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xxxxxxxxxxx of Wednesday, 26 May 2021

Source: Le Messager

Liberté confisquée - Démocratie étranglée: le régime Biya et la politique du guet-apens?

Dans un environnement marqué par la bataille successorale au sommet de l’Etat et les guerres de positionnement, le Pouvoir à maille à partir avec certains leaders de partis politiques d’opposition, journalistes ou tout autre activiste érigé en chien de garde de la gestion des affaires publiques dans un pays où le prince règne sans partage.

Paul Chouta respire l’air de la liberté depuis bientôt dix jours. Le célèbre bloggeur sort de 24 mois de prison « pour rien » pour reprendre les propos de son conseil qui s’indignait là de cette justice qui l’a maintenu captif pendant aussi longtemps sans véritables preuves de son incarcération. Déféré depuis mai 2019 à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé pour les faits de « diffamation par voix cybernétique, usage de propos insultants, faux reportages et discours de haine contre l’écrivaine Calixte Beyala », le jeune homme a vu son affaire renvoyée plus d’une vingtaine de fois pour des raisons des plus saugrenues y compris le défaut de la plaignante de comparaître devant le tribunal, prolongeant sa détention indéfiniment.

En janvier 2021, l’affaire a été retardée de près d’un mois pour la production d’un rapport sur l’admissibilité des éléments de preuve. Lorsque le procès a repris début février, l’audience a de nouveau été interrompue en raison d’un différend sur l’admissibilité d’une question.Toute chose qui a fait dire à certains analystes de la scène politique camerounaise que Chouta n’est ni plus ni moins qu’un « prisonnier politique ».

Liberté confisquée

Idem pour Sébastien Ebala. L’activiste a été kidnappé le 17 avril 2020 par les agents de la Division de la sécurité militaire, en charge du renseignement militaire. Le crime du jeune homme très présent sur Facebook, est d’avoir appelé quelques jours plus tôt les camerounais à manifester pacifiquement pour le départ de Paul Biya.Les images qui circulaient à l’époque des faits sur les réseaux sociaux montraient un Ebala assis à même le plancher, la mine déconfite, les vêtements déchiquetés et imbibés de sang. La scène a été filmée à l’entrée du bureau du colonel Emile Bamkoui, Commandant de la Division de la Sécurité militaire (Semil), logée au ministère de la Défense à Yaoundé. Torturé par les agents Semil après l’avoir enlevé du domicile à Yaoundé (où ils sont entrés par effraction) de Tchebo Ngapsi Bernard, administrateur de la page Facebook Médiatik, lui aussi séquestré par les services de la Semil.

Lui qui n’a jamais cessé d’appeler le peuple camerounais à arracher sa liberté confisquée par le régime en place en participant activement à une manifestation pacifique contre le président Biya. L’indignation du jeune chercheur tient au fait que celui qui prétend être le président du Cameroun brille par une absence méprisante voire suspecte depuis la survenue de la pandémie du Coronavirus au Cameroun. Cette arrestation est une entorse grave à la liberté de la presse, mais surtout à la liberté d’expression au
Cameroun.

Campagne de répression

Que dire du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) qui a fait l’objet d’une vaste campagne de répression : manifestations systématiquement interdites, emprisonnement de ses principaux leaders, répression des marches et arrestations massives de ses militants. Au total, plus de 250 membres du parti de Maurice Kamto sont emprisonnés pour avoir participé à des marches pacifiques, interdites, organisées depuis fin janvier 2019. En octobre 2018, Paul Biya a été réélu pour un septième mandat à l’issue d’un scrutin, une nouvelle fois ni transparent ni démocratique. Le Mrc n’a pas perdu de temps pour contester les résultats et indiqué que leur leader, Maurice Kamto, était le réel vainqueur de la présidentielle. Dans la foulée, le parti a publiquement demandé le recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote, sur la base de la confrontation des procès-verbaux avec les listes d’émargement, ce qu’il n’a pas pu obtenir.

Démocratie étranglée

Idem pour la réforme consensuelle du système électoral et le dialogue inclusif pour résoudre les crises multiformes qui affectent le pays. Le pouvoir de Yaoundé, se sentant visiblement menacé, a alors décidé de le neutraliser avec des arrestations massives suivies d’une judiciarisation des détentions. Parmi les victimes, on peut citer Kameni Yamdjeu Ariel Mao, gestionnaire de stock à l’entreprise Safvis SA. La vie du pauvre militant du Mrc a tourné au cauchemar parce qu’il a estimé comme beaucoup d’autres camerounais, que le salut du Cameroun peut venir de l’alternance. Traqué, violenté et plusieurs fois mis en index pour ses prises de position, l’homme a vécu l’enfer dans son propre pays. Résultats des courses : plus d’emplois, plus de liberté d’opinion, abandonné par sa famille, une vie détruite.

Dans un régime où le président en place a passé plus de trois décennies au trône, la soif de changement est la chose la mieux partagée. Malheureusement, toutes les voix dissidentes, politiques ou issues de la société civile, qui mettent en doute la légalité du pouvoir en place ou critiquent la gestion politique de la crise anglophone font l’objet d’une répression systématique : intimidations, arrestations, détentions arbitraires, poursuites judiciaires iniques et dans certains cas disparitions forcées. De quoi étrangler la démocratie et la liberté.

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