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General News of Friday, 22 May 2020

Source: www.camerounweb.com

Me Bomo recadre Charles Ndongo après son éditorial sur l'unité nationale


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Me Christian Ntibane Bomo n'apprécie pas la sortie du journaliste Ndongo Charles et le lui dit sans passer par quatre chemins. Voici pour vous, l'opinion de l'avocat publié sur sa page Facebook.



Monsieur Charles NDONGO,

Je viens de suivre l'extrait de la vidéo devenue virale, reprenant une partie d'un éditorial ,s'il faut l'appeler ainsi, que vous aurez prononcé, le 19 mai 2020, sur l'unité nationale.

Exaltant sujet et de prégnante actualité.

Il faut d'emblée reconnaître dans cette sortie, la marque d'un talent oratoire éprouvé et reconnu ,serti d'un langage particulièrement châtié, pur , surveillé et mélodieusement amené. C'était très beau à écouter.

Vos qualités de grand journaliste dans cet exercice, sont indéniables. Vous êtes de ce fait une référence de le grand espace journalistique francophone

Votre Maître Hervé Bourges, grand patron de l'audiovisuel public français,ancien Directeur de L’École Supérieure de journalisme de Yaoundé, qui nous a quittés récemment ne tarissait pas d'éloges à votre sujet.

Le drame, malheureusement, c'est que vous êtes la résultante d'une intelligence broyée par un système dur et qui vous a fait développer une sorte d'empathie et de contagion émotionnelle à son égard.

Le régime que vous servez aujourd'hui comme Directeur Général de la CRTV, ne vous a jamais permis de libérer tout ce que vous auriez pu donner comme lettres de noblesse au journalisme camerounais.

Il vous a plutôt déformé et formaté à l'éloge d'un homme : Paul BIYA.

C'est pourquoi vous pouvez dire sans ciller, l'une des plus grosses incohérences dans une république à savoir qu'un média public , national , est le «Tam-tam du Président de la République».

Dussé-je vous rappeler que cet instrument de communication est essentiellement financé par des redevances prélevées sur les patrimoines salariaux des camerounais ou de leurs entreprises.

Cette déclaration n'a d'égal que celle qui a fait des ministres dans une république : « Les créatures » du président .

En évoquant dans votre sortie, à travers une entourloupette, le « Brutalisme », en référence à la dernière parution de l'un des plus grands écrivains camerounais Achille MBEMBE,pour qualifier la violence et la haine des camerounais des réseaux sociaux et une certaine diaspora, vous étiez certainement, sans vous en rendre compte, en train de décrire avec le mot seyant, cette brutalité,cette froideur de béton, des systèmes politiques antidémocratiques africains notamment camerounais qui, réussissent généralement à dénaturer, à pervertir la beauté des âmes de ses enfants, nées pourtant et très souvent intelligents, pertinents, ingénieux, doués, doux, en celles malheureusement, si violentes, revanchardes et insensibles.

Monsieur Charles NDONGO, ce qui se passe au Cameroun et dans sa diaspora trouve essentiellement sa cause dans le long règne de Paul Biya, sans partage,confiscatoire, sans amour, qui n'aura laissé aucune place à la liberté,à la démocratie , à l'émancipation, à l'émulation inventive des citoyens.

Elle trouve aussi sa source dans toutes ses interdictions de territoire et de séjour,brimades, tortures policières, emprisonnements à la suite de procès iniques ou pas, des enfants du Cameroun, parce qu'ils ont librement exprimé leurs opinions et dénoncé la mauvaise gouvernance.

Au Cameroun, critiquer le Président de la République, les ministres et autres élus, peut donner lieu à de lourdes peines d'emprisonnement pour outrage à président de la république et aux corps constitués ; des infractions de crime de lèse-majesté surannées dans bien de démocraties.

Face à toutes ces restrictions de liberté,les réseaux sociaux deviennent doncces ilôts de sécurité, où on peut enfin dire ce qu'on veut dire , même si souvent sans manière.

Dans certains cas ils sont les lieux d'explosions de frustrations du fait d'inombrables injustices comme ces marmites hermétiquement fermées, chauffées au maximum de température, sans soupapes ou obturateurs.

Aussi tout en la condamnant, cette haine, sur les réseaux sociaux que vous dénoncez justement, sous ses formes de grossièretés langagières, injures faciles et tribales, ne saurait être comme vous l'avez subtilement exprimée, du seul fait de ces dénonciateurs du régime,elle est aussi, et même plus, l’œuvre ces agents et soutiens du pouvoir, hostiles à toutes critiques du régime.

Ils considèrent que le président de la république, pourtant un homme politique , serait devenu un patriarche, dont toute critique sur sa gouvernance, devient un sacrilège.

Or , faudra-t-il rappeler qu'en république, les titres et qualificatifs de patriarche n'ont aucun sens. Ils relèvent du domaine culturel, traditionnel des communautés, voire religieux.

Je vous épargne des menaces d'atteinte à la vie dans des messages privées contre tous ceux qui dénoncent la mal gouvernance, les restrictions des libertés, les tortures, les violences policières...

Avez-vous souvenance comme le font vos autres collègues de l'espace francophone français, canadiens ; critiquer l'action gouvernementale; portant ainsi le message de ceux là qui veulent entendre leur vérité dite?

Pour revenir à la grande problématique de l'unité nationale au cœur de votre éditorial.

De quelle unité nationale, pouvez-vous parler, si votre analyse des faits est foncièrement parcelaire ?

