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General News of Friday, 15 January 2021

Source: fr.sputniknews.com

Le Cameroun, relais de la crise centrafricaine ?

L’année débute à peine et le Cameroun fait déjà face à une poussée inédite du climat d’insécurité. Si, dans la partie septentrionale, les attaques de Boko Haram se poursuivent, les régions séparatistes connaissent elles aussi une flambée de violence. Ajoutés à cela, les débordements de la crise centrafricaine menacent la stabilité à l’est du pays.

Déjà sérieusement affecté par de multiples crises en 2019, le Cameroun démarre la nouvelle année dans le sang. Sur les dix premiers jours de janvier, une trentaine de personnes ont péri, victimes de violences.

Les attaques de Boko Haram ont connu une progression fulgurante ces derniers mois. Le 8 janvier, dans la partie septentrionale du pays, une offensive de la secte a fait au moins 13 morts dans le village Mozogo, région de l’Extrême-Nord. Une récente étude d’un organisme du département d’État américain soulignait que le Cameroun avait connu «la plus forte poussée de violences de Boko Haram» contre les civils dans le bassin du lac Tchad.

Dans le même temps, de nombreux drames ont été enregistrés dans l’ouest anglophone où, depuis plus de quatre ans, une violente crise ravage la région. Le 6 janvier, une embuscade des séparatistes armés a fait au moins cinq morts –quatre soldats et un civil– lors du passage du convoi du sous-préfet du département de la Momo, dans le Nord-Ouest. Deux jours plus tard, dans le même secteur, quatre membres des forces de sécurité camerounaise et deux civils ont été tués dans une autre attaque encore attribuée aux séparatistes. Depuis le dimanche 10 janvier, les images du massacre d’une dizaine de personnes, dont des femmes et des enfants dans le Sud-Ouest sécessionniste, font le tour des réseaux sociaux.

D'autres tueries, cette fois à Mautu dans le sud-ouest CMR. Que l'âme des victimes repose en paix. L’audio des pleurs des endeuillés sont traumatisants. Oui, pour une enquête, mais affirmer que les photos des victimes sont fausses est cruel pour les familles en pleine douleur.



Si les séparatistes attribuent cette attaque à l’armée camerounaise, celle-ci a réagi pour démentir par le biais d’un communiqué rendu public le 11 janvier. Cyrille Serge Atonfack, porte-parole du ministère de la Défense, y reconnaît que des soldats ont mené «un raid préventif sur les positions des groupes terroristes le dimanche 10 janvier 2021» dans un camp de combattants séparatistes, dans la localité de Mautu dans le Sud-Ouest. Au terme de cet accrochage, «plusieurs terroristes ont été neutralisés, d’autres blessés et en fuite».

«[Au cours de la soirée de l’opération] des leaders terroristes à la solde de la sécession et manifestement dépassés par les événements ont conçu dans leurs officines occultes un fatras d’images macabres pour essayer de faire endosser aux forces de défense un aveugle massacre», peut-on lire.

Déjà submergé par la crise séparatiste qui peine à trouver une issue, le Cameroun est aussi confronté à l’est aux débordements du conflit en Centrafrique.

L’épine centrafricaine

La République centrafricaine (RCA), meurtrie par des années de guerre civile, a fait son retour au centre de l’actualité à l’occasion de la dernière présidentielle. Les violences y sont montées d’un cran et progressivement, la ville frontalière de Garoua Boulai commence à en ressentir les conséquences.

En moins d’un mois, Human Rights Watch (HCR) y a dénombré plus de 4.000 déplacés qui voulaient échapper aux violences. Il y a quelques semaines, plus de 100 soldats centrafricains fuyant les combats ont traversé cette frontière avant d’être désarmés et pris en charge par les autorités militaires camerounaises.

Au cours d’une visite dans cette localité le 6 janvier dernier, le général René Claude Meka, chef d’État-major des armées camerounaises, soulignait la nécessité de «garantir l’efficacité des mesures prises pour éviter» que le pays ne soit débordé par la crise en RCA. D’ailleurs, Paul Biya y a dépêché son ministre de l’Administration territoriale depuis le 10 janvier pour s’assurer, entre autres, du déploiement des forces de défense et de sécurité sur le corridor et les postes-frontières et prescrire «la vigilance et l’anticipation».

Un cercle vicieux?

Si les autorités camerounaises sont en état d’alerte depuis la résurgence des violences en RCA, c’est parce qu’il y a lieu de craindre «un effet domino», soutient Hippolyte Éric Djounguep, géopolitologue, chercheur à l'École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication de Yaoundé. Pour lui, «le Cameroun où sévit la tragédie d'une guerre civile et les frappes continues de Boko Haram est un terreau favorable et un relais propice à la crise centrafricaine». Il en veut pour preuve les nombreuses dérives déjà enregistrées dans les localités frontalières.

«La criminalité, les règlements de comptes des populations réfugiées souvent stigmatisées, les trafics de biens et de personnes, le commerce des armes de part et d'autre de la frontière sont quelques exemples de la note salée de la crise en RCA que paie le Cameroun», souligne-t-il au micro de Sputnik.

Pris en tenaille entre ces nombreuses crises, le Cameroun semble coincé dans une spirale infernale. Si, dans la partie septentrionale, le combat contre Boko Haram dépend de l’action concertée entre les pays du bassin du lac du Tchad, la solution à la guerre séparatiste dans les régions anglophones quant à elle tarde toujours.

La décentralisation, option choisie par Yaoundé en lieu et place du fédéralisme souhaité par certains leaders anglophones modérés, est encore présentée comme la solution à ce conflit interne. Et pourtant, sur le terrain des opérations, les violences quotidiennes démontrent le contraire.

Dans un récent entretien accordé à Sputnik, le cardinal Christian Tumi, leader religieux anglophone, préconisait le cessez-le-feu comme préalable à tout dialogue. Une position partagée par Maurice Kamto –farouche opposant de Paul Biya– dans un message publié sur les réseaux sociaux au lendemain des nombreux drames de ce début d’année.



Alors que le pays est déchiqueté par ces multiples crises sécuritaires, une question revient de plus en plus au centre de l’actualité: à 87 ans, dont 38 au pouvoir, que peut encore Paul Biya face à ces conflits protéiformes?

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