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General News of Monday, 19 April 2021

Source: www.camerounweb.com

Mancho Bibixy depuis Kondengui :'le Cameroun a perdu l'autorité morale pour résoudre la crise'

Mancho Bibixy est l'un des leaders sécessionnistes de la première heure. Le natif de Bamenda (37 ans) est en détention à la prison centrale de Kondengui où il purge une peine de 15 ans pour avoir participé à la « révolution du cercueil ». Du fond de sa cellule, l'homme commente la crise anglophone actuelle. Le gouvernement camerounais n'a plus les moyens de résoudre la crise en croire. Seule la communauté internationale est légitime pour résoudre les tensions actuelles au Nord-Ouest et au Sud-Ouest du Cameroun d'après Mancho Bibixy. CamerounWeb vous propose l'intégralité de l'interview réalisée par nos confrères du journal Le Messager.


Voilà quelques années que vous êtes en prison. Comment est-ce que vous vous sentez ?


Je me sens comme tout autre détenu du Southern Cameroons détenu illégalement dans plusieurs prisons par le Cameroun. Ma chair ressent la douleur, la torture et la souffrance mais mon esprit reste ferme.


Vous avez initié la révolution du cercueil qui a abouti à votre arrestation. Avez-vous des regrets?


Je n'ai aucun regret. Il y a eu plus de 5 tentatives de m'arrêter avant que je ne sois finalement kidnappé et transféré vers un pays étranger. Je savais que je serais arrêté ou tué et j'étais prêt à payer le prix de notre liberté.


Vous sentez-vous solidaires de ceux-là qui sèment la terreur dans le NoSo tant et si bien que les rapports des ONG internationales les critiquent?

La révolution du cercueil ou Coffin Revolution comme on dit en anglais, était pacifique, le gouvernement nous a déclaré la guerre et la guerre vient avec tout ce dont vous parlez. Il est de la responsabilité de l'État du Cameroun d'arrêter la guerre et toute la terreur cessera. Notre peuple est terrorisé par le gouvernement Camerounais et sa malice.


Quel bilan faites-vous de la crise anglophone?

La crise s'est intensifiée jusqu'aux portes de la communauté internationale, ce n'est plus une affaire domestique du Cameroun, le Cameroun a perdu l'autorité morale pour résoudre la crise, la communauté internationale doit désormais intervenir.

Pourquoi ne pas rejoindre la position du gouvernementale en appelant vous aussi les sécessionnistes à déposer les armes?

Notre peuple n’est pas sécessionniste, permettez-moi de corriger d'abord cela. Nous ne demandons aucune portion du territoire Camerounais. L'idée de laisser tomber les armes est venue d'une partie impliquée dans le conflit. Ce n'était pas une décision négociée. Encore à ce niveau, le plan a échoué. Ce plan est utilisé par des responsables gouvernementaux pour voler de l'argent à l'État. J'ai des photos d'anciens prisonniers qui ont quitté la prison et qui ont été brandis comme anciens combattants et qui ont reçu le nom de Général. Beaucoup d'entre eux sont apparus au Dialogue National sans honte. Notre peuple se défend contre une armée d'occupation étrangère menant un génocide. Il serait stupide de leur dire de baisser les bras et d'ouvrir la poitrine pour recevoir des balles. Nous allons baisser les bras dans le cadre d'un règlement de paix négocié.


Comment peut-on résoudre cette crise à votre avis?


Cette crise découle de certaines maladresses commises lors de la décolonisation du British Southern Cameroons, qui ont donné à la république du Cameroun alors indépendante l’occasion de marcher avec son armée sur notre territoire et de nous annexer. Pour résoudre cette crise, il faut remonter aux racines, s’asseoir autour d’une table avec un médiateur neutre.

Il y a eu des négociations entre le gouvernement et les prisonniers anglophones. Vous avez posé un certain nombre de préconditions. Puisque le gouvernement ne répond pas favorablement, doiton rester dans le statut quo?

Le gouvernement du Cameroun ne cherche pas une solution à cette crise, il cherche la victoire. Depuis Décembre 2016, il fait semblant de chercher des solutions, ce n'est qu'un moyen de gagner du temps. Ils m'ont rencontré en prison en 2017 et j'en ai fait plus. J'ai été contacté lors du Grand Dialogue qui a échoué et j'ai donné plus de recommandations sur la résolution de la crise. Nous y arriverons un jour.

Vous faites partie de ceux qui avaient demandé pardon au Cameroun après votre e m p r i s o n n e m e n t . Qu'est-ce que ça vous fait que vous soyez resté en prison ?


Permettez-moi de vous corriger, j'ai fait des suggestions pour ramener le gouvernement camerounais au bon sens, c'est peutêtre ce que vous qualifiez d’excuses. Je n'ai commis aucun crime, au lieu de cela, le gouvernement du Cameroun doit s'excuser auprès de moi et de mon peuple. Simplement, c'est parce que j'ai choisi de souffrir pour ce peuple au lieu de vivre dans le luxe du gouvernement. Bref, j'ai refusé de vendre la révolution que j'ai commencée.

Votre mot de fin

Je peux affirmer avec confiance que toutes les tactiques du Cameroun pour nous maintenir dans l'esclavage ont échoué: ils connaissent désormais la résilience des habitants du Southern Cameroons: une guerre n'est pas gagnée sur le champ de bataille mais sur une table de dialogue.

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