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General News of Monday, 3 May 2021

Source: La Nouvelle Expression n°5458

Liberté de la presse : la marche en arrière du Cameroun

La journée internationale de la liberté de la presse se célèbre dans un contexte marqué au Cameroun par des attaques portées contre des journalistes. Un climat qui n’est pas propice à l’exercice de la profession selon le dernier rapport de Reporters sans Frontières (Rsf).

Le pays se classe dès lors 135ème sur 185 au classement mondial de la liberté de la liberté de la presse 2021. Il perd une place comparé à l’année 2020. A l’origine de cette situation la multiplication des atteintes à l’exercice du journalisme. La Nouvelle Expression se propose dès lors de réaliser un Abécédaire simplifié des grands marqueurs de la situation de la presse au Cameroun au cours des dernières années.

A comme Attaques
Les scènes de. violences perpétrées contre les journalistes sont nombreuses au Cameroun. La dernière à avoir fait la chronique est l’attaque portée contre une équipe de la chaine de télévision Canal 2 le 29 avril dernier à Yaoundé. Selon les informations rendues publiques par le Rédacteur en chef délégué de cet organe de presse, des agents de la Mairie de Yaoundé 5 s’en sont pris à ses journalistes au cours d’un reportage. Reprochant notamment à ces derniers d’avoir entrepris d’interviewer un agent de sécurité qui se serait porté volontaire pour cet exercice. «…alors que l’équipe se préparait à commercer le tournage, une horde de gros bras de la mairie, en furie, leur est tombé dessus ; saisissant brutalement micro et caméra.

Par reflexe professionnel, le caméraman Bertrand Tsasse a voulu protéger son équipement. Une attitude qui lui a valu d’être copieusement bastonné. Sa caméra endommagée a été dans la foulée confisquée…il s’en sort avec des lèvres tuméfiées, une dent cassée, sa tenue déchirée et baignant dans le sang. Concomitamment, Hycent Chia a reçu des gifles après de longues minutes de brimade…» a indiqué dans un communiqué Rodrigue Tongue.



C comme commerce
Si les atteintes à la liberté de la presse se manifestent par des violences à l’endroit des journalistes, une forme plus insidieuse existe depuis fort longtemps. Les rapports qu’entretiennent tes hommes politiques et les hommes d’affaires avec la presse. Alors que la presse en général traverse une crise économique marquée par des défauts de salaire, des ressources humaines inconséquentes, l’entrée en scène d’acteurs extérieurs plombent une fois de plus l’exercice du métier de journaliste. Une intervention plus marquée ces dernières années, soutenue par des batailles de positionnement entre les grands entrepreneurs politiques du Cameroun.

Résultats des courses, les productions journalistiques- sont pour une part, produites sous le sceau delà propagande. Contre rémunération.

D comme délits de presse
La question de la dépénalisation des délits commis par voie de presse a été plus que par le passé présente au sein de l’espace public ces derniers mois. Plusieurs prétextes à l’origine de cette situation. L’affaire ayant opposée le Directeur de publication, de l’organe de presse d’investigation «Kalara» à l’ancienne députée Faustine Fotso est l’un d’eux. Christophe Bobiokono et sa journaliste, Irène Mbezele étaient poursuivis par ta femme politique pour diffamation et outrage à corps constitué. Jugée par le Tribunal de Première instance de Yaoundé-Centre administratif, l’affaire a conduit à la condamnation des accusés à deux ans de prison avec sursis et une amende de deux millions de F Cfa.

Une affaire qui aurait été jugée expéditivement selon RSF. En effet, l’organisme international avait assuré au sujet de la décision rendue par la Cour d’appel du Centre (alourdissant la peine donnée par le TPI de Yaoundé) qu’il s’agissait d’un « simulacre de justice, visant à tuer un journal d’investigation ».



Dans la catégorie des accusations de délits de presse, apparait également l’affaire Paul Chouta. Accusé par l’écrivaine Calixte Beyala de diffamation et de propagation de fausses nouvelles. Une affaire en cours devant la justice, depuis bientôt 2 ans.

