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General News of Saturday, 3 April 2021

Source: cameroun-muntunews.com

'La France ne laissera jamais le Cameroun disposer totalement de son destin'

Le 07 juillet 2016, le quotidien Le Jour rappelait la position du Père Engelbert MVENG (SJ) relativement au lien qu’entretiennent la France et le Cameroun.

« La France ne laissera jamais le Cameroun disposer totalement de son destin. Elle interviendra toujours au Cameroun, avec la brutalité qui a caractérisée sa colonisation, lorsque ses intérêts seront menacés dans notre pays », peut-on lire dans les colonnes du journal bleu.

Près de trois décennies après le départ du prêtre jésuite, les faits continuent de lui donner raison…
« C’est un secret de polichinelle que de dire que le ministre des Affaires étrangères joue d’une grosse influence au Palais d’Etoudi. » Cette phrase est celle de M. Sébastien NADOT, Député français de la Haute-Garonne (sud de la France).

Il répondait, le 9 mars dernier, aux questions d’un journaliste en service au quotidien Le Messager. C’était au sujet de son appel lancé à M. Jean-Yves LE DRIAN, Ministre français des Affaires étrangères, relativement à la situation sécuritaire des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

Dans son interpellation, le Député français avait ouvertement accusé la France de soutenir le régime de Yaoundé et partant, d’entretenir la mainmise de l’Élysée sur Étoudi.

Un an plus tôt, sur la même question et dans les mêmes conditions, le Chef de la Diplomatie française répondait que « Le Président du Cameroun s’est engagé sur la voie de la décentralisation » et qu’« il y a eu, à l’initiative des autorités, un grand dialogue national qui s’est tenu à Yaoundé ».

Rebondissement. Le 4 mars dernier, dans l’espoir de mettre fin à cette escalade d’accusations dont M. NADOT accablait la France, le Ministre de l’Europe a envoyé une correspondance à ce dernier.

Il y a réitéré que « la France reste convaincue que l’issue de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne peut être que politique et qu’elle suppose notamment un dialogue inclusif, y compris avec l’opposition, et la mise en œuvre du statut spécial des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et de la décentralisation, qu’elle s’est engagée à appuyer. » Par cette lettre, M. LE DRIAN souligne les insuffisances du Grand Dialogue de Yaoundé.

Mais comment comprendre le silence de Paris face aux voix qui se sont élevées pour dénoncer les irrégularités ayant entaché ce « Dialogue National », au détriment des principaux concernés ?

Plus encore, il n’y a rien de plus contradictoire que de relever la liberté du peuple camerounais quant au choix de la forme de l’État et de s’engager en même temps « à appuyer » la mise en œuvre du « statut spécial » et de la « décentralisation ».

Ce faisant, la France semble ainsi déjà connaitre d’avance le résultat du dialogue politique entre camerounais sur la question de la forme de l’État, à savoir : rien d’autre que la décentralisation et un statut spécial pour les deux régions d’expression anglaise.

Quelque soit ce qui sera mis en évidence lors d’un tel dialogue politique, Paris semble coûte que coûte vouloir influencer son issue, selon ses intérêts.

Quand l’élève rend comptes au maitre
10 octobre 2019. Au sortir d’un tête-à-tête qu’il avait eu avec son homologue français, le Président M. Paul BIYA a accordé à la presse la primeur du contenu des échanges que les deux Chefs d’État avaient eus, laissant transparaitre l’impression de vassalité à laquelle continue d’être soumis le Cameroun vis-à-vis de la France.

« J’ai eu un entretien avec le Président Macron, nous avons évoqué évidemment les problèmes du fonds mondial de lutte contre la tuberculose, le palu et le VIH. On a abordé aussi quelques problèmes de coopération. Il m’a demandé comment s’est déroulé le grand débat, je lui ai fait un compte rendu du déroulement du débat, et puis on a fait un tour d’horizon de la coopération entre nos deux pays pour constater que cette coopération allait bien », a déclaré M. Paul BIYA.

Ces déclarations ont trahi, selon certains observateurs, la pression qu’avait subie le régime de Yaoundé de la part de la puissance coloniale. Certains ont estimé que l’organisation de ce Dialogue National avait augmenté, plus tard, le capital de sympathie de M. Paul BIYA auprès de M. Emmanuel MACRON.

