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General News of Tuesday, 4 February 2020

Source: dailynewscameroon.com

'Je ne comprends pas qu’il soit toujours président'

« Je ne comprends pas qu’il soit toujours président. Il est au pouvoir quasiment depuis ma naissance. C’est ridicule. Pourquoi les Camerounais acceptent-ils cela? Si au moins le pays était stable, bien gouverné, avec des régions égales les unes par rapport aux autres et un faible taux de chômage, si au moins c’était un pays où règne l’ordre public et où sont assurées une santé et une éducation de qualité… Mais ce n’est pas le cas » dixit l’écrivaine nigériane dans une interview publiée ce dimanche 2 février 2020 dans l’hebdomadaire Jeune Afrique.
C’est un entretien à bâtons rompus que la célèbre romancière, Chimamanda Ngozi Adichie a accordé à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

L’intervieweur a cherché à savoir pourquoi la féministe engagée, est particulièrement intéressée par le Cameroun ces derniers temps au point de publier il y a quelques mois dans le célèbre journal américain le New York Times, « une tribune au vitriol sur la crise anglophone au Cameroun ».

« Parce que j’ai un ami proche qui vit en région anglophone. J’avais été très inquiète de ne pouvoir le joindre après la longue coupure d’internet, des images du conflit me parvenaient et, bien sûr, je lisais les journaux et j’enrageais de voir tant d’abus de pouvoir. Le cas du Cameroun m’a brisé le cœur et je voulais que les Américains sachent ce qui s’y passe » a-t-elle expliqué avant de s’épancher sur le président Paul Biya, l’homme de 87 ans qui dirige le Cameroun depuis 1982.

« Je ne comprends pas qu’il soit toujours président. Il est au pouvoir quasiment depuis ma naissance. C’est ridicule. Pourquoi les Camerounais acceptent-ils cela? Si au moins le pays était stable, bien gouverné, avec des régions égales les unes par rapport aux autres et un faible taux de chômage, si au moins c’était un pays où règne l’ordre public et où sont assurées une santé et une éducation de qualité… Mais ce n’est pas le cas. Ce n’est pas mieux au Nigeria: près de 200 millions de personnes sont menées à la baguette par une toute petite minorité. Nos dirigeants ont réussi à nous endormir, sans quoi les gens descendraient dans la rue et n’en repartiraient qu’après avoir obtenu leur départ » a déclaré l’écrivaine âgée de 43 ans.

Relancée sur la crise anglophone, Chimamanda Ngozi Adichie s’insurge contre la mollesse de la réaction de la France.

« Cela me contrarie que les États-Unis donnent de la voