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General News of Friday, 24 April 2020

Source: 237online.com

Massacre de Ngarbuh: Atanga Nji et Réné Sadi en danger

Les conclusions de l’enquête sur la tuerie de février dernier qui valent à Atanga Nji, Beti Assomo et René Sadi d’être sous le feu des critiques.

Depuis la publication des conclusions de l’enquête sur le massacre qui s’est produit dans la nuit du 13 au 14 février 2020 dans la localité de Ngarbuh, département du Donga-Mantung, le Minat Paul Atanga Nji, le Mindef Joseph Beti Assomo et le Mincom René Sadi se retrouvent, bien malgré eux, propulsés sur le devant de la scène, essuyant critiques et accusations. Pour le comprendre, il faut se souvenir que ces trois ministres s’étaient exprimés au lendemain de l’évènement tragique de Ngarbuh. Alors que les Ong, organisations de la société civile, institutions du système des Nations Unies, et hommes d’église affirmaient que ce sont les éléments des forces de défense camerounaises qui étaient à l’origine des tueries de Ngarbuh, les officiels de Yaoundé soutenaient le contraire dans leurs différentes communications. « Le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense dément, formellement ces allégations mensongères, et précise, à la lumière des informations méthodiquement et professionnellement recoupées qu’il s’agit tout simplement d’un malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation en cours dans la région », avait écrit Joseph Beti Assomo le 17 février.

À la suite de la publication du rapport de l’Ong Human Rights Watch, René Emmanuel Sadi, pour sa part, s’en était ouvert sans détour, et avait rejeté en bloc les allégations contenues dans ledit rapport. « Alors que l’enquête est en cours, l’Ong Human Rights Watch, […] s’est empressée de publier un bilan erroné de ce regrettable incident, tout en décrivant avec force détails et de façon fantaisiste, les péripéties supposées de l’enchaîne-
ment des faits, ainsi que les auteurs présumés, sans avoir effectué la moindre descente sur le terrain, ni une quelconque investigation », indiquait le porte-parole du gouvernement. Il soutenait par ailleurs qu’il y a eu une femme et quatre enfants décédés en raison d’un incendie provoqué par des échanges de tirs entre les forces de l’ordre et des groupes rebelles. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, quant à lui, avait ajouté une couche en accusant certains médias, Ong (Human Rights Watch et Amnesty International) et des agences des Nations Unies, entre autres, d’alimenter le terrorisme, déstabiliser le Cameroun et produire de faux rapports pour ternir l’image des forces de sécurité camerounaises.

Mensonge d’Etat

À Yaoundé, au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, le parti au pouvoir) comme dans les organisations de la société civile, des voix s’élèvent pour dénoncer un mensonge d’Etat, exigeant la démission de ces trois ministres. Et si ces membres du gouvernement se trouvent ainsi exposés, c’est parce qu’ils détiennent des portefeuilles de souveraineté et qu’ils sont, de ce fait, appelés à être prudents lorsqu’ils s’adressent au peuple. Le chef de l’État prend en tout cas la chose au sérieux. Il sait qu’en politique les départs de feu sont dangereux et qu’il faut être attentif à la moindre étincelle. Il sait aussi que ses ministres sont des cibles toutes désignées que certains, y compris dans les rangs de son propre parti, aiment montrer du doigt. Le 21 avril dernier, Yaoundé a rendu publics les résultats de l’enquête du drame de Ngarbuh.

Ayant pris connaissance du rapport de la Commission d’enquête, Paul Biya a prescrit l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre Nyiangono Ze Charles Eric, l’arrestation du sergent Baba Guida, du gendarme Sanding Sanding Cyrille et du soldat de 1ère classe Haranga, ainsi que les 10 membres du comité de vigilance impliqués dans cet évènement tragique. Le président a également instruit l’ouverture d’une procédure judiciaire contre eux. Selon Yaoundé, ces militaires sont déjà à la disposition du Tribunal militaire de Yaoundé. Les membres du comité de vigilance quant à eux, sont dans la nature et activement recherchés.

Paul Biya a aussi demandé que les corps des victimes soient exhumés afin de leur donner, aux frais de l’Etat. Tout comme il a aussi ordonné le recensement des ayants-droit des victimes par l’autorité administrative aux fins du versement par l’Etat des indemnisations et compensations appropriées. Le locataire du palais d’Etoudi appelle à un renforcement de la sécurisation du village de Ngarbuh, notamment par la création d’une base militaire et l’érection d’autres services publics qui devraient permettre une meilleure protection des civils.

Atanga Nji, le pyromane

Interrogé par Le Messager, un proche du Minat tente malgré tout de calmer le jeu. « Le ministre est serein et ne peut être distrait par des insignifiantes critiques.» Notre source reconnaît bien que son ministre a été induit en erreur, mais il n’hésite pas à parler d’« acharnement ». Le problème, c’est que Paul Atanga Nji demeure un personnage clivant auquel le chef de l’État laisse une grande marge de manœuvre, ce qui alimente jalousies et rancœurs. Autrement dit, pour certains membres du sérail, le Minat est un « pyromane » auquel on ne saurait se fier et que l’on soupçonne de nourrir les plus hautes ambitions. À en croire un autre de ses proches, c’est l’étendue de ses prérogatives qui lui vaut tant d’animosité. « Le travail d’un Minat, c’est de servir de paravent. De faire en sorte qu’aucune mauvaise décision ne puisse être attribuée au président, continue un autre membre de son entourage. Il reçoit donc tous les coups, comme l’exige sa position, et encaisse en silence pour protéger son chef. » Peut-être. Mais s’il veut avoir une chance de rester au gouvernement, il faudra que les conclusions de toutes les enquêtes diligentées le mettent hors de cause. Et qu’il parvienne à redorer son blason d’ici là.

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