Pour le politologue M. Pierre NKA, « le président est redevenu fréquentable…on a vu bien que le ministre français des affaires étrangères est arrivé à Yaoundé. Il est arrivé à Yaoundé au moment où le président de la République s’apprêtait aussi à aller à une autre grand-messe internationale : le sommet de Sotchi en Russie. »

Il s’agissait donc plus d’une opération politique de charme que d’une vraie tentative de résolution définitive du conflit armé qui continue de faire des victimes dans la partie anglophone du Cameroun.

Contradictions sur la question des résolutions issues du Grand Dialogue National
4 octobre 2019. Le Grand Dialogue National met la clé sous le paillasson. L’organisation conduite sous la houlette du Premier Ministre rend sa copie. Deux grandes annonces sont faites : la décentralisation connaitra un coup d’accélérateur et les régions anglophones auront leur « statut spécial ».

Tout s’est passé comme s’il avait suffi d’annonces pour résoudre la guerre engagée contre les groupes armés sécessionnistes, et comme il fallait s’y attendre, la montagne a accouché d’une souris. La libération de 333 personnes arrêtées dans le cadre de la « crise anglophone » et de 102 militants du MRC, et l’adoption d’un statut spécial a été perçue comme du saupoudrage.

Intervenant sur les antennes de la DW au lendemain de ces échanges, le politologue M. Stéphane AKOA, chercheur à la Fondation Paul ANGO Ela de Yaoundé a déclaré que « discuter de la paix, c’est discuter avec tout le monde », que « c’est un face à face avec toutes les catégories socio-politiques ou politico-militaires présentes dans le conflit. ».

Il pense qu’il n’en a rien été. « Pour l’instant, je crois que ce grand débat-là n’a pas eu lieu », a-t-il renchéri. Pour M. Eric CHINJE, participant du Grand Dialogue, « il fallait qu’on crée les meilleures conditions possibles pour ce dialogue. On ne l’a pas fait. »

Pourtant, jusqu’à ce jour, la France ne s’est aucunement offusquée de la poursuite des attaques dans cette zone comme elle l’a fait quand le groupe Bolloré était en passe de perdre la concession du port autonome de Douala.

Dans un article publié le 24 octobre 2019, l’ONG Survie a déclaré qu’il s’agissait ni plus ni moins d’un arrangement entre le pourvoir établi au palais de l’unité et l’Élysée.

« le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est précipité au Cameroun, les 23 et 24 octobre. Pour les Français, l’enjeu semble de rappeler à Biya qu’il peut compter sur la légitimation du « pays des Droits de l’Homme » s’il ne s’écarte pas trop des intérêts tricolores. », a écrit M. Thomas BOREL.

« Les Camerounais savaient déjà que le « Grand Biyalogue National » n’était qu’une farce, ils ont désormais la confirmation qu’elle a été co-écrite à Yaoundé et à Paris. » a conclu Survie.

L’alerte qui vient de l’Europe
Sous la pression internationale, la France rejette les accusations dont elle fait l’objet au sujet de l’autorité qu’elle exerce sur le Cameroun. Face à M. Yves LE DRIAN, le Député NADOT a laissé entendre que « le déni postcolonial français est très inquiétant ».

Il a argué que « ces vieilles méthodes de la Françafrique » mènent la France « dans le mur vis à vis de l’Afrique et l’Europe avec ».

Mme Rebecca TINSLEY, fondatrice de Network for Africa, quant à elle soutient qu’« Au Cameroun, le gouvernement français est également complice en maintenant un régime corrompu au pouvoir, ce même régime qui persécute les populations dans la région anglophone qui représente 20% de la population ».

Pour elle, Paris est complice des abus que Yaoundé impose aux populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. « J’ai écrit ma tribune parce que je voudrais attirer l’attention sur le rôle de la France qui supporte le président Biya au Cameroun. La France lui apporte son soutien parce qu’elle a des intérêts aussi bien économiques que militaires mais aussi parce que ses intérêts seront mieux protégés si le Cameroun est sécurisé », a-t-elle expliqué.

L’indépendance du Cameroun n’aura été qu’un trompe-l’œil. La France semble continuer à tirer les ficelles à Etoudi. Après 60 années « d’autonomie », le pays présidé par M. Paul BIYA reste « le meilleur élève de Mitterrand ». L’émergence d’un leader porté par le peuple aura peut-être le mérite de renverser la vapeur.

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