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General News of Wednesday, 5 August 2020

Source: rolandtsapi.com

Logements sociaux : les camerounais abandonnés dans la rue

« Tous les hommes sont égaux en droits et en devoirs. L’Etat assure à tous les citoyens les conditions nécessaires à leur développement… – La nation protège et encourage la famille, base naturelle de la société humaine. Elle protège la femme, les jeunes, les personnes âgées et les personnes handicapées. » Ce sont là quelques extraits du préambule de la Constitution du Cameroun. La loi fondamentale, sur laquelle toutes les autres lois de la république sont adossées et dans tous les cas, ne doivent concourir qu’à renforcer l’esprit contenue dans cette loi, qui est d’assurer le bien-être au citoyen. Assurer à tous les conditions nécessaires à leur développement, protéger la famille, la femme, les jeunes, les personnes âgées et les handicapées, c’est donc l’une des missions de l’Etat. Pas des individus, mais de l’Etat. Et l’une des conditions nécessaires au développement d’un homme, sinon la plus importante, c’est d’être logé. L’élément primordial de protection de la famille dont parle la constitution c’est un logement, un toit sous lequel il s’abrite. Il est même démontré dans les études sociales, que le logement pour tous constitue une dimension importante pour le maintien de la paix sociale dans un pays. Où en est-on au Cameroun ?

Logement « sociaux » et business

Le 14 juillet 2020, 32 camerounais ont reçu des mains du délégué régional du ministère de l’habitat et du développement urbain pour le Littoral, des clés des logements sur le site de Mbanga-Bakoko, où sont construits ce qui est appelé logements sociaux. Ces 32 personnes s’ajoutaient ainsi à 50 autres à qui les clés ont étés remises il y a un an, en août 2019. Tous font partie pourtant des centaines de Camerounais qui ont souscrit à ces logements depuis 7 ans pour certains, dans ce projet que l’Etat avait vendu comme étant la solution au problème de logement dans la ville de Douala. Un projet qui fait d’ailleurs partie d’un vaste programme de construction de 10 000 « logements sociaux » et 50 000 parcelles constructibles lancé depuis 2010, avec une phase pilote de 1675. 10 ans après, 82 personnes à Douala ont reçu des clés des appartements qui ont tout, sauf le social.



Dans sa conception initiale en effet, la caractéristique d’un logement social porte sur le fait qu’il accueille, peut accueillir ou doit accueillir les ménages qui éprouvent des difficultés à se loger dans de bonnes conditions de taille et de confort dans le cadre strict des mécanismes marchands, soit parce que l’offre nécessaire n’est pas présente en quantité suffisante, soit parce que son accessibilité est limitée, notamment pour des raisons de prix. Mais les prix des logements que le Pouvoir de Yaoundé propose pour ses logements dits sociaux, oscille entre 19, millions 500 mil de FCFA et 22 millions 300 mille FCFA. Il est évident que ce n’est pas pour les habitants qui vivent dans les inondations des quartiers Nkomondo, Makepé Missoké, Ngangué, Mabanda, que ces logements sont construits. Le gouvernement a donc utilisé l’expression logement social juste pour donner une image humaine à une vaste opération commerciale, destinée à enrichir les différentes parties du projet que sont la Société immobilière du Cameroun (Sic), la Mission d’aménagement et d’équipement des terrains urbains et ruraux (Maetur) et le Crédit Foncier du Cameroun. Pour une véritable politique de logement social qui viserait à sortir les familles des inondations et autres habitats indécents, l’Etat pouvait simplement réaménager les quartiers mal lotis, ériger des constructions en hauteur dont les appartements seront redistribués aux familles qui auraient été déguerpis en horizontale. Avec l’avantage que les quartiers seraient désormais aérés et mieux urbanisés, et tous bénéficieraient d’un logement décent.




Mission dévoyées



L’Etat camerounais assure-t-il la protection des familles, peut-on toujours se demander. A cette question, le Dr. Aristide Mono, dans une réflexion partagée dans les réseaux sociaux, dit : « voici une esquisse de vraie préoccupation qui devrait intéresser les intellectuels et hommes politiques sérieux. Le 9 décembre 2014, le président de la république réunit ses ministres à Etoudi à l’occasion d’un conseil ministériel. Il lance un plan d’urgence triennal 2015-2017, c’est-à-dire à réaliser en 3 ans, pas plus, parce que c’est urgent. Ses ministres et lui prennent l’engagement, entre autres, de construire 800 logements sociaux dans les chefs-lieux de régions, à l’exception de Douala et Yaoundé, construire et équiper des d’hôpitaux de référence dans les 8 chefs-lieux de régions, exceptées Yaoundé et Douala, créer des agropoles et aménager 120 000 hectares de périmètre hydro-agricole, construire le barrage de Bini à Warak, doter chaque région de 100 forages. C’était en fait 497 projets à livrer avant janvier 2018 pour un financement de 925 milliards de francs Cfa. Ce jour-là, le président de la république dit à ses ministres, puisqu’il les connait déjà assez, <> C’était son avant dernier mot. Le 19 décembre 2014, il signe rapidement, parce que c’est urgent, un décret portant création, organisation et fonctionnement du Comité de suivi de la mise en œuvre du Plan, placé sous l’autorité du premier ministre Philémon Yang. En 2015 déjà, 565 528 112 504 de francs Cfa sont versés par entre autres, la Standard Chartered Bank une partie des 300 milliards de FCFA, la Banque Atlantique, 190 milliards, la BGFI Bank Cameroun 100 milliards, Ecobank, 3 milliards de FCFA, et le reste suivra. Nous sommes le 2 juin 2019, 2 ans après l’échéance prévue pour livrer les 497 projets, que chacun fasse son évaluation. Pour moi, je constate qu’aucun hôpital de référence n’a été livré équipé. Évitons d’imposer au peuple des faux problèmes. Évitons de lui imposer des faux ennemis. Que le peuple apprenne aussi à rester figé sur l’essentiel : le suivi de la mise en œuvre des politiques publiques, parce que nos enfants payeront des dettes qu’un groupuscule de personnes aura contracté en vain en notre nom. »

Ce constat était fait en juin 2019. Un an après, à Douala, on donne les clés de 32 appartements après 7 ans d’attente à des citoyens à un bout de la ville, Yassa, et au même moment on démolit des milliers des personnes à l’autre bout de la ville, à Nwgelle, parce qu’elles sont menacées par les inondations. Il n’est pas futile de rappeler ce qui a été dit au début et qui est inscrit dans le préambule de la Constitution, « La nation protège et encourage la famille, base naturelle de la société humaine ». Et ça commence par un logement.

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