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General News of Thursday, 2 April 2020

Source: Cameroon Info

Médias : Le Directeur de publication de Kalara achète sa liberté à 5 millions

Notre confrère, patron du journal Kalara, devait être incarcéré le 1er avril 2020, en compagnie de sa collaboratrice Irène Mbezele. Mais ils ont été libérés après le paiement de la somme de 5 millions de FCFA. Le membre du Conseil National de la Communication raconte cette journée particulière, dans une interview accordée à Cameroon-Info.Net.
Christophe Bobiokono, directeur de publication de l’hebdomadaire Kalara et sa collaboratrice Irène Mbezele ont été condamnés le 20 décembre 2019 par le Tribunal de Première Instance de Yaoundé centre administratif, dans le procès qui les opposait à l’honorable Fostine Fotso Chebou Kamdem, députée RDPC des Hauts-Plateaux et avocate au Barreau du Cameroun.

Le journal, dans une série d’enquêtes, avait révélé les influences de l’élue sur la justice dans le procès qui opposait l’ancienne ministre Ama Tutu Muna à son frère, l’ancien bâtonnier, Akere Muna.

Reconnu coupable de ‘‘diffamation’’ et ‘‘outrage à corps constitué’’, C. Bobiokono a écopé d’une peine de deux ans de prison avec sursis et devait verser une amende de 2,5 millions de FCFA. Il devait également s’acquitter de la somme de près de 10 millions de FCFA au titre de dommages et intérêts. I. Mbezele a écopé elle, de la même peine de prison assortie d’une enveloppe de 1,5 million de FCFA.

Un mandat d’arrêt avait été émis contre les deux journalistes et devait être exécuté en cas de non-paiement des sommes réclamées.

C’est donc en application de cette décision que les deux journalistes ont été convoqués le 1er avril à la police judiciaire, sur demande du Procureur de la République.

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Christophe Bobiokono revient sur cette journée, donne son avis sur la procédure et rassure qu’elle n’aura pas d’influence sur la ligne éditoriale du journal qu’il dirige.

Cameroun-Info.Net (CIN): Vous avez été convoqué à la Police judiciaire mercredi en compagnie de votre collaboratrice Irène Mbezele. Vous avez été conduits au parquet où vous en êtes ressortis libres en soirée. Que s'est-il passé ?

Bobiokono: Nous avons été informé lundi dernier que le président du Tribunal de Première Instance de Yaoundé - centre administratif avait saisi la police judiciaire pour faire exécuter les mandats d'incarcération émis contre Irène et moi le 20 décembre dernier. Nous devrions donc nous présenter à la police hier mercredi (1er avril 2020, NDLR), pour la circonstance. Ce que nous avons fait. Après avoir reçu notification desdits mandats, nous avons été conduits au parquet, en principe pour être directement présentés devant le président. Mais l'un de nos avocats a pris le soin de payer les sanctions pécuniaires qui justifiaient les mandats en question.

A 11h, il l'avait fait et rien ne justifiait plus qu'on reste sur les lieux. Nous avons été surpris que le Procureur de la République cherchait à obtenir l'aval du procureur général près la Cour d'appel du Centre pour savoir la conduite à tenir. Et j'ai appris qu'il avait demandé que je devrais lui adresser une requête en vue du paiement des sanctions pécuniaires pour qu'il l'étudie. De toutes les façons, après avoir tourné en rond pour les raisons qu'il est seul à savoir, il a envoyé l'un de ses substituts pour nous remettre en liberté à 18h. Je dois préciser que c'est bien le Procureur de la République et non le président du TPI qui a saisi la Police judiciaire pour donner un cachet bruyant à une affaire qui aurait pu se régler tranquillement, soit avec nos avocats, soit avec moi-même, puisque je suis presque tous les jours au Palais de justice...

Je profite de l'occasion pour remercier tous ceux qui se sont mobilisés autour de nous, des parents, des amis, mais aussi des confrères français, des collègues du CNC et de la Commission nationale des Droits de l'Homme et j'en oublie sans doute, pour nous permettre de payer ce qui nous était exigé. Je remercie nos avocats qui ont fait les diligences nécessaires, Me Ondowe et Me Assira depuis son domicile où il reste confiné.

CIN: La suite de la procédure, c'est quoi ?

C. Bobiokono: Comme vous savez, nos avocats avaient relevé appel de la décision rendue en notre défaveur le 20 décembre. Et depuis début janvier, ils avaient payé les sommes attendues par le greffe pour mettre le dossier en état et le transmettre à la Cour d'Appel pour que le procès recommence. Nous attendons depuis trois mois que cette affaire avance, malheureusement, notre avocat a appris hier que l'expédition du jugement n'était pas encore enregistrée. Le dossier n'est donc pas encore apprêté. Nous sommes obligés de nous armer de patience pour attendre la suite.

CIN: Vous avez été condamnés en décembre, pour une affaire au sujet de laquelle vous avez fait votre travail d'enquête. Comprenez-Vous cette décision ?

C. Bobiokono: Nous avons dénoncé en son temps cette décision et les interventions manifestement néfastes de certaine autorité politique sur la conduite de notre procès. Nous nous en tenons à cela pour le moment.

CIN: Reporters Sans Frontières (RSF) avait dénoncé une condamnation dont l'objectif est de taire un media indépendant. Est-ce votre avis ?

C. Bobiokono: La prise de position de RSF à laquelle il faut ajouter un communiqué de l'Union Internationale de la Presse Francophone, relève simplement du bon sens. Ce sont des prises de position argumentées qui se suffisent.

CIN: Peut-on redouter que cette affaire affecte l'orientation éditoriale de Kalara, l'un des rares journaux d'investigation au Cameroun ?

C. Bobiokono: Non, ce risque est nul tant que nous aurons encore la force de faire ce journal. D'ailleurs, dès lundi prochain (6 avril 2020 NDLR), nous revenons sur un nouvel aspect d'une affaire qui symbolise plus que plusieurs autres le caractère dévoyé de notre justice. Il s'agit de l'affaire Lebou, pour ne pas la nommer. C'est une affaire qui montre comment ceux qui sont chargés de traquer les fossoyeurs de la fortune peuvent faire fausse route dans la volonté manifeste de les protéger. Je suis certain que cela ne va pas augmenter notre cote d'amour auprès de certains esprits rétrogrades. Ça ne nous empêche pas de poursuivre notre chemin surtout que nos lecteurs nous incitent à rester constants.

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