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General News of Thursday, 15 October 2020

Source: Actu Cameroun

L’avocat qui s’était opposé à la libération d’Atangana Kouna limogé

Le ministre des Finances a rompu tout contrat avec Me Nchankou Njindam, avocat au barreau de Paris, qui était le chouchou de ce département ministériel depuis des mois. Histoire d’un homme en robe controversé.

Ce sera difficile de revoir Me Nchankou Ndjindam, avocat au. barreau de Paris, sur le banc des avocats de l’Etat dans les salles d’audience du Tribunal criminel spécial (TCS) et à la Cour Suprême. Celui qui était devenu le principal avocat du ministère des finances dans des dizaines de procédures judiciaires a été déconstitué.

Pour des raisons que Kalara ignore encore, le ministre des Finances (Minfi), M. Louis Paul Motaze, a décidé de retirer au plaideur l’ensemble des dossiers qui lui avaient été confiés. Cette décision, prise apparemment il n’y a pas longtemps, a produit ses premiers effets la semaine écoulée.

L’homme en robe noire, qui avait fait preuve jusqu’ici d’une pugnacité à la limite de l’acharnement à l’égard de M. Vamoulke et Abah Abah, a brillé par son absence lors de la dernière audience de leurs procès, le 9 octobre 2020 devant le TCS.

C’est au total une douzaine de procédures, parmi les plus importantes, encore pendantes au TCS, qui étaient dans le portefeuille de cet avocat qui n’a jamais décidé d’ouvrir un cabinet au Cameroun, alors qu’il y exerce l’essentiel de son activité professionnelle depuis de nombreuses années.

Me Nchankou Ndjindam était notamment constitué dans les « affaires opposant l’Etat du Cameroun à M. Emmanuel Leubou et autres, à Vamoulke, à Abah Abah et autres, à M. Atangana Kouna et autres, etc. 11 avait le mandat du ministre des Finances aussi bien devant le TCS que devant la Cour suprême. Selon les informations ch Kalara, le Minfi lui a demandé d’entrer en contact avec ses services pour obtenir le solde de ses comptes. Pour le moment, les dossiers retirés à l’avocat parisien n’ont pas encore trouvé de nouveaux preneurs.

La division des affaires juridiques et du contentieux de ce département ministériel assumera donc la tâche. Me Nchankou, qui voit son extraordinaire relation de travail avec le Minfi s’interrompre de façon brusque, apparaît au moins comme un personnage controversé. Plusieurs fois, ces derniers mois, au cours des audiences devant le TCS, cet avocat avait été attaqué par ses confrères qui lui reprochaient de n’avoir pas «élit domicile» dans un cabinet local, avant d’exercer.

Si au début de ses interventions au Cameroun l’avocat du Barreau de Paris s’appuyait sur sa consœur, Me Ngono Minyogog, pour mener son activité, la situation avait évolué au point où ses dernières lettres de constitution n’évoquaient pas le cabinet local dans lequel il avait élu domicile, au mépris de la loi. il y a quelques mois, certains de ses confrères avaient exigé que le TCS ne lui donne plus la parole tant que cette exigence légale n’était pas remplie ; il avait obtenu du ministère de la Justice la confirmation de sa constitution pour le compte de l’Etat (Voir Kalara numéro 344 du 23 juin 2020), écœurant ses adversaires son entregent.

Il y a deux ans, en 2018, peu après l’arrivée de M. Louis Paul Motaze, au ministère des Finances, Me Nchankou avait fait l’objet d’une dénonciation aussi bien au parquet général du TCS, que dans les hautes sphères de l’Etat il était accusé d’avoir reçu (indûment) d’importants paiements du Trésor public (indus).

«Me Nchakou a bénéficié d’importants paiements, notamment des sommes de FCFA 16.500.000 et FCFA 165.249.000 autorisés par deux décisions signées du ministre Motaze, …le 28 mars (2018), au prétexte du suivi’ de 11 affaires judiciaires pour le compte de l’Etat du Cameroun, particulièrement au TCS. Ces paiements sont fictifs, pour les uns, ou doubles, pour certains autres.

Ils sont dans tous les cas surévaluées», lisait-on dans cette dénonciation anonyme dont Kalara avait reçu copie. Alors même que l’homme en noir avait attrait l’Etat du Cameroun devant les tribunaux parisiens, dans la revendication des honoraires que le prédécesseur de M. Motaze avait qualifié d’indus, cette dénonciation n’avait pas perturbé le moins du monde sa relation professionnelle avec le Minfi. Et aucune enquête n’était ouverte malgré les graves accusations contenues dans ce document explosif.

Cette situation a-t-elle fait pousser des ailes à cet avocat ? Il y en a qui le pensent. Il paraissait, ces derniers temps, très influent au point de ramer à contre-courant des intérêts ou des instructions du ministre de la Justice, M. Laurent Esso. Il y a quelques mois, il avait littéralement pris le contre-pied du parquet général près le TCS au sujet d’une demande d’arrêt des pousuites introduite pour l’ancien ministre Basile Atangana Kouna.

Fort des instructions du garde des sceaux, favorable à la remise en liberté de l’ancien ministre, qui sollicitait que le tribunal autorise que des scellés soient levés sur ses comptes et qu’il restitue les sommes au cœur de son procès, le représentant de l’Etat s’était battu bec et ongles pour pousser les juges à prendre acte des instructions du ministre de h Justice. Mais, Me Nchankou s’était vigoureusement opposé à une telle issue, estimant que le parquet voulait induire les juges en erreur.

Finalement, le trio de juges avait décidé de joindre la demande de l’ancien ministre au fond, c’est-à-dire d’ajourner sa décision jusqu’à la fin du procès. Désemparé devant cette perspective, le magistrat du parquet avait promis de «rendre compte à qui de droit», c’est-à-dire à Laurent Esso. L’avocat s’était-il mis le garde des sceaux sur le dos depuis lors ? Difficile d’avoir une réponse.

De toutes les façons, Me Nchankou s’est encore retrouvé dans un dossier où le ministre de la justice était plus ou moins concerné. L’un des auteurs d’un tract accusant le cabinet de M. Esso d’avoir été le lieu d’un marchandage odieux des postes et des promotions en grade, la veille de la tenue de la dernière session du Conseil supérieur de la magistrature.

Conseil de M. Bavindi Etienne, présenté comme «membre de la famille présidentielle», l’avocat du Barreau de Paris avait stigmatisé ce qui lui apparaissait comme une vengeance du parquet contre son client, coupable d’avoir dénoncé les dérives du corps de la magistrature.

Il n’avait pas directement indexé le ministre de la justice dans sa plaidoirie. Mais, au moment où le verdict de cette affaire a été rendu, le 5 octobre 2020, le ministre des Finances avait déjà décidé de retirer ses dossiers à Me Nchankou. On attend encore de savoir réellement pourquoi.

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