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Opinions of Friday, 16 July 2021

Auteur: Nadia Fotso

Mise à mort de Victor Fotso: Nadia Fotso cite (encore) le ministre René Sadi

Nadia Fotso et le ministre René Sadi Nadia Fotso et le ministre René Sadi

2 fois en deux semaines. C'est bien la deuxième fois que la fille de Victor Fotso cite le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, dans le cadre de la série de révélations autour de la 'mise à mort' de son père. Dans cette nouvelle publication de Nadia que CamerounWeb vous propose, l'écrivaine n'accuse pas le ministre. Elle dit s'assurer que son message lui est vraiment parvenu et qu'il l'a lu.

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Le Cameroun a des hommes d'état, de grandes personnes. Oui, il y a du talent et de la qualité dans le pays d'Ernest Ouandié. L'officiel que je t'interpelle aujourd'hui est René Emmanuel Sadi et c'est un grand Monsieur. Je le respecte et l'admire.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, je venais passer de mon lycée dans le Massachusetts passer un weekend à New-York. Il m'avait alors impressionnée avec l'attention qu'il prenait pour s'assurer qu'il représentait dignement le Cameroun. Puis, des décennies plus tard, Monsieur Sadi est venu à la dédicace de mon premier roman sans faire, pardonnez-moi l'impression, de chichis. Il a été simple, élégant et oui j'ose le mot, royal.

Le niveau du débat politique actuel dessert le Cameroun… si je voulais faire un mauvais jeu de mots, je dirai qu'il y a des Sardinards qui tontinent et des Tontinards qui sardinent. René Emmanuel Sadi fait partie de ces personnes qui résistent à la passion locale de l'ignorance et à l'acceptation de la médiocrité. Je lui écris sans l'invectiver… il est outillé pour comprendre et agir.

Monsieur le Ministre, il est possible de tout ceci soit au dessus de vous mais Maptué vous salue en vous souhaitant tout ce que vous vous souhaitez…
Ma rage expliquée à un homme d'état.

«Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme…» François Mitterrand,
Lettre ouverte à René Emmanuel Sadi.

Monsieur le Ministre,
Je vous fais une lettre très, sans doute trop personnelle. Il ne peut en être autrement vu son sujet et je vous prie de m'en excuser tout en réalisant que je la rends publique parce que c'est la seule manière de m'assurer que vous la lisiez en mesurant la gravité de mes propos. Mon souhait, il se peut que ce ne soit qu'un énième vœu pieux, est que ma témérité et mon jusqu’au-boutisme vous permettent de vous interroger sans délégitimer mon combat en ne vous focalisant que sur ma rage et sur les outrances apparentes qu'elle me permet. Je ne fais pas appel à votre cœur mais à votre grandeur et votre jugement.
Une de vos anciennes collaboratrices que je connais intimement tentera de réduire mes mots au superficiel en vous parlant de sensiblerie pour que vous ne regardiez que ses sentiments et ses petites conclusions. Monsieur le Ministre, je vous demande humblement de vous concentrer sur les faits avec la distance qui est ici fondamentale vu l'hystérie, les affabulations et les passions niaises. A cette personne, je vous demande de parler de ma vie récente, de mes opérations chirurgicales graves dont elle ignore tout, de mon lien avec Victor Fotso et du fait que il n'était pas que mon père mais mon enfant et ma mère.

Je ne suis donc pas qu'une fille qui ne se remet pas de la mort de son père et qui rend tout le monde responsable de sa fin ratée. Je me suis battue contre tous pour le protéger. J'étais faible et malade. Je ne savais pas transiger, mélanger du Mouton Cadet avec du Mouton Rothschild donc j'ai échoué. Ma rage, Monsieur le Ministre, est celle d'une mère qui a tout essayé et qui prend des risques pour la vérité parce qu'elle a non seulement vu le désastre venir, elle l'a annoncé. Ma rage a un nom, elle s'appelle Fotso.

Me battre n'est pas aisé. Je le fais, Monsieur le Ministre parce que la vérité m'oblige à me mettre en danger. Je ne suis pas une folle qui crie qu'on a assassiné son père. Je suis une artiste qui a deux armes sa plume et le droit. Je m'en sers parce que j'ai les preuves que la fin de Victor Fotso n'a pas été régulière : il y a eu une extorsion en bande organisée, du faux et de l'usage de faux, tant de négligences ont mené à des délits et des crimes. Je ne suppute pas, Monsieur le Ministre, j’accuse parce que j'ai fait le travail nécessaire.

Parce que vous êtes le porte-parole du gouvernement du Cameroun et que vous restez un membre éminent du parti présidentiel, je me dois de vous dire très concrètement ce que je reproche à l'état et à votre parti. Je leur reproche de ne pas avoir été tel que vous êtes, grand, rigoureux et soucieux de la raison d'état sans la confondre avec des intérêts personnels et matériels en manquant un rendez-vous capital avec l'histoire. Ma critique est certes politique mais elle n'est pas partisane. Je pense à mon père et à son nationalisme. La fille et la mère que je suis est outrée par le fait que ni l'état ni le parti présidentiel ne sache que sa dépouille n'a pas pu être traitée correctement et qu'elle empeste ! Je n'arrive pas à comprendre comment on a pu mettre Victor Fotso au niveau de canailles rapaces !

Monsieur le Ministre, il y a tant de faits gravissimes dont je ne parlerai pas afin de vous inciter à les découvrir de votre propre chef et de constater qu'il y a ici une abomination que peu savent voir. Publiquement, je vous demande de ne pas vos rendre complice. En faisant cela, j'affirme également que si l'état peut déclarer solennellement que la fin et la mort de Victor Fotso ont été convenables ou juste acceptables, qu'il n'y a eu aucun délit ou crime après une enquête, je l'accepterai. Je ne demande pas au Cameroun, à votre parti, à vous et autres officiels que j'interpellerai de se mêler des affaires de famille ou de régler une succession complexe mais d'enquêter et de m'opposer des faits non de bons sentiments et de la moraline sans savoir. La vérité qui n'est pas que mienne et doit devenir vôtre et camerounaise !

Monsieur le Ministre, sans aucune appréhension, je mets ma rage entre vos mains. Je vous sais respectable et que même tout en étant indisposé par mon interpellation publique, vous penserez au passé, au présent, à l'avenir et à ce père que j'ai tant aimé parce qu'il était mon enfant et ma maman. Je vous écouterai, René Emmanuel Sadi si vous pouvez dire à une mère les yeux dans les yeux qu'il ne s'est rien passé qui mérite réparation et justice. Sans devenir vôtre et s'asservir, ma rage est à vous. Son sort vous appartient. Votre responsabilité est de demeurer un homme d'état en restaurant l'honneur d'un icône africaine tout en servant noblement le Cameroun.

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