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General News of Monday, 13 July 2020

Source: www.camerounweb.com

Les vérités de Dieudonné Essomba à propos du Nord du Cameroun


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L'analyste politique et économiste de son Etat ne laisse définitivement rien passer. Dans une nouvelle analyse, il aborde l'épineuse question de la 'fédéralisation' de l'Etat camerounais. Comment Dieudonné Essomba voit le Nord du Cameroun, que pense-t-il de la politique de développement du régime? Réponses dans son analyse ci-dessous, publiée dans son intégralité.



'Le Territoire Fédéral est un concept extrêmement profond dans l’organisation d’un Etat fédéral camerounais. Tous les Etats fédéraux ont ce type de territoires qui n’obéissent pas à leur Etat d’implantation, à l’exemple des capitales comme Lagos ou Washington. Un pays peut en avoir plusieurs comme la Russie qui en a 8. L’idée ici est qu’on ne saurait soumettre à la loi locale une grande agglomération cosmopolite, surtout lorsqu’elle joue un rôle stratégique. Au Cameroun, la notion de Territoire a des bases politiques et économiques.


FONDEMENTS POLITIQUES

La principale erreur commise par les Etats de l’Afrique Noire et le Cameroun en particulier est la prétention à développer tout le monde à la fois. L’idée paraît, au premier abord, très généreuse : quoi de plus beau que tous les Camerounais se sentent d’abord camerounais avant leur tribu ! Quoi de plus extraordinaire que tous les Camerounais parlent anglais et français !

Quoi de plus magnifique que tout le monde suive les règles de la modernité, que les agriculteurs appliquent des règles d’efficacité, que tout le monde paie les impôts, que le secteur informel soit éliminé, que les fonctionnaires soient honnêtes, que les patrons respectent la législation du travail, que personne ne parle sa langue tribale dans les bureaux administratifs, etc.

Tout cela est très beau, mais la beauté d’un objectif ne saurait constituer la pertinence d’un projet ! La construction d’une Nation camerounaise au-dessus des tribus et épousant les contours d’une République éthérée copiée des gros livres de droit étrangers est un projet totalement irréaliste. C’est même le prototype du mauvais projet !

On ne peut pas bâtir un projet en dehors des hommes sur lesquels il s’applique. Et dans le cas d’espèce, l’écrasante majorité des Camerounais placent leur tribu avant le Cameroun : tout le monde se moque de l’unité nationale, ne l’évoquant que pour masquer la défense des intérêts corporatistes, des projets de conquête hégémoniste des espaces collectifs ou l’instrumentalisation du pouvoir politique. Le bilinguisme est un gadget et si on excepte les Anglophones installés dans les zones francophones, personne n’aime s’encombrer des deux langues coloniales.

L’Etat est devenu plutôt un lieu de partage des emplois publics, des postes de pouvoir, des infrastructures collectives et des rentes que se disputent els Communautés, de plus en plus sur les dents au fur et à mesure que s’aggrave le rationnement. Et on voit bien qu’après avoir joué la comédie de l’unité nationale pendant 60 ans, les Communautés lèvent leur tête et menacent. Le projet de bâtir une Nation homogène à travers la modification des Camerounais est un projet extrêmement dispendieux et totalement fantaisiste.

Il faut mettre fin à cette aventure stérile et même dangereuse et rentrer dans un système plus sain, plus naturel, plus proche de la sociologie réelle de notre pays et économiquement moins coûteux. Pour cela, il faut partir du principe que tout le monde ne peut pas avoir la même compréhension du Cameroun, la même perception de la Nation comme un bloc homogène. Certains en comprendront l’intérêt et l’accepteront. D’autres verront les choses autrement et rejetteront ce modèle.

Il faut donc renoncer à ce système totalitaire qui veut embarquer tout le monde dans son projet fou d’unité nationale et qui du reste, ne conduira absolument à rien qu’à la guerre et aux purifications tribales, et mettre plutôt en place un modèle d’Etat qui donne la place à tout le monde. La notion de Territoire Fédéral s’inscrit ainsi dans cette perspective. La Fédération dispose ainsi de deux types de territoires :

Les Territoires Fédéraux qui sont des enclaves tournés vers la modernité, où les gens acceptent l’intégration, la primauté du Cameroun sur les Communautés, le respect scrupuleux de la loi et de la République, le « Camerounais partout chez lui », le bilinguisme radical, etc.

Les Etats Régionaux qui ne sont pas dans ces histoires d’unité nationale, où les gens parlent leur langue à l’école et dans l’administration de leur Etat, où ils vivent suivant leurs référents culturels locaux, sans honte et sans complexe, et adoptent des modes d’organisation dans lesquels ils se reconnaissent. Ils ne récitent pas les étranges théories mystérieuses de l‘Etat westphalien développées par Hobbes ou tout autre philosophe étranger, mais se réunissent à travers les Mbog-Mbog, les Zomoloa, les Ngondo, les Nguon, et autres sociétés secrètes.

Voilà donc comment devrait être organisé le Cameroun, pour être un pays en même temps moderne authentique. Dans mes précédents posts, j’ai proposé quatre territoires fédéraux : Yaoundé, Douala, Garoua et Bamenda. Certains ont cru y voir un fédéralisme à quatre Etats dont les Territoires fédéraux seraient des capitales. C‘est une mauvaise compréhension de mon propos.

Je l’ai dit et redit, un Territoire Fédéral est une enclave territoriale qui appartient à l’Etat fédéral et ne fait pas institutionnellement partie d’aucun Etat Régional. Il n’a donc rien à voir avec les Etats régionaux qui l’environne. D’un point de vue politique, c’est une extraterritorialité par rapport à ces Etats qui n’ont aucune autorité sur elle. Mais du point de vue économique, c’est un instrument de développement que la Fédération met au service des Etats régionaux.

Ainsi, le Territoire Fédéral de Garoua n’est pas la capitale du Grand Nord. Il s’agit tout simplement d’un centre d’impulsion du développement et de modernité que la Fédération met à la disposition des Etats régionaux du Grand Nord pour structurer leur Economie.

Supposons par exemple que le Grand Nord ait 3 Etats Régionaux :

-L’Extrême-Nord, avec pour capitale Maroua

-L’Adamaoua avec pour capitale N’Gaoundéré

-Le Nord, avec par exemple Guider

Chacun de ces Etats a sa politique propre, son fonctionnement propre et reste la propriété de ses citoyens. Parallèlement, Garoua reste une entité qui dépend de la Fédération et n’a aucun lien de subordination avec ces Etats. L’objectif de Garoua est de présenter aux Etats du Nord un puissant pôle de développement qui structure leurs économies.

Le Grand Nord peut d’ailleurs avoir plus d’Etats que les Régions actuelles, par exemple, une dizaine, mais cela ne joue absolument aucun rôle. Car, que ses Etats soient au nombre de 3, 10 ou même 20, tous ces Etats seront des satellites économiques qui graviteront autour du puissant pôle économique de Garoua dans les mêmes termes.

En tout état de cause, cette architecture relativise les inquiétudes posées par la multiplicité des Etats. Que chaque village ait son Etat ou pas, tout le monde gravite autour du même pôle contrôlé par la Fédération', écrit Dieudonné Essomba.

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