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General News of Tuesday, 14 April 2020

Source: cameroonvoice.com

Mise à mort programée à Kondengui: la triste réalité que le régime cache

9 mois après la sanglante mutinerie des détenus politiques anglophones de la prison de Kondengui qui s’insurgeaient contre les lenteurs judiciaires en particulier et leur mauvais traitement alimentaire, ce principal centre pénitencier du Cameroun était de nouveau en ébullition lundi, à la suite de la survenue en son sein de nombreux décès que ses pensionnaires ont reliés à la pandémie du Nouveau Coronavirus.

Même si les prisons ne sont pas le théâtre privilégié de couverture et d’investigation des journalistes, l’accès à la prison centrale de Kondengui était particulièrement prohibé lundi 13 avril 2020 aux journalistes et assimilés, même s’ils s’y présentaient pour autre chose que “le travail”.
Et pour cause, une situation explosive que laissait observer la militarisation très visible des lieux, une situation imposant une certaine… omerta sur laquelle veillaient des unités antiterroristes des forces du maintien de l’ordre à l’instar du des éléments du groipement Spécial des opérations (GSO) qui y étaient hier en nombre significatif.

C’est que dans ce pénitencier conçu initialement pour environ 1000 âmes mais qui en hébergerait actuellement environ 5000, les prisonniers protestaient bruyamment lundi 13 avril, contre ce qui s’apparente à leur mise à mort programmée, les autorités pénitentiaires et gouvernementales n’ayant encore jusqu’ici rien initié qui aille dans le sens d’y faire appliquer ne serait-ce que les mesures de distanciation sociale éditées par la communauté sanitaire internationale pour contenir les contaminations, compte tenu de l’étroitesse des lieux qui rend l’application d’une telle mesure, à moins que ne soit prise en amont une mesure de désengorgement. Assez tard en l’état actuel des choses, dans la mesure où cela doit d’abord être pensé, et mis en route, et finalisé, dans le laps de temps où le Coronavirus qui n’obéit à aucune sommation aura fait des ravages innommables dans ce milieu carcéral.

Outre l’impossibilité de faire observer de la distance entre les personnes, les détenus reprochent à leurs geôliers de n’avoir pris aucune des autres mesures dites “élémentaires” permettant de les protéger distribution des masques et des désinfectants, mise à disposition de l’eau potable pour se laver les mains et autres gels hydro alcooliques.

Mais la goutte d’eau qui fait déborder le vase c’est une coupure de lumière dans la prison –le lot quotidien des Camerounais- considérée par les détenus comme « anormalement étendue sur la durée », à l’issue de laquelle, semble-t-il, il a été constaté que les dépouilles de prisonniers morts des suites de coronavirus (des sources quasi officielles au sein de la prison parlent de trois, et d’autres, non moins crédibles, mais émanant des milieux de prisonniers, et donc plus difficile à vérifier, évoquent cinq décès au total, en lien avec la terrible maladie) avaient disparu.

Ce à quoi il faut ajouter, à en croire nos sources au sein de la maison d’arrêt, “la contamination massive au virus des prisonniers, qui compteraient déjà dans leurs rangs plus de 100 contaminés, parmi lesquels près d’une dizaine de militants du parti Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto qu’i s’y trouvent depuis janvier ou juin 2019.“.
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« L’infirmerie de la prison est pleine à craquer », a par ailleurs appris le correspondant de Cameroonvoice à Yaoundé qui s’est rendu sur place.
Il faut tout de même se féliciter que les choses n’aient pas dégénéré cette fois-ci en un bain de sang comme c’est souvent le cas ici ou en des arrestations subséquentes suivies de tortures des meneurs comme on l’a vu en juillet dernier.


C’est le lieu de reposer une fois de plus la problématique de la nécessaire humanisation des la vie au sein des pénitenciers camerounais, où tout le monde, agents pénitentiaires et prisonniers semblent avoir adopté un mode de vie misérabiliste qui les transforme en d’instinctives bêtes sauvages se mouvant dans une fantasmagorique chaine alimentaire où les gardiens de prison vivent du sang des détenus, et les détenus puissants (physiquement ou matériellement) du sang, de la sueur et des larmes de leurs compagnons d’infortunes plus faibles.

Certes, la prison n’est pas un lieu dont on peut attendre raisonnablement une vie de grand luxe. Certains y sont pour des fautes contre la société dont ils ont été convaincus, d’autres pour des crimes et délits mis à leur charge qu’ils ne reconnaissent pas, pas plus qu’ils ne peuvent administrer la preuve de leur innocence. Mais ceux qui sont chargés de veiller sur leur pénitence n’ont pas vocation à être leurs bourreaux, pas plus que la prison n’est d’office l’antichambre de la mort des prisonniers, y compris de ceux qui ont été condamnés à la peine capitale, et qui espèrent toujours qu’une commutation de peine ou une grâce peut éloigner d’eux le spectre de la mise à mort.

Le respect des droits humains devrait être importé et imposé ici, pour que la prison ne soit plus un laboratoire de déshumanisation produisant des animaux sauvages, mais une sorte de machine produisant des hommes et des femmes changés en bien après avoir flirté avec le mal. Ceci n’est pas possible si ces hommes et femmes, face à la menace d’une mort certaine, sont placés tels des chiens enragés et galeux, dans les conditions de ne pas avoir l’once d’un espoir qu’en se battant, même désespérément, ils peuvent obtenir l’essentiel : garder la vie sauve, gagner le combat contre la mort physique, condition sine qua non d’une possible renaissance morale et spirituelle.

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