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General News of Thursday, 6 June 2019

Source: lewouri.info

Mieux comprendre la crise de la mobilisation sociale

Sortant d’un contexte politique des années de braise marqué par la prédominance de l’Etat autoritaire, des leaders et acteurs avaient impulsé un mouvement social, dont l’enjeu avait consisté à faire naître la démocratie, mieux le processus de démocratisation. Si en 1990, le Chairman Ni John Fru Ndi, Samuel Eboua, Djeukam Tchameni, Yondo Black Madengue, Mboua Massock, etc avaient pu mobiliser les différentes catégories sociales lors des villes mortes afin d’infléchir le pouvoir de Yaoundé et de contribuer à l’implémentation d’une nouvelle mouvance de changement idéologique, la mobilisation sociale n’a plus droit de cité dans la société camerounaise contemporaine.

Cinq déterminants sociaux permettent de comprendre pourquoi et comment est née la crise de la mobilisation sociale au Cameroun. La pré-éminence des intérêts bassement matérialistes et mercantilistes, l’angoisse existentielle des populations locales face à la répression du gendarme, la désaffection du bas-peuple pour les questions politiques, l’infiltration des mouvements de la mobilisation et le déficit du sens et d’une culture d’organisation stratégique, actionnaliste et dynamiste des leaders et acteurs sociopolitiques.

Les germes de la crise de la mobilisation sociale sont tirés du socle de la prégnance de la politique du ventre. En effet, des acteurs sociaux sont plus enclins à se déployer et à se mobiliser pour la défense des intérêts pécuniaires et matériels. Le postulat prosaïque que les férus et mordus de la manducation clament en permanence est: “Pas d’intérêt pas d’action (Pipa)”. Si le citoyen lambda ne perçoit pas le gain financier ou matériel au sortir d’un événement auquel il a été, dûment, convié pour une nécessité de la mobilisation, il ne viendra et ne se mobilisera pas. L’exemple des appels du peuple, des motions de soutien et des meetings populaires de soutien au chantre du système gouvernant en place est fort évocateur.

L’on se souvient que certains universitaires organiques du pouvoir de Yaoundé avaient apposé leur signature aux différentes motions de soutien et à l’appel de l’intelligentsia de 2011 pour des besoins de positionnement, voire de re-positionnement dans les strates bureaucratiques. Il s’agit là des universitaires carriéristes et pouvoiristes mus par des trajectoires d’intégration d’ascension et de mobilité socioprofessionnelles.

Quand il s’agit là d’organiser des meetings populaires à l’hôtel de ville pour appeler au soutien à la candidature de l’homme-lion, des apparatchiks créent des invariants intéressés de la mobilisation: tee-shirt; pagnes; denrées alimentaires(pains sardine, maquereaux, vin rouge, riz; etc) et argent pour ajouter la cerise sur le gâteau. Dans un contexte ambiant de paupérisation, de misérabilisme et de relégation des masses populaires, bien d’individus sont portés à souscrire à ce jeu non pas pour accréditer le courant idéologico-politique du parti mobilisateur, mais pour des préoccupations alimentaires, fruit de l’ancrage de la politique du ventre.

Le 2ème déterminant est celui de la désaffection du bas-peuple pour les questions politiques et, singulièrement, pour la politique politicienne. En effet, dans les années 90, la culture de la mobilisation sociale était marquée par la quête de la mutation d’un système. Le paradigme populiste du “Power to the people” (Pouvoir au peuple) du Chairman Ni John Fru Ndi, leader national du Social democratic front (Sdf), avait suscité un degré d’adhésion populaire de manière à nourrir un espoir de changement à la tête de l’Etat. Mais trois décennies plus tard, le même système trentenaire continue de régner sans qu’il n’y ait une modalité de construction de la scénographie de la transition politique. Toute chose ayant entraîné le découragement, la démoralisation, l’apathie, le fatalisme et le pessimisme populaires.

Le 3ème déterminant de la crise de la mobilisation sociale est la psychose face à la répression du gendarme. Des formes de manifestations publiques organisées, ces dernières années, au Cameroun sont interdites et réprimées par les autorités administrative et répressive. Cette entorse perpétuelle aux libertés publiques est assortie de la violence symbolique et physique de l’Etat dictatorial. Tout indicateur qui enracine, dans la conscience collective, la peur du gendarme, le terrorisme du militaire et l’oppression du policier. A cause de cet état de choses, les populations locales craignent de se mouvoir sur le terrain, de se coaliser et d’agréger leurs forces individuelles pour impulser un mouvement social de révolution et non de rébellion ou de révolte.

Le 4ème déterminant est celui du déficit d’un sens et d’une culture d’organisation stratégique, actionnaliste et dynamiste des leaders et acteurs sociopolitiques. Dans un contexte sérieux et rigoureux, la mobilisation sociale est adossée autour d’un projet de société fiable, viable, opérationnable et durable. Cette action structurée autour des objectifs, d’une méthode, des moyens d’action, d’un chronogramme programmatique des événements, des mesures, des attentes et des résultats nécessite un assentiment populaire grâce auquel il peut germer des facteurs de la mobilisation à la base. Il est impérieux d’avoir, en pareille circonstance, des leaders et ds acteurs susceptibles de drainer non pas des foules, mais plutôt des groupes ayant, à la fois, la triple conscience d’action sociale, d’organisation sociale et de changement social. Or, à l’heure actuelle, ces trois modalités ne sont toujours pas corrélées et agrégées par des organisateurs des mouvements de mobilisation. C’est pourquoi de manière expérimentale, des actions sont peu suivies par les masses populaires.

Au-delà de cette théorisation, une formation nécessaire, voire indispensable des agents de la mobilisation est prioritaire pour construire, de manière systématique, le moule des leaders et acteurs populaires. Sur ces entrefaites, l’on passera du stade d’agents sociaux conditionnés et formatés à la phase des acteurs outillés et impliqués dans le champ du déploiement populaire prêts à affronter les défis et enjeux de la mutation, de la transformation sociale ou de la transition politique.

Mais à la lumière de l’expérience des dynamiques de la mobilisation d’ici et d’ailleurs, il existe le 5ème déterminant, qui est, en réalité, une pesanteur à la solidification de la mobilisation sociale. C’est le déterminant de l’infiltration des courants mobilisateurs. Dans toute action, il y a des parias qui entravent tout projet de mobilisation tant ils jouent le rôle d’agents de renseignement auprès des appareils répressifs de l’Etat, dont ils titrent, in fine, des dividendes. La posture de ces infiltrés consiste à informer sur les lieux, la méthode et la stratégie de mobilisation et à neutraliser toute initiative destinée à être opérationnalisée aux fins de revendication sociale. Ces infiltrés sont parmi nous, proches de nous et autour de nous.

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