Par exemple , parlant des fameuses casses des ambassades devenues les crimes les plus odieux jamais commis au Cameroun, comment pouvez-vous volontairement et bien d'autres avec vous, omettre ce rapport de cause à effet, le même jour, entre les tirs à balles, sur des manifestants pacifiques, à mains nues à Douala par les forces de l'ordre, et les réactions incontrôlées de ces camerounais de la diaspora contre nos ambassades en France et en Allemagne, étant bien entendu, qu'ils avaient prévenu, plus tôt que toute utilisation d'armes à feu contre des manifestants pacifiques, entraînerait des occupations d'ambassades ?

En homme de foi, je leur aurais conseillé de ne point se venger.

Mais la loi ,reconnaît aussi l'excuse de provocation qui est cette réaction qu'une personne pourrait légitimement avoir quand elle est injustement offensée.

Monsieur Charles NDONGO, pour l'unité du Cameroun qui vous semble si chère , vu la mine grave que vous affichez lorsque vous en parlez , ayez le courage de regarder et de combattre aussi les démons de votre camp.

Le philosophe allemand Nietzsche disait : « Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »

De quelle unité nationale pouvez-vous parler quand les blessés par balles de ces marches pacifiques de Douala, ayant déposé des plaintes avec constitution de partie civile contre ses agents de forces de l'ordre qui ont tiré sur eux, sont assujettis au paiement de lourdes consignations chiffrées à plus de 05 millions pour voir ouvrir leur dossier, alors qu'au même moment la justice française est en train de juger sans aucun frais payé par l’État du Cameroun, ces camerounais présumés coupables de vandalisme de nos ambassades ?

L'unité nationale ne se nourrit-elle pas de vérité et de justice quand on voit qu'ailleurs ,elle se conçoit , s'organise et se consolide autour de la triptyque : « Justice-Vérité- Réconciliation » ?

L'Unité nationale ne s'affirme pas à travers la loi du plus fort ou le droit des forts.

Elle n'est pas cette tour de pise qui penchera toujours du côté des puissants.

Elle n'est non plus celle qui condamnera toujours le pauvre, le faible et donnera toujours raison aux forts et aux puissants .

Elle n'est pas enfin celle qui défend uniquement les puissants .

L'Unité nationale rassemble. Elle fait UN.

Le sacré dira :

« Tu n'auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice. »

L'Unité nationale aurait donc voulu que vous condamniez aussi bien les tirs à balles sur des manifestants pacifiques en violation flagrante de la loi, que les actes de vandalisme qui s'en sont suivis.

En outre,l'unité nationale, ce n'est pas de sublimer une victoire écrasante à la suite d'un processus électoral présidentiel viscéralement faussée, du fait d'une loi électorale taillée sur mesure et n'offrant aucune garantie , que celui qui aura obtenu la majorité de voix exprimées, sera effectivement déclaré vainqueur.

Voyez -vous Monsieur Charles NDONGO, à la suite de la dernière élection présidentielle, les observateurs de l'Union Africaine, l'organe national chargé officiellement d'organiser les élections au Cameroun ELECAM, ont clairement indiqué, dans leur rapports respectifs, que le système électoral au Cameroun est peu fiable.

Dans un tel contexte, tant qu'aucune garantie de victoire sur la base de règles de jeu consensuelles n'est rapportée, chacun des candidats ayant participé à cette élection est libre de soutenir que sa victoire ou probable victoire, a été volée.

Enfin, vous avez dit qu'au Cameroun et dans aucun pays au monde , il n'y a pas de bons d'un côté et de mauvais de l'autre. Soit.

Cette classification évidemment chimérique, n'est certainement pas celle qui fait problème au Cameroun, car, n'existant comme vous l'avez dit, nulle part.

Ce qui dérange, c'est qu'effectivement au Cameroun , il y a un très grand déséquilibre entre les différentes classes sociales que vous avez soigneusement évitées d'évoquer.

Il y a ceux qui profitent, exploitent le pauvre peuple et en exultent et ceux qui sont exploités et qui ne doivent pas se plaindre.

Vous conviendrez que dans un pays où , il n'existe quasiment pas de classes sociales moyennes qu'aurait constituée en bonne partie nos fonctionnaires, il est perceptible que, ceux-ci se retrouvent finalement dans la classe des pauvres , ravalant et bousculant à cette place ceux qui devaient y être, au plus bas de l'échelle, à savoir les plus pauvres qu'on pourrait considérer de lumpenprolétariat;

C'est ce lumpenprolétariat largement majoritaire et qui regroupe la plus importante main d’œuvre de petits débrouillards, de jeunes démunis et désœuvrés ou sous-employés, à l'avenir incertain, et qui, revendique ce qui lui est en train d'être arraché.

Dans une telle configuration , il est pratiquement absolu qu'une confrontation ou défiance sociale mettant à mal l'unité nationale, s'installent entre les très riches minoritaires et arrogants et les très pauvres bâillonnés.

Loin de tout coupable idéal, ou des conseils d'un éveil unitaire par des mots, des rhétoriques et autres adresses, des postures ou des positions; la démocratie consacrant le choix des dirigeants par le peuple à travers des élections libres et transparentes, la justice, la vérité, le respect des droits et libertés fondamentales dont celle d'expression, le partage équitable des richesses, l'égalité de droits et de chances, apparaissent comme les seuls véritables leviers sur lesquels il faut actionner pour une vraie et non serpentine Unité nationale.

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