W comme Wazizi
L’affaire Wazizi est l’un des derniers scandales concernant la presse au Cameroun. L’on se rappelle en effet, que le décès du journaliste Samuel Wazizi entre les mains des forces de défense et de sécurité a été découvert un an plus tard (Aout’2020). Ce dernier était accusé d’être en connivence avec les sécessionnistes du Noso.

Alors qu’une enquête avait été commandée par le Chef de l’Etat après que l’affaire ait été rendue publique, aucun résultat de celle-ci n’est connu pour le moment. Le ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense avait été interpelé au cours de la session parlementaire du mois de mars, à ce sujet. Joseph Beti Assomo n’a rien présenté de nouveaux aux députés au cours de sa réponse aux questions orales.



«Il a été arrêté le 3 août 2019 pour avoir coopère avec des terroristes et pour complicité de terrorisme. Après avoir été transféré à Yaoundé pour exploitation, il est Malheureusement mort à l’Hôpital militaire de la première région. Après sa mort qui a entraîné de sérieuses agitations notamment avec les médias, une enquête a été ouverte sur ordre du Chef de l’Etat, Chef des Armées, dans le but est de déterminer les circonstances qui ont conduit à ce tragique décès. Les résultats de ces investigations sont encore attendus. Il serait inapproprié de faire des déclarations avant que les résultats de l’enquête ne soient rendues publics» a assuré le Patron de la Défense» avait déclaré le Mindef.

R comme répression
Les violences policières sur les journalistes ont à maintes reprises été soulignées par la presse. Le Département d’Etat américain, il y a quelques années, les a d’ailleurs dénoncées et a interpelé Yaoundé à ce sujet. Si ce type d’attaque s’est un tantinet fait rare ces derniers mois, la répression, elle continue à avoir cours. L’on se rappelle encore de l’interpellation du Coordonnateur de l’Agence Centre-Sud-Est de fà Nouvelle Expression en septembre 2020, au cours de la couverture des marches du Mrc.

En effet, ce dernier avait été appréhendé par les forces de police alors qu’il couvrait l’ambiance près de la résidence du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, Maurice Kamto. Il avait ensuite été gardé pendant près de 48 heures dans une cellule du Commissariat Central n°1.



Outre les arrestations, le rejet des déclarations de manifestations publiques est un marqueur important. Il y a encore quelques jours, une marche pacifique du Réseau dés Patrons de presse ’ du Cameroun était interdite par le Sous-préfet .de Yaoundé I. A ce type d’interdiction se joint celle d’échange entre journalistes e’t hommes politiques. Certains Cafés politiques organisés par le Club des journalistes politiques dû Cameroun (Notamment avec Christopher Fomunyoh) ont souvent été interdits.

T comme terrorisme
La loi portant répression du terrorisme adoptée en décembre 2014 demeure jusqu’aujourd’hui, une épée de Damoclès sur la profession de journaliste. En 2016, RSF indiquait: «De leur côté, les journalistes qui dérangent sont facilement mis aux arrêts ou accusés de “terrorisme ». Motif vague qui permet des arrestations arbitraires, plus ou moins prolongées. Une nouvelle loi anti-terroriste prévoit de traduire les prévenus devant les tribunaux militaires ».

L’on se rappelle que c’est cette dernière qui avait été brandie dans le cadre de l’affaire opposant l’Etat du Cameroun aux journalistes Rodrigue Ndeutchoua Tongue, Félix Cyriaque Ebolé Bola et à l’ancien journaliste et Professeur Baba Wame. Les hommes de média étaient accusés de n’avoir pas divulgué des informations et leurs sources.



Outre cette affaire, celle du journaliste en langue Haoussa de Radio France internationale (RFI) Ahmed Abba est également un cas d’école dans l’observation des effets pervers de la loi portant répression du terrorisme au Cameroun sur la liberté de la presse.

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