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General News of Tuesday, 7 July 2020

Source: Cameroon Info

L'impressionnante biographie de l'ambassadeur du Cameroun en France

Le nouveau chef de la représentation diplomatique du Cameroun en France a un parcours particulier qui fait de lui un diplomate atypique.
André Magnus Ekoumou, âgé de 63 ans, a été nommé par le Président Paul Biya le 30 juin 2020, ambassadeur du Cameroun en France. Le successeur d’Alfred Nguini, est donc un retraité qui bénéficie d’une rallonge depuis de nombreuses années.

Mais du portrait, signé par Haman Mana, le patron du quotidien Le Jour, dans l’édition du 6 juillet 2020, on apprend plusieurs choses. Par exemple que ce titulaire d’un doctorat en droit public a connu tous les secrétaires généraux de la Présidence, de Titus Edzoa à Ferdinand Ngoh Ngoh.

Diplômé de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), M. Ekoumou y a eu pour enseignant un certain Maurice Kamto. C’est lui, apprend-on, qui avait proposé le nom de l’opposant dans le dossier Bakassi.

Le nouveau chef de la représentation diplomatique du Cameroun en France est aussi un fervent chrétien catholique, un sportif acharné et un fin connaisseur de vins, surtout de France où il a effectué son parcours universitaire.

Voici son parcours relaté par Hama Mana:

LE PARIS DE ANDRE MAGNUS EKOUMOU

Portrait. Le nouvel ambassadeur du Cameroun en France a fait de la patience un art de vivre. Lumière sur un personnage de l’ombre.

Le Président de la République du Cameroun vient de nommer comme ambassadeur à Paris, un homme qui s’y connaît en vins. Cela peut être un atout majeur pour un diplomate, lorsqu’on sait ce que représente ce produit pour la France.

La capacité de André Magnus Ekoumou à faire le distinguo entre le Pouilly-Fumé et le Pouilly-Fuissé, fait partie de ces avantages qui lui permettront sans doute, de se mouvoir avec aisance dans les méandres du Quai d’Orsay… Nous n’y sommes pas encore. Cependant, ceux qui ont eu cet homme à leur table un jour, (et ce n’est pas donné à grand monde, l’homme fuit les mondanités) savent que contrairement à la grande majorité des Camerounais de la «haute société» qui sont des «buveurs d’étiquette», lui est un véritable connaisseur. C’est une partie de son histoire, on y reviendra…

Même si le vin «réjouit le cœur de l’homme» comme le disent les Saintes Ecritures (on y reviendra aussi…), l’homme a une idée claire de sa mission: «Le Président de la République m’a dit: je vous envoie en mission à Paris pour rassembler les Camerounais et leur faire comprendre que le Cameroun a besoin de tous pour sa marche en avant». Et lui-même d’ajouter: «Paris est la mission diplomatique du Cameroun la plus prestigieuse, la plus importante, compte tenu de l’Histoire et des intérêts en jeu. J’y vais pour travailler. Cette ambassade est la maison du Cameroun. Je suis un républicain. S’il y a des républicains comme moi, nous nous y retrouverons.» Il n’en dira pas plus, même titillé sur la dernière actualité de cette ambassade, qui a atteint la rubrique «faits divers» de la presse et les posts «pour rire» des groupes WhatsApp. L’homme est un grand taiseux.

Sa silhouette est visible autour de Paul Biya depuis plusieurs années déjà, lors de toutes les audiences qu’accorde le Chef de l’Etat, aux diplomates et délégations étrangères. Dans les images souvent furtives à la télévision, l’homme est toujours là, sa haute silhouette cassée en deux, avec en main son carnet de notes et son stylo. Il «couvre», comme on dit dans le jargon de la maison, les audiences du Président de la République du Cameroun. En prêtant attention, on apercevra également ses costumes sobres, dans la plupart des conférences internationales auxquelles prend part Paul Biya, au deuxième rang, jamais loin du «chef»…

Un spécialiste de… Coopération décentralisée

Les «Ministres Plénipotentiaires» (son grade de diplomate) vont à la retraite à 55 ans. Il en a 63 et en était au dernier jour de sa quatrième prorogation lorsqu’il a été nommé au poste d’ambassadeur à Paris. «Le 30 juin, J’étais prêt pour rejoindre mes champs au village. (Nkadip, Mefou-et-Akono). Je dispose de quelques pieds de cacaoyers, Claire mon épouse, fait du manioc, on a de quoi s’occuper et de quoi se nourrir», ponctue l’ancien élève du C.E.S de Yaoundé… C’est l’histoire de l’enfant de l’école du Sacré-Cœur de Mokolo, (il fut enfant de chœur), qui se poursuit au Collège d’enseignement Secondaire de Yaoundé «C.E.S de Yaoundé, pas C.E.S de Ngoa Ekelle !» tient-il à préciser comme pour signifier le prestige de cet établissement mythique de la capitale du Cameroun, dont les murs ont abrité l’Ecole Primaire Supérieure, creuset de la formation de premiers cadres «Indigènes» du Cameroun, parmi lesquels Ahmadou Ahidjo et d’autres grands destins de la République.

