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General News of Tuesday, 21 January 2020

Source: Le quotidien N°236

Les chercheurs du Cameroun crachent leurs vérités à Biya (lettre ouverte)

Excellence Monsieur le Président de la République, Les chercheurs du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI) reconnaissent les efforts déployés par le Gouvernement de la République, pour donner une impulsion à la recherche scientifique et à l’innovation, en tant que facteur de développement durable. A cet effet, permettez-nous de vous exprimer ici notre profonde gratitude. Cependant, notre sentiment le plus profond au début de cette nouvelle année est que, le statut du chercheur du MINRESI et ses conditions de travail, ne semblent pas être parmi les priorités du Gouvernement de la République.

Cela a pour conséquence le risque de fragilisation du secteur de la recherche et de l’innovation. Pourtant, vous l’avez réitéré dans votre discours du 31 décembre 2019 : « Notre objectif demeure d’accéder à l’émergence à l’horizon 2035 ». Faut-il le rappeler : les chercheurs du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation sont des acteurs clés de cette émergence. Malheureusement, il y a lieu de s’inquiéter sur la capacité actuelle à maintenir haute cette trajectoire du projet d’émergence du Cameroun à l’horizon 2035.

Une raison fondamentale motive cette inquiétude : aucun pays au monde ne s’est développé sans la recherche scientifique. Mieux, le développement de tous les pays du monde est fonction de l’intérêt et des ressources accordés à la recherche scientifique qui, seule, est capable d’innovation dans tous les secteurs de la vie nationale. Nous venons donc attirer votre attention sur ce qui nous apparait comme un paradoxe entre l’objectif de l’émergence du Cameroun en 2035, et le très peu d’intérêt que le Gouvernement de la République accorde au secteur de la Recherche Scientifique et de l’innovation, et au chercheur. Pour le montrer, permettez-nous de nous attarder sur trois indicateurs, parmi une multitude, que nous ne pouvons pas nous permettre de dérouler dans cette lettre que nous avons volontairement souhaitée ouverte.

1er Indicateur : Le décret n°80/275 du 18 juillet 1980 portant Statut des Chercheurs est obsolète.

Ce texte, signé par votre prédécesseur aura 40 ans dans six mois. Il ne constitue plus un cadre juridique permettant au chercheur de libérer tout son potentiel d’innovation. Pour prouver son obsolescence, il faut déjà relever qu’il a été signé à l’époque de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique (DGRST), créée en 1979. C’est cette Délégation qui est devenue tour à tour, le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de l’Information et de la Recherche Scientifique (MESIRES), créé en 1984 ; le Ministère de la Recherche Scientifique et Technique (MINREST), créé en 1992 ; et enfin, le Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI), créé en 2004.

Entre la DGRST (1979) et le MINRESI de 2020, les conditions de recrutement, les missions, et le cadre institutionnel de travail du chercheur ont changé. S’agissant du recrutement, le statut actuel dispose que les chercheurs sont recrutés avec le niveau licence (article 9(1) du décret n°80/275 du 18 juillet 1980 portant Statut des chercheurs). Or, sans être encadré juridiquement, le niveau de qualification au recrutement des Chercheurs a été relevé ces dernières années (le niveau minimal exigé pour un Attaché de Recherche est le DEA ou le Master). Cette situation laisse des failles juridiques à des recrutements au niveau licence, actuellement inappropriés pour une production scientifique compétitive.

