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General News of Friday, 10 July 2020

Source: 237online.com

Louis Magloire Keumayou livre tout sur Pius Njawé, décédé un 12 juillet


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Journaliste, président du Club de l’information africaine, il évoque le fondateur du quotidien Le Messager, 10 ans après son décès en Virginie, aux Etats-Unis.

Le 12 juillet 2010, Pius Njawé, président de Free Media Group, société éditrice du quotidien Le Messager, rangeait sa plume et sa verve. Que représente-t-il à vos yeux ?
Pius Njawé est une boussole pour moi. Quand on entre dans un univers, il faut des repères solides. C’est ce que Pius Njawé a été – et reste – pour le journaliste que je suis devenu. Comme Roger Milla dans le football, il a donné au journalisme camerounais un éclat dont nous devons être fiers. A l’heure actuelle on parle beaucoup des statues qui doivent être déboulonnées. Nos dirigeants semblent soit dépassés par ce phénomène, soit insensibles à ses causes profondes. Il ne s’agit pas, comme certains essaient de le faire croire, de haine ou d’une volonté de vengeance. Il s’agit avant tout de fierté, de dignité et d’histoire. Nous ne sommes pas obligés de rendre hommage à nos bourreaux, en ne faisant rien pour nos héros. Tout cela pour dire qu’il serait bon que notre pays rende hommage à ses enfants : un amphithéâtre Pius Njawé à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic), ou un studio à la Cameroon radio and television broadcasting corporation (Crtv) sont des marques de reconnaissance qui permettent d’entretenir le souvenir.

J’ai été correspondant du quotidien Le Messager, grâce à Jean-Vincent Tchienehom qui a plaidé en ma faveur auprès de Pius Njawé. Je leur dois énormément à tous les deux, parce qu’ils m’ont donné ma chance. J’ai bénéficié de leurs lumières et de leur protection. Les autres Camerounais qui n’ont pas vécu la même histoire que moi devraient avoir l’opportunité de découvrir Pius Njawé. C’est notre Albert Londres, notre Joseph Pulitzer. Ne le tuons pas une deuxième fois. Rendons un hommage mérité à ce grand homme. Il a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire du journalisme. Il l’a fait au Cameroun, dans des conditions qui étaient défavorables, pour utiliser un doux euphémisme. Il aurait pu partir en exil. Il a préféré rester au Cameroun, par amour de son métier et pour son pays.

Quelles images fortes vous viennent à l’esprit à la seule évocation du nom de Pius Njawé ?
Je ne l’ai pas côtoyé aussi longtemps que toi, mon cher Jean-Célestin (sourire). J’étais un collaborateur et un admirateur distant géographiquement. Les deux adjectifs qui décrivent le mieux Pius Njawé sont : courage et audace. Il lui a fallu beaucoup d’audace pour passer de vendeur de journaux à la criée à patron de presse. Pius Njawé n’est pas passé par une école de journalisme. C’est un autodidacte. Son amour profond du journalisme et son engagement pour la liberté sont les deux axes autour desquels il a bâti sa réputation. Quand Le Messager naît en novembre 1979, personne ne peut prédire qu’il deviendra le porte-flambeau de la lutte pour le pluralisme dans notre pays. Pius Njawé a eu la force et le courage d’y croire. Il a fait bouger les lignes. La dernière fois que je l’ai vu, c’était à Paris. Dans un hôtel du 5è arrondissement de la capitale française, Place du Panthéon. C’était à l’Hôtel des Grands Hommes. Permets-moi de considérer que cette dernière image est la plus importante de toutes. Elle résume l’homme tel que je l’ai connu. Il a été entier dans ses engagements, vrai dans ses combats : un modèle à suivre.

Que reste-t-il du combat de Pius Njawé pour la démocratie et les droits de l’homme ?
Quand je vois à quel point nous galvaudons des mots et expressions aussi nobles que combat, démocratie, liberté de la presse, justice, journalisme… Je me dis que nous n’avons rien appris de nos illustres prédécesseurs qui écrivaient ces mots à l’encre de leur sang, des humiliations et des persécutions subies. Ils l’ont fait pour nous ouvrir la voie. La seule façon de leur rendre hommage, c’est de nous montrer dignes de leur héritage. Ils ont semé une graine qui est encore en terre. Le temps de la moisson n’est pas encore arrivé. Nous devons travailler notre champ, pour que la moisson soit belle. J’ai la faiblesse de penser que Pius Njawé n’est pas mort. Il nous a passé le témoin. C’est désormais à nous de poursuivre la course et, surtout, de nous donner les moyens de la gagner. Notre responsabilité historique consiste à choisir entre la réussite et l’échec, la trahison et la dignité. La responsabilité est collective, mais les choix restent personnels. Personnellement, je veux marcher avec dignité dans les pas de Pius Njawé.

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