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General News of Monday, 9 November 2020

Source: Actu Cameroun

L’Enam et les quotas à la Fonction Publique

Lazare Bela, Ph. D. ; Ingénieur statisticien économiste

Chaque année, la liste des admis à l’Enam fait abondamment jaser. Et si c’était l’alarme que le Cameroun n’emprunte pas le chemin de l’émergence !

On lit dans la presse que l’Enam est une école prestigieuse. En France qu’on copie, les grandes écoles dispensent une formation solide à l’élite. Seuls des bourreaux de travail sur plusieurs années de présélection et de préparation réussissent aux concours d’entrée ; on a même reproché à certaines d’exiger plus de connaissances que nécessaire pour la formation, juste pour attirer les brillants candidats recalés à l’entrée des plus célèbres écoles comme « Polytechnique ». Les résultats à l’emporte-pièces du concours d’entrée à l’ENAM sont loin de ce pres-tige-là.

A leur publication, le débat sur les quotas par région ravit la vedette. Des enfants de familles qui n’étaient pas réputés studieux et surdoués jusque-là, raflent soudain plusieurs places. Des lauréats amers de ne pas être envoyés rejoindre la fratrie aux études à l’étranger, n’ont pas su comment faire pour échouer au concours ! Qualifier de prestigieuse une école qui recrute de tels rejetons, participe de l’inversion des normes qui fait admirer les déviances de toutes sortes.

Au contraire des autres grandes écoles, l’ENAM est jalouse de ses tares congénitales. Elle n’a pas été exorcisée depuis la mort d’un Ministre de la Fonction Publique le jour où il avait remis les diplômes en critiquant l’admission des titulaires du Bacc et du Bepc pour le même cursus. Cette malédiction impose une administration de notes de services creuses, dont l’inaptitude à s’attaquer aux problèmes concrets fait le lit du déni et de l’autoritarisme.


Qu’enseignent les champions ?

On croyait à l’effondrement de la Chine parce qu’une économie ne peut réaliser indéfiniment sa croissance d’alors à deux chiffres. Son atterrissage en douceur donne raison aux gens avisés qui avaient relevé que, ses dirigeants étaient des ingénieurs formés pour affronter les problèmes. Au Cameroun, l’évaluation est réduite à la consommation des crédits, les délais d’exécution des projets sont élastiques.

Le Cameroun était au même niveau de développement que la Corée du Sud à qui il avait prêté l’argent dans les années 60. Le PIB par habitant sud-coréen est rendu environ 25 fois le sien. Cet écart est une estimation du coût réel, dans le jargon des économistes, du coût d’opportunité des politiques économiques, des opportunités pas saisies, des emplois détruits en privilégiant le partage des rentes par cooptation régionale, au lieu de créer les richesses qui ruissellent dans tout le pays. Les revendications identitaires dont les quotas, sont une lutte par d’aspirants bénéficiaires de ce partage attardé.


L’aide massive des Etats-Unis à la Corée du Sud n’explique pas tout. Sous régime néo colonial, le Cameroun pouvait mieux négocier les compensations en les chiffrant. Il fallait pour cela une administration compétente. La Côte d’ivoire et le Sénégal s’en tirent bien mieux. .

Si la trajectoire sud-coréenne avait été suivie, la crise anglophone, guerre perdant-perdant du mal vivre, n’existerait pas. Saisir toutes les opportunités implique une administration éclairée et compétente, qui aurait spontanément trié et tiré profit des éventuels atouts de chaque héritage colonial.

Les camerounais n’émigrent pas en Allemagne, en Chine ni même en Angleterre ou en France, pour y faire valoir leur héritage francophone ou anglophone. Quelle est cette bataille à mort interminable pour ce que les colons ont imposé aux uns et aux autres, quel déracinement !

Les bandits s’engouffrent dans les troubles sociaux, comme le tétanos dans la plaie quelle que soit la cause de la blessure. La bonne gouvernance, c’est aussi l’hygiène sociale. Seule une administration compétente peut être au service de la population au lieu de l’indisposer ou de la brimer, et ainsi faire activement ou passivement le terreau des troubles. C’est étrange de voir venir tout ça sans le contrer en amont.

Les défis que l’administration de développement doit relever sont énormes. La capacité à les relever, doit donc être le critère de recrutement. L’emploi public ne saurait être une aide sociale dans un tel contexte, ça crée un autre problème sérieux d’équité entre les nombreux nécessiteux et les chômeurs d’une part, et ceux qui sont embauchés d’autre part. On trouve des étrangers conseillers techniques voire ministres dans les pays qui ne se portent pas moins bien. Quand on est jugé aux résultats, on ne s’entoure pas de proches. Les électeurs, les contribuables voteraient en connaissance de cause, pour des prestations étatiques de qualité et contre lesdits quotas.

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