Ceci a entrainé une dévalorisation du chercheur au niveau de sa prise en solde : un Attaché de Recherche de niveau DEA ou Master reste aujourd’hui classé à l’indice 465 lors de son recrutement, comme il y a de cela 40 ans, lorsqu’il était recruté avec le niveau Licence. Parallèlement, un enseignant du Ministère de l’Enseignement Supérieur (MINESUP) recruté avec le même niveau académique est classé à l’indice 530 au moment du recrutement. Par ailleurs, ce statut laisse libre cours à des interprétations parfois erronées, notamment dans le cas des derniers recrutements des chercheurs dans la Fonction Publique. Certains cas litigieux occasionnés par de telles interprétations viennent de faire l’objet d’un arbitrage du Premier Ministère entre le Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation et le Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative (MINFOPRA). Enfin, le chercheur du MINRESI va à la retraite à l’âge de 55 ans selon le statut actuel, à la différence de son collègue enseignant-chercheur du MINESUP qui prend sa retraite à 65 ans.

C’est pourtant à cet âge qu’un chercheur est considéré sous tous les cieux comme ayant acquis sa pleine maturité scientifique : il est Maître de Recherche ou Directeur de Recherche, ce qui fait de lui un chercheur accompli et très expérimenté, qui peut ainsi mettre sa compétence au service de la formation et de l’encadrement de ses jeunes collègues. Son expérience professionnelle est souvent recherchée et exigée pour capter d’importants financements internationaux dédiés à la recherche, lesquels avoisinent parfois le budget actuel du MINRESI. Cette retraite anticipée du Chercheur est sans aucun doute une perte pour la nation, puisqu’il est aussitôt happé par la demande internationale et celle des autres nations. Tous ces arguments montrent clairement que le Décret n°80/275 du 18 juillet 1980 portant Statut des Chercheurs, ne favorise plus un environnement permettant au chercheur de libérer son plein potentiel pour contribuer au développement et à l’émergence du Cameroun.

Voilà pourquoi, dans le but d’apporter notre contribution à la résolution de ce problème, nous venons de vous adresser en date du 9 janvier 2020, une correspondance contenant une proposition de révision dudit Statut, tout en attirant votre attention sur le fait qu’un précédent projet de révision du même statut est en étude depuis plus de dix ans. Par cette démarche essentiellement citoyenne, nous voulons exprimer le souhait de voir une amélioration de nos conditions de travail, pour accompagner le projet d’émergence du Cameroun à l’horizon 2035, et contribuer ainsi à l’avènement de Cameroun nouveau dont vous parlez dans votre discours de fin d’année, lorsque vous affirmez : « C’est un Cameroun nouveau qui prend ainsi forme. Un Cameroun adapté au temps présent. Un Cameroun qui regarde vers l’avenir ». Et nous en sommes convaincus.

2ème Indicateur : le budget du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation est en inadéquation avec les engagements du Plan d’action de Lagos.

Le budget 2020 du MINRESI se chiffre à dix milliards neuf cent deux millions (10.902.000.000) de FCFA. Celui-ci connait une diminution de près d’un milliard, comparé à celui de l’année dernière. Selon les sources du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (https://www.facebook.com/pg/minresi/posts/) la répartition de ce budget 2020, au moment de sa défense par Mme le Ministre se présente comme suit : 1) Budget d’investissement Public : trois milliards (3.000.000.000) de FCFA, ce qui représente environ 27,52 % de l’enveloppe globale. Il s’agit ici, faut-il le préciser, de la part de ce budget allouée à la mise en œuvre des projets de recherche de tous les instituts de recherche sous-tutelle du MINRESI, soient huit instituts de recherche ; 2) Budget de Fonctionnement : sept milliards neuf cent deux millions (7.902.000.000) de FCFA, soit environ 72,48 % de l’enveloppe globale, dont : cinq milliards cinq cent un million (5.501.000.000) de FCFA de dépenses du personnel deux milliards cinquante-cinq millions (2.055.000.000) de FCFA pour les autres biens et services, y compris trois cent cinq millions (305.000.000) de FCFA de retenues opérées à la source par le Ministère des Finances pour les dépenses d’eau, d’électricité et de téléphone ; deux cent quatre-vingt millions (280.000.000) de FCFA de dépenses de personnel hors traitement brut ; et soixante-six millions (66.000.000)

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