Contrairement à quelques autres de ses camarades qui choisiront d’aller au Lycée Bilingue de Yaoundé (il se souvient de Ndoumbe Eboule, ambassadeur en Ethiopie décédé l’an dernier), il choisira le Lycée Général Leclerc. Il n’y achèvera pas son cycle: après un premier échec au Bac A4, petit dernier d’une fratrie de cinq dont quelques-uns s’étaient déjà installés en France, se fera aspirer vers la France par ses aînés.

Le jeune Camerounais, au milieu des Années 70 débarque en France, en région Champenoise pour achever son secondaire, avant d’entrer à l’université. Université de Reims Champagne-Ardennes. Il apprend le Droit en logeant chez un vigneron du cru. Dans sa famille d’accueil, comme les enfants de la maison, il aide pendant les vendanges et fait ses classes vinicoles. «En partant du Cameroun, je n’avais jamais bu une goutte de vin. Je ne pouvais pas y échapper: goûte à ceci, goûte à cela, j’ai fini par prendre le pli et à aimer. Je suis plus un dégustateur qu’un buveur. Et ma préférence, c’est le Bourgogne. Hélas, pour des contraintes liées aux conditions de voyage, il est difficile de trouver des vins de ce cru plutôt délicat ici chez nous».

Il finit par soutenir sa thèse en Droit public, avec pour thème «La coopération décentralisée: une nouvelle forme de relations Nord-Sud»; Il commence à enseigner comme assistant dans son université. «D’ailleurs je n’ai pas d’amis ici au Cameroun à cause de ce parcours universitaire à l’étranger», ponctue-t-il, comme pour expliquer sa non appartenance à quelque «club» ou «groupe», ou coterie que ce soit…

Pour L’amour d’une mère

Le regard de sa mère lui fera infléchir une trajectoire qu’il entrevoyait entièrement loin du Cameroun. «Je suis rentré pour des vacances. Et au moment du retour, ma mère n’a pas voulu m’accompagner à l’aéroport… Je revois son regard lourd et attristé de me voir repartir… Cette image m’a profondément marqué. Parti pour faire une carrière d’enseignant d’université en France, j’ai décidé de revenir au pays.»

Il présente le concours d’entrée à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun. Il est admis, troisième dans l’ordre de mérite. Le futur diplomate commence sa formation dans l’établissement alors en pleine transition de Louis Paul Ngongo à Peter Agbor Tabi… Il renoue avec le Cameroun et se lie d’amitié avec ses nouveaux camarades: Thomas Fozein par exemple, qui vient de France, avec le même cursus que lui, Thierry Ndoe Messi… Ils ont pour enseignants, entre autres, un certain Maurice Kamto. A la sortie de l’IRIC, le jeune cadre des affaires étrangères est affecté à la prestigieuse Direction des Nations-Unies. Là, il avoue avoir eu pour maître, Guy Lucien Sao, «Brillant diplomate, qui m’a appris le B.A Ba du métier: rédaction administrative, rédaction diplomatique…» Puis le jeune cadre tape à l’œil de Ferdinand Oyono, alors ministre des Relations Extérieures, qui de plus en plus, lui confie des dossiers directement, au grand dam de ses chefs hiérarchiques.

Ainsi est-il de ce jour de 1994 où il est réveillé en pleine nuit par son patron. «Le Nigéria vient de nous attaquer à Bakassi. Il faut faire un papier pour le Président de la République… ». Ndoumbe Eboule, Biakolo Biakolo Gaspard et lui sont les jeunes cadres sur lesquels s’appuie Ferdinand Oyono pour le pilotage de cette affaire de premier ordre. C’est ici que survient une révélation: «Maurice Kamto a été notre enseignant à l’IRIC. Il était brillant et avait déjà l‘expérience de certains dossiers concernant les questions de frontières. J’ai suggéré qu’il fasse partie de l’équipe, car on avait besoin de toutes les compétences et forces de notre pays. Il y a eu des réticences. Mais la Haute hiérarchie a tranché. Je me souviens de ce jour où, très tôt, à 6h30 du matin, je suis allé réveiller Maurice Kamto chez lui, derrière Total Nkomkana, pour lui remettre la lettre par laquelle il était commis dans ce dossier par le Président de la République»…

Cinq années au ministère de Relations Extérieures, puis, c’est l’affectation, à la Présidence de la République, comme Attaché. «Je suis un fonctionnaire, je vais là où on m’envoie et je fais le travail que l’on m’attribue, sans arrière-pensée» explique-t-il. A sa nouvelle destination au Secrétariat Général de la Présidence de la République, il voit passer le chapelet de «SGPR» qui se sont succédé: Titus Edzoa, Marafa Hamidou Yaya, Atangana Mebara, Laurent Esso, Ngoh Ngoh. Chacun l’utilisera à sa manière. Titus Edzoa et Marafa l’enverront tâter de la sécurité : pendant une quinzaine d’années, il s’occupera des affaires de la police, à la «Division des Affaires Spéciales». C’est Atangana Mebara qui le ramènera à son métier d’origine, la diplomatie. C’est depuis l’ère Ngoh Ngoh qu’on le voit depuis lors, couvrant les audiences diplomatiques de Paul Biya…

Sport-Eglise-Boulot-Dodo

Si l’on s’arrête au haut fonctionnaire appliqué mais effacé, on n’aura pas cerné le personnage. C’est ici que mérite d’être racontée sa relation avec Mgr Athanase Bala, évêque émérite de Bafia, décédé en septembre 2019, après avoir vécu pendant 17 ans dans le domicile de André Magnus Ekoumou. «Il est mort entre mes mains,» dit-il encore aujourd’hui plusieurs mois après, avec émotion… En fait il s’agit de l’histoire de l’affection particulière entre un jeune fonctionnaire et son cousin, vieil évêque à la retraite et un peu en rade suite à une prise en charge «un peu négligée» par son diocèse. Le vieil évêque est recueilli et installé dans la demeure de son cousin et bénéficie de toutes les attentions et soins. «Mon épouse Claire lui a aménagé un appartement, nous l’avons entretenu. C’est le lieu de remercier le Chef de l’Etat, qui, informé de la situation, pourvoyait en moyens. C’était un homme de caractère. Donc pas facile. Mais on vivait en harmonie, et, quoique de loin plus jeune, j’étais devenu son tuteur. Pour sortir, il me demandait la permission ! Lorsqu’il est décédé, c’est une partie de nous-mêmes qui s’en est allée», confesse aujourd’hui le catholique «pratiquant», comme on aime à le dire de nos jours…

Mais notre homme plus que pratiquant, est plutôt fervent: son chapelet ne le quitte jamais, dans l’une de ses poches. «Un jour, je devais voyager. J’étais presque sorti de la ville, en route pour Nsimalen, lorsque je me suis rendu compte que je n’avais pas mon chapelet sur moi. J’ai fait demi-tour, pour aller le chercher à la maison. Le paroissien de St Vincent Palloti de Nlongkak avoue ici avoir pour trois piliers de vie, la prière, la famille et le sport. Il fait partie des accros du Mont Febe, dont il effectue le parcours, tous les jours «sauf si je suis en voyage». Lorsque vous commencez l’ascension du mont Febe à 6h du matin et que vous pensez être allé assez tôt, c’est alors que vous rencontrerez la silhouette nonchalante du désormais ambassadeur du Cameroun en France dévaler la colline, sur le chemin du retour.

Son grand regret dans une vie qu’il estime bien accomplie, c’est de ne pouvoir jouer d’aucun instrument de musique. L’enfant d’Elig Effa a grandi sous les fenêtres de «Mangoh Bar» où évoluaient les Messi Martin et où de temps à autre, Ekambi Brillant venait en guest star. Mais sa préférence, c’est encore la musique religieuse et son coup de cœur, c’est la Chorale de Saint Vincent Palloti. «C’est elle qui a animé la cérémonie des obsèques de Maman», souligne t-il, avec un brin d’émotion pour cette femme, toujours. Le portrait maternel trône au beau milieu de sa maison. Pour un homme qui fait boulot-sport-église-dodo, il doit y avoir du temps pour lire: ces derniers jours, il a le nez dans «Un Hosana sans fin», le dernier roman de Jean d’Ormesson, achevé deux jours avant que l’écrivain ne s’éteigne, et publié à titre posthume. Des écrits qui rejoignent des thématiques qu’il explore en permanence: Dieu, la vérité, la Justice, la mort, l’absolu, l’Eternité… C’est à la fin, un esprit éclectique et surtout d’une grande subtilité, qui glisse d’un sujet à un autre, dit un mot et garde un sourire en coin, juste pour signifier à son interlocuteur qu’il en sait un bout sur le sujet, mais qu’il n’a pas besoin de s’étendre.

«Je n’avais pas un plan de carrière ! Je suis un rond-de-cuir, un fonctionnaire, rien de plus. Lorsque tu travailles avec le Président de la République, il faut être patient». Conclusion de l’homme qui, pendant de longues années, a pris des notes pour le Président, et s’en va sans doute à Paris pour faire la même chose, d’une autre manière. De l’ombre à la lumière, un pari à gagner.

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