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General News of Wednesday, 24 February 2021

Source: Actu Cameroun

'La qualité des forces spéciales de l’armée camerounaise ne fait l’ombre d’aucun doute'

L’ancien porte-parole de l’armée camerounaise analyse le dernier classement de l’agence de notation Global Fire Power.
Faut-il croire aux agences de notation des armées ? La fameuse citation de Jules César « Qui veut la paix, prépare la guerre » tient une forte pertinence dans l’environnement géostratégique contemporain, et cela est constant depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis cette déflagration en effet, les agences de notation des armées prolifèrent, dont la très célèbre Global Fire Power.

Elles mettent à la disposition du public de manière périodique un classement des armées. La pertinence de ces rapports peut toutefois être relativisée. Ces rapports en effet ne sont pas dénués de toute suspicion, le commerce des armes étant un vecteur invétéré de puissance et d’influence, sur le plan des relations internationales. Par ailleurs, il y aurait à soulever quelques concupiscences entre ces agences et certaines motivations géostratégiques qui font inonder des publications de leur lit scientifique et objectif.

Les critères de notation sont-ils critiquables ?
En général, les critères de notation portent sur les activités et les investissements militaires. Le budget est par conséquent le marqueur de notation le plus déterminant. Le pourcentage du taux d’engagement en fonction de la population est également un paramètre, tout en intégrant l’arsenal sur le plan des effectifs, de l’artillerie, des dispositifs aéronavals et spatiaux et du potentiel nucléaire. Le budget alloué à la recherche, notamment dans les nouvelles technologies de défense en vue de la supériorité militaire, est pris en compte.

C’est ainsi que sous des principes de barèmes affectés aux critères se calcule l’indice de puissance militaire (IPM) qui permet de classifier les armées dans le monde. Le dernier rapport de l’agence Global Fire Power affecte respectivement les indices de puissance militaire de 0,0718 aux États-Unis avec un budget de 750 milliards de dollars, d’un IMP de 0.079 à la Russie avec un budget de 48 milliards de dollars, et enfin d’un IMP de 0.0854 à la Chine pour un budget de 237 milliards de dollars investis dans la défense[1].

Si ces notations donnent une idée de puissance en valeur absolue, dans la réalité des théâtres opérationnels, force est de constater que les nouvelles menaces asymétriques ne confèrent pas de manière automatique aux armées réputées fortes, le gain de la bataille. L’histoire très récente des conflits contemporains le démontre à suffisance.

Le caractère hybride des guerres contrarie toute pratique conventionnelle et conditionne le gain de la bataille au génie de création. Les unités sur le terrain devraient être capables d’allier dilution et résilience, modes de combat technologique et rustique, mental et idéologie. La guerre au sein des populations, nouveau paradigme des guerres nouvelles, impose aux armées de solidifier le diptyque Armée-Nation pour une notion de masse plus incisive, et un dimensionnement aigu du moral des hommes et de la communication, pour atteindre les enjeux d’adhésion. Sun Tsu avançait qu’une armée perdant son moral, engagerait la foi du général[2].

Les agences de notation négligent ce qu’il convient de mesurer comme étant l’indice de résilience[3], rapprochant plus objectivement et de raison valable, la qualité d’une armée eu égard à son potentiel de puissance théorique et sa manière de « durer » sur le théâtre.

S’agissant de l’Armée camerounaise qui en termes de puissance selon les critères de calcul de Global Fire and Power occupe la 21ème place derrière le Mali, le Botswana, le Niger, pour ne citer que ces pays, enregistrant de surcroît un recul de taux de progression de 7 points[4], il y a lieu d’indexer des méthodes d’évaluation non réalistes, lorsqu’il s’agit bien d’évaluer « les puissances militaires » et le verrou sécuritaire que ce pays joue dans le Golfe de Guinée.


Sur quel critère mesurable est quantifié le recul de l’Armée camerounaise de 7 points, ou alors, s’obtient-il de manière subjective, donc, non scientifique ? Cette appréhension d’incohérence se perçoit également sur la hiérarchie imposée au niveau des grandes puissances militaires…

Pour revenir au classement affecté aux armées africaines, la situation sécuritaire de certains pays souvent placés sous perfusion opérationnelle de puissances fonde une impression d’impéritie méthodologique dans la construction de rapports qui pourraient in fine, susciter une course à l’armement, satisfaire une posture ou une influence pour des visées géostratégiques et géopolitiques. Carl Von Clausewitz, un des plus grands stratèges d’origine prussienne de reconnaître que « le plan de guerre embrasse l’ensemble des aspects de la guerre et les combine en une opération unique dotée d’un but ultime où se nouent tous les objectifs particuliers »[5].

Les agences de notation des armées, outil pertinent d’analyse géostratégique ou d’influence ?
Les exemples cités démontrent à suffisance le manque de rigueur des agences qui pourraient réaliser des rapports sous le prisme des intérêts d’entreprises de fabrication d’armes. Il faudrait pour plus de lisibilité sur cette question, entrer dans leurs comptes d’exploitation pour comprendre que les recettes issues des consultations des publications ne peuvent pas être les seules rentrées qui crédibilisent leur survie financière.

Ces agences reçoivent probablement des contreparties ou des royalties auprès d’acteurs internationaux pour animer le marché dubitatif et fluctuant de l’armement. Cela se vérifie par exemple avec la Chine et l’Inde qui occupent dans ce classement, la 3ème et la 4ème place et sont par ailleurs des pays mitoyens. Les moyens mis à contribution pour consolider de tels rapports nécessitent une organisation et une logistique importantes.

S’agissant du classement du Cameroun qui paraît pour le moins insolite au regard de ses résultats opérationnels du moment, il y a lieu d’analyser en profondeur les mobiles d’une telle dégradation, si celle qui apparaît dans le dernier rapport de Global Fire and Power, ne poursuit pas l’objectif d’édulcorer l’exemple d’une armée africaine autonome sur le plan de sa vision stratégique et de son indépendance opérationnelle. En effet, l’armée camerounaise contient depuis sept ans et de manière professionnelle, une élongation crisogène qui l’engage sur tous les points cardinaux et comme le font de très rares pays africains. À l’Extrême-Nord, elle fait face aux terroristes de Boko Haram ; à l’Ouest, elle lutte contre les irrédentistes et la piraterie maritime ; à l’Est, elle contient les menées des rebelles centrafricains ; au Sud, elle fait face au braconnage et différents trafics interlopes.

La qualité de ses forces spéciales ne fait l’ombre d’aucun doute et celle des unités du BIR qui se dimensionnent comme des forces polymorphes ont su allier la technoguerre à la guerre rustique, avec des résultats on ne peut plus probants sur le terrain. La qualité de ses vecteurs de décisions tels que l’artillerie et les vecteurs de projection stratégiques, confère à cette armée une grande flexibilité et une réactivité efficiente bien plus au-dessus que veut lui imposer la géométrie variable de son classement en Afrique.

Ces paramètres réunis la situeraient plutôt au top des armées africaines qui ont su mettre à profit, la réforme de leur système de sécurité (RSS), pour faire face aux menaces d’un paradigme nouveau.

Pour conclure que la science ne s’encombre pas du sentiment amène que l’on porte subjectivement, toujours est-il que le projet de défense au Cameron est constant d’une vision politique de modernisation depuis 1984. Comme le relève encore le stratège Carl Von Clausewitz, la puissance de l’Etat, le potentiel de guerre et de son armée résident en la part colossale du cœur et de l’esprit des nations[6].

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