDICIABLE TÂTONNEMENT DU GOUVERNEMENT

Ce qui a encouragé le gouvernement à jouer le pourrissement de la situation. En effet, depuis le début de cette crise et surtout ce qui a tenu lieu des négociations, les gouvernants camerounais ont brillé par leur manque de volonté à aller au fond des choses. Il faut dire qu’au Cameroun, tout comme au Nigeria, du fait de la construction nationale inachevée et de la faible légitimation du pouvoir central, la résolution des crises obéit à un script immuable en cinq temps :

La négation. Dans un premier temps on nie la réalité du problème ou en conteste les causes véritables. C’est ainsi qu’au début de la crise, les responsables camerounais sont allés jusqu’à nier l’existence d’une communauté anglophone. C’est ainsi que durant toute l’année 2017, le discours officiel, ressassé en longueur de journées par les partisans du pouvoir était qu’il n’existe pas de problème anglophone.

La ridiculisation. Si on ose reconnaître plus tard l’existence de la situation, on la ridiculise. Soit en cherchant à ôter toute qualité aux leaders. Soit en banalisant la situation par sa généralisation à l’ensemble de la Nation. C’est dans cette veine qu’on a vu le régime au travers de la presse qui lui est favorable asséner que les difficultés rencontrées par les populations du NOSO sont semblables à ce qu’on vit partout ailleurs sur l’ensemble du territoire national.

La répression. Face à la persistance des contestations, l’on passe aux arrestations des leaders, interdictions des manifestations et dissolution des organisations qui portent celle-ci.

La corruption. Très généralement, ce qui tient lieu d’instance de dialogue et de négociations au Cameroun ne sont rien d’autre des cadres de corruption des leaders des revendications.

La destruction. Si les leaders se montrent incorruptibles, l’option est souvent leur élimination physique – certes rare- et surtout politique- en répandant des rumeurs de corruption des leaders qui ont pourtant refusé la corruption.

C’est à l’observation de ce schéma que semble s’adonner scrupuleusement les autorités camerounaises jusqu’à présent. Ce qui au Nigeria avec Boko Haram n’avait conduit à rien d’autre qu’à la fragmentation du leadership et à la réduction des activistes à la clandestinité et à la brutalité. Tout comme en tuant Mohamed Yusuf en 2009, le Nigeria s’était de lui-même privé d’un interlocuteur viable capable de mobiliser et surtout de démobiliser les troupes, et avait contribué à la transformation de Boko Haram, jadis pacifiste en ce qu’il est devenu, le Cameroun par le manque de discernement dans la brutalité militaire et judiciaire, et surtout l’emprisonnement des leaders et la dissolution du Consortium de la société civile anglophone a participé largement à la prédominance actuelle du courant sécessionniste qui se mue de plus en plus en terrorisme.

Il semble alors impérieux d’instaurer, pour une fois, une véritable instance de dialogue, exempte de toute logique du dilatoire, pour éviter, à défaut d’une véritable adhésion populaire à la doctrine extrémiste, une forme d’omerta que susciterait tout à la fois le fanatisme des sécessionnistes et la brutalité de militaires, et qui peut faire apparaître le SCNC comme une force de résistance face à des troupes d’occupation. Conduisant à la nationalisation et à l’internationalisation de cette crise anglophone, qui semble plus que jamais sur les sentiers de Boko Haram.

VERS LA NATIONALISATION VOIRE L’INTERNATIONALISATION DE LA MENACE

Et c’est à cela que font penser les dernières attaques à la bombe artisanale à Yaoundé. En effet, comme le dit Marc-Antoine Perouse de Montclos : « Finalement, la spécificité de Boko Haram par rapport à ses précurseurs islamistes tient essentiellement à sa dérive terroriste dans un pays qui, au cours des années 1980 et 1990, avait déjà connu quelques attentats à la bombe mais, jusqu’à présent, jamais d’attentats-sui-cides. A vant ia répression de Maiduguri en 2009, les militants de Boko Haram opèrent uniquement dans le Nord sahélien et ne visent pas Jos ou Abuja, plus au sud. A l’époque, ils ne touchent ni aux minorités chrétiennes ni aux expatriés et s’en prennent seulement aux institutions gouvernementales, aux représentants de /’État nigérian et aux « mauvais musulmans ».

C’est quand il sort des frontières du Borno que le conflit commence à avoir des répercussions au niveau national puis international. Parallèlement, les attentats se multiplient alors contre des casernes militaires, des prisons, des commissariats de police, des bâtiments officiels, des banques et des mosquées ou des églises, notamment au moment des fêtes religieuses t musulmanes et chrétiennes. À défaut d’un véritable cycle, cependant, les attaques ne semblent pas toujours très coordonnées. (,..)En effet, l’internationalisation des cibles du mouvement oblige à reconsidérer son modusoperandi.

Dans sa version locale, Boko Haram s’en prenait essentiellement à ses ennemis jurés, à savoir la police et l’ancien gouverneur du Borné, AU Modu Sheriff, qui étaient largement responsables de l’exécution de Mohamed Ÿusuf en 2009. Dans sa version internationale, le mouvement pourrait toutefois poursuivre un agenda lié à la politique extérieure du Nigeria. Goodluck Jonathan, notamment, paraît très proche des Américains.

Il lui est reproché par exemple d’avoir été l’un des premiers chiefs d’État africains à reconnaître le Conseil national de transition (CNT) en Libye, avant même la chute du régime de Mouammar Kadhafi, empressement qui contraste avec ses réticences à reconnaître la Palestine aux Nations Unies. L’internationalisation de Boko Haram signifie également que la secte va vraisemblablement chercher à étendre ses opérations en dehors du Nord musulman.

On peut alors s’interroger sur sa capacité à s’extraire de son terroir régional. Les professionnels du terrorisme, en l’occurrence, n’ont pas besoin d’une grosse logistique et d’une base sociale pour agir dans le Sud à dominante chrétienne. ».

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