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General News of Saturday, 3 October 2020

Source: coupsfrancs.com

Les vérités cachées de l’indépendance de l’Ambazonie

Après avoir dilapidé des milliards à Genève, Paul Biya humilié par la Suisse Si le pouvoir de Yaoundé refuse d’entamer des négociations sous la médiation suisse avec les indépendantistes anglophones, si ce pouvoir arme plutôt des milices qui kidnappent contre rançons, qui décapitent civils comme militaires dans le Southern Cameroons (Nord-Ouest& Sud-Ouest) en vue d’attirer l’attention de l’opinion internationale sur le “terrorisme ambazonien”, c’est simplement parce qu’il ne dispose d’aucun argument de droit international pour justifier l’Etat unitaire décentralisé actuel. C’est parce qu’il est conscient d’avoir annexé le Southern Cameroons dès le 1er septembre 1961. Au Cameroun, on dit de manière triviale que “c’est le cœur du bandit qui bat”.

En effet, la lutte actuelle du peuple anglophone pour un Southern Cameroons/Ambazonia libre et indépendant est conforme à la Charte des Nations Unies tout comme à pas mal de résolutions votées par l’ONU. Le 13 decembre 1946, l’Angleterre signe le traité de tutelle avec les Nations Unies en vue d’administrer le Cameroun britannique. Pour des raisons administratives, l’Angleterre divise le Cameroun britannique en deux : Le Northern Cameroons intégré au nord du Nigéria et le Southern Cameroons intégré à l’est du même pays.

Malgré tout, le Northern Cameroons et le Southern Cameroons etaient couverts par les effets de la tutelle de l’ONU. D’après l’article 76-b de la Charte de l’ONU, le but de la tutelle est de : “favoriser le développement politique, économique et sociale des populations des territoires sous tutelle ainsi que le développement de leur instruction ; favoriser également leur évolution progressive vers la capacité à s’administrer eux-mêmes ou l’indépendance, compte tenu des conditions particulières à chaque territoire et à ses populations, des aspirations librement exprimées des populations intéressées…”. De manière simple, l’Angleterre avait pour devoir de préparer les populations du Northern tout comme du Southern Cameroons à être politiquement, économiquement et socialement prêtes soit pour une autonomie interne soit pour une indépendance totale, selon que les populations en question auraient milité pour l’une ou l’autre option.

Pour départager la classe politique du Southern Cameroons qui était divisée entre favorables à l’intégration au Nigéria, militants pour le rattachement à la République du Cameroun et partisans de l’indépendance totale, sir Phillipson Sydney, commissaire de l’ONU pour le Southern Cameroons, a organisé du 10 au 11 aout 1959 à Mamfe une conférence pré-plébiscite à l’issue de laquelle 67% des délégations présentes vont voter pour que deux seules questions leur soient posées lors du plébiscite d’autodétermination : voulez-vous rester rattachés au Nigéria ou alors faire sécession du Nigeria en vue d’un Etat indépendant ? Le rattachement avec la République du Cameroun a donc été rejeté par la majorité des membres des délégations présentes lors des travaux.

Mais lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 6 octobre 1959, coup de tonnerre ! L’option de l’indépendance totale est écartée. Motif avancé : le Southern Cameroons n’était pas économiquement viable. Pourquoi alors qu’il s’agit d’un vœu de la majorité des populations du Southern Cameroons? L’Angleterre n’avait-elle pas pour devoir d’assurer le développement économique de ce territoire conformément à l’article 76-b de la Charte des Nations Unies ? Aux Nations Unies, ces questions ne semblent pas avoir préoccupé grand monde. Mais passons !

Le Southern Cameroons s’est donc vu refuser par l’ONU, sur la base de rien, la possibilité de choisir d’être indépendant et souverain. Cette option a été remplacée par le rattachement à la République du Cameroun. Voilà dans quelles conditions l’Assemblée Générale des Nations Unies adopte le 16 octobre 1959 la résolution 1352 (XIV) qui organise le plébiscite au cours duquel le peuple du Southern Cameroons devait être appelé à choisir entre être indépendant en se joignant au Nigéria et l’être en se rattachant au Cameroun.

Le 15 décembre 1960, l’ONU vote la résolution 1541. Cette résolution encadre le sort des territoires non encore autonomes comme le Southern Cameroons. La Résolution en son principe VI offre trois possibilités à ces territoires pour leur autodétermination : a) indépendance totale b) association à un Etat indépendant et c) intégration à un Etat indépendant. Le Southern Cameroons avait donc été destiné par l’ONU (ou obligé, c’est selon) à s’associer soit à la République du Cameroun (indépendante depuis le 1er janvier 1960 et membre des Nations Unies depuis le 20 septembre 1960), soit au Nigéria. Suite au plébiscite du 11 février 1961 à l’issue duquel 70,5% des électeurs ont voté pour le rattachement au Cameroun, l’AG des Nations Unies va adopter le 21 avril 1961 la résolution 1608 sur l’indépendance du Southern Cameroons. Cette résolution stipule en son point 5 que l’autorité administrant (l’Angleterre), le Gouvernement du Southern Cameroons et celui de la République du Cameroun doivent initier d’urgentes discussions en vue de finaliser, avant le 1er octobre 1961 (date de la levée de la tutelle de l’ONU et dont de l’indépendance), des arrangements (accords) à travers lesquels des politiques concertées et déclarées des parties concernées seront implémentées.

Cette résolution onusienne jusqu’à ce jour n’a jamais été respectée et appliquée. La République du Cameroun a plutôt engagé un processus d’annexion du Southern Cameroons. En effet, lors de la Conférence de Foumban du 17 au 22 juillet 1961, en lieu et place des accords de l’union (ou de l’association) prescrits par l’ONU (l’Angleterre n’était de surcroît pas représentée aux travaux) en sa résolution 1608, Ahidjo a plutôt soumis à la délégation du Southern Cameroons le projet de révision constitutionnelle N°61/24 “tendant à adapter la Constitution du 4 mars 1960 (appliquée en République du Cameroun,ndlr) aux nécessités d’un Cameroun unifié”. Comme quoi, le projet du président de la République du Cameroun de l’époque, Amadou Ahidjo, était de conquérir par voie constitutionnelle le Southern Cameroons et d’en faire une partie intégrante du Cameroun. Le projet de loi a été adopté par l’Assemblée nationale de la République du Cameroun. Le Southern Cameroons’ House of Parliament n’a pas vu trace de ce projet loi. Ahidjo l’a promulgué tout seul le 1er septembre 1961 alors qu’à cette date, le Southern Cameroons était encore sous tutelle des Nations Unies.

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