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xxxxxxxxxxx of Friday, 26 March 2021

Source: actucameroun.com

L’étrange destin de Paul Eric Kingue mort d’une maladie mystérieuse

Edouard Kingue, éditorialiste au quotidien Le Messager, dresse un portrait, du maire Njombe –Penja mort ce lundi.


Actu Cameroun vous propose ici, l’intégralité de son article.

J’arpente le bitume défoncé de ce tronçon de la souffrance et de l’esclavage centenaire. Je regarde ces bayam sélam hagards, assises, les pieds tendus, entre fruits et légumes. Un silence de douleur extenuée. Elles ont tellement pleuré quelles dansent maintenant, dans une posture inhabituelle ; les fesses trainant au sol humide, balançant les hanches. ‘Massasa’, la danse sawa, la danse de la mort…

…Mort sans préavis, on ne l’a pas vu partir. Inhumé dans les plus brefs délais, nous n’avons pas eu le temps de le pleurer a l’africaine. On se serait cru devant une dépouille embarrassante. Ni Moumie, ni Ouandie ni Um Nyobe. Pek était inénarrable. En ces temps troubles, le Covid 19 a bon dos. Faut-il alors craindre pour tout jeune qui ose se dresser contre le nouvel ordre ?


…je m’assoie sur une pierre de fortune devant une véranda lépreuse ou les gens se baignent de misère avec obstination. Derrière moi les cases sont alignées, lugubres. 30 ans, 40 ans dans ces minis cités de deux pièces. Ils ont été recrutés jeunes, robustes. Ils ont pris femme et élève une brigade d’enfants qui grandissant dans cette promiscuité, sont recrutés après une scolarité sommaire, dans les plantations de bananes.

…Combien sont-ils par foyer ? 5 ou 6 ? Les parents occupent l’unique chambre, avec 1 ou 2 petits derniers. Les ainés sont agglutinés au salon cuisine, comme des sardines frétillantes sur les feuilles de bananiers…

L’esclavage. Ces travailleurs sont religieusement tondus. Des salaires de misère ; des soins de santé sommaire… a leur compte ; la tuberculose ; les infections pulmonaires héritées de l’épandage par avions des insecticides pour protéger les saintes bananes qui rapportent des milliards sur le marché international. Interdit de toucher aux fruits maudits, sinon c’est la prison…

La mère de PEK y est passée au temps d’Ahidjo pour avoir refusée de céder ses champs destinés aux futures plantations. Suivi de Paul Eric qui avait ramené ce fief politique de l’Upc et ensuite du Sdf au …Rdpc. Pour le remercier, le pouvoir le jeta en prison. Il parlait trop ! Il revendiquait le payement des impôts locaux pour le bien être des populations. Mais la toute puissante multinationale qui nourri les pontes du régime l’a broyé comme un comprimé de paracétamol qu’elle distribue pour soigner les infections…

Mais du haut de ses dix ans, le messie avait jurée entre les interstices des barreaux ou sa mère pleurait dans le noir, de devenir un jour ‘criminologue’ et de la venger. Il deviendra homme politique. Maire…

Le messie de Njombe Penja était donc revenu, ressuscité ! Pour poursuivre le combat pour la justice sociale. Maintenant il en est mort…

Aujourd’hui orphelins, les populations de Njombe Penja, mais aussi de toutes ces contrées qui réclament justice pour le juste prix de la pouzzolane, pour l’or, pour le coton, pour le café, pour le cacao… Ces populations sont foutues. Le temps de reconstruire ce pays dans 50 ans au moins, il ne leur restera que la peau sur les os, si elles survivent aux pandémies.


…12ème enfant d’une famille de 12 enfants, son père était gardien de nuit et sa mère cultivatrice qui, pour améliorer le quotidien, vendait les beignets de maïs le soir à Penja. Son père est décédé alors qu’il a 7 ans. Les champs familiaux sont arrachés à sa mère parce que le gouvernement Ahidjo envisageait de créer une société de bananeraies qui s’appellera Organisation Camerounaise de la Banane (OCB).

Dès le bas âge, PEK est déjà révolté, car il ne supporte pas de voir sa mère dans une cellule…Devenu adulte, cet écorché vif réclame les fruits de la croissance confisquées par la multinationale des bananes. On le jette en prison.

Déjà, à l’université, il voulait organiser un festival de musique universitaire. L’Unesco est mis dans la confidence et débloque 150 millions CFA. Les ministres se bousculent au portillon pour lui arracher ce pactole. Choqué, l’Unesco retire ses billes. De guerre lasse l’étudiant, par un pur hasard propose le projet à l’université de Pretoria dont l’adresse est piquée dans jeune Afrique. Pretoria accepte de discuter du projet et lui envoie un billet d’avion. Le Fils de cultivatrice et de gardien de nuit embarque pour l’Afrique du sud…

« Nous vous avons fait venir parce que votre projet va nous permettre de fédérer dans un festival, les noirs, les blancs, les métis ». La première édition du Festival Interuniversitaire des arts et de la culture (Fuac) aura lieu en Juin 1995 sous la présidence de Nelson Mandela…

…Retour au Cameroun. L’Afrique du sud le nomme représentant de La South Africa Trade organisation (Sato) créée en 1996 avec pour mission de sensibiliser les entreprises camerounaises sur les opportunités qu’offre l’Afrique du Sud. Pek officie 7 ans à la Sato avant de démissionner et devenir importateur de salons en cuir sud-africain. Une autre histoire…


Epilogue

…Devenu prospère, il entre en politique, se fait élire maire de Njombe-Penja et fini en…prison. Le 8 février 2008, Paul-Eric Kingué est arrêté à son domicile et traduit en justice. La peine du tribunal sera lourde: la réclusion à perpétuité. Près de huit ans plus tard, après un long et pénible processus judiciaire derrière les barreaux, la Cour suprême annule le jugement.

Libre ? Pas pour longtemps. Arrêté au début de l’année dans le cadre des marches blanches organisée par le MRC, il repart au ‘Ngata’ pour un deuxième tour de neuf mois et libéré le 5 octobre 2019. Il reprend sous haute lutte son fauteuil de maire, met en route un projet de logement sociaux ; ouvre une chaîne de télévision axée sur l’éducation et… meurt lamentablement d’une maladie mystérieuse.

Le seul adversaire qui a réussi à mettre son dos a terre…

Edouard Kingue Avec Valgadine Tonga, Depuis Njombe Penja

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