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General News of Saturday, 19 December 2020

Source: Cameroon Info

Justice : un cadre du RDPC fait condamner deux journalistes pour diffamation

C’est le verdict rendu par la Cour d’Appel du Centre dans le procès qui oppose Kalara, le journal de notre confrère, à Me Faustine Fotso, avocate et ancienne députée du RDPC, le parti au pouvoir.
Deux ans de prison avec sursis et une amende de plus de 3,9 millions de FCFA à l’encontre de Christophe Bobiokono ! La Cour d’Appel du Centre s’est prononcée le vendredi 18 décembre 2020 dans l’affaire qui oppose Kalara, le journal dont notre confrère est le promoteur, Irène Mbezele, une de ses collaboratrices, et Maître Faustine Fotso, avocate et ancienne députée du RDPC, le parti présidentiel.

Bobiokono et Mme Mbezele ont été reconnus coupables de «diffamation» et «outrage à corps constitué», pour avoir diffusé un enregistrement sonore dans lequel la plaignante se vantait d’influencer la justice. Ils ont été condamnés à la même peine de prison avec sursis, à savoir deux ans. Par contre, Irène Mbezele écope d’une amande de plus de 1,5 million de FCFA.

Dans un communiqué publié ce 19 décembre, Reporters Sans Frontières (RSF) «dénonce un simulacre de justice visant à tuer un journal d’investigation».

«Droits de la défense systématiquement violés, infraction non constituée, amendes exorbitantes… La liste des violations du droit à un procès équitable est aussi longue que celle des artifices utilisés pour se débarrasser de Kalara», énumère l’ONG de défense des droits des journalistes.

Contacté par RSF, Christophe Bobiokono a indiqué sa volonté de saisir la Cour Suprême, ultime recours sur le plan national.

Ci-après, le communiqué de RSF :

RSF dénonce un simulacre de justice visant à tuer un journal d’investigation

Alors que la peine visant un très sérieux hebdomadaire consacré aux affaires judiciaires camerounaises vient d’être alourdie dans un procès en appel, Reporters Sans Frontières (RSF) dénonce sans réserve une justice complice de manœuvres qui n’ont d’autre but que d’empêcher cette publication de poursuivre son travail d’investigation.

Droits de la défense systématiquement violés, infraction non constituée, amendes exorbitantes… La liste des violations du droit à un procès équitable est aussi longue que celle des artifices utilisés pour se débarrasser de Kalara. Ce vendredi 18 décembre, Christophe Bobiokono, le directeur de publication de ce très sérieux hebdomadaire d'investigation camerounais spécialisé dans les affaires judiciaires, a vu sa peine alourdie dans un procès en appel qui s’est tenu dans des conditions aussi rocambolesques qu’en première instance. Le journaliste a écopé de deux ans de prison avec sursis et de 6080 euros d’amende pour diffamation et outrage à corps constitué. La journaliste Irène Mbezele a elle été condamnée à la même peine de prison assortie de 2300 euros d’amende. Tous deux sont poursuivis par Faustine Fotso, une avocate qui était députée du parti au pouvoir au moment des faits incriminés.

Officiellement, l’origine de l’affaire remonte à la publication de deux articles datant d’octobre 2018 et relayant les propos qu’aurait tenus Faustine Fotso au cours d’un dîner. S’appuyant sur un enregistrement de sa conversation à son insu par l’un des convives, le journal relate les manœuvres qu’elle aurait utilisées pour influencer la décision des juges, dont le magistrat Joël Albert Bias, dans un dossier opposant deux responsables politiques de la même famille.

Il y a un an, le premier procès contre Kalara, dont les débats s’étaient déroulés de manière expéditive pendant la nuit, avait déjà abouti à une improbable condamnation. Il était alors présidé par Joël Albert Bias lui-même et ce, alors que sa probité avait justement été mise en cause par Faustine Fotso dans la conversation dont Kalara s’était procuré l’enregistrement. Autre fait notable, l’un des témoins présentés par l’ancienne députée avait malgré lui fragilisé son ancienne patronne en confirmant que cette dernière avait bien tenté de corrompre les journalistes en leur remettant de l’argent lorsque ces derniers étaient venus à son cabinet pour lui demander des explications sur ses propos.

Une pièce clé du dossier écartée

Lors du procès en appel le 4 décembre dernier, l’audience pour examiner le fond de l’affaire s’est déroulée en l’absence des avocats des journalistes, en grève ce jour-là. Les journalistes avaient pourtant expressément demandé un report. Dans ce contexte, ils n’ont pu faire valoir tous leurs arguments et toutes les pièces les disculpant.

Plus grave encore, un procès-verbal a été volontairement écarté des débats. Il s’agit d’un constat d’huissier que RSF a pu consulter. Il avait été établi par la plaignante Faustine Fotso, avant même que des poursuites soient initiées contre les journalistes. Elle reconnaît dans ce document avoir tenu la conversation aux mains des journalistes et tente même de s’en expliquer. A aucun moment elle ne nie être la personne ayant tenu ces propos. Cette seule pièce, établie sous huissier, démontre incontestablement l'innocence totale des journalistes de Kalara.

“Par deux fois, les juges camerounais se sont rendus complices de poursuites et d’accusations complètement infondées qui ne visent qu’à empêcher ce journal de poursuivre ses enquêtes, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. A l’issue d’une affaire qui aurait dû se solder rapidement par un non-lieu, la survie du journal, cible incontestable de toutes ces manœuvres, est menacée. Quant aux deux journalistes, ils se retrouvent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête et risquent à tout moment d’être incarcérés s’ils ne payent pas les très lourdes amendes auxquelles ils ont été condamnés.”

Joint par RSF, Christophe Bobiokono a annoncé son intention de porter le dossier devant la Cour Suprême, ultime recours et dernier espoir de mettre fin à cet acharnement afin que le droit soit dit et que son journal puisse poursuivre son activité.

Le journal Kalara, qui suit au jour le jour les grandes affaires criminelles du Cameroun, est une publication de référence dans ce pays et même un exemple unique de presse spécialisée sur l’actualité judiciaire en Afrique centrale. L’hebdomadaire se fait notamment régulièrement l’écho des nombreuses irrégularités qui entachent le procès contre Amadou Vamoulké, l’ancien directeur général de la radio télévision publique camerounaise (CRTV) placé en détention provisoire depuis quatre ans et demi et dont le procès fleuve n’avance pas, faute de preuve. Ce journaliste, également défendu par RSF, vient de comparaître pour la 50e fois cette semaine et a déjà passé plus de 1600 jours en prison sans avoir été jugé.

Le Cameroun figure à la 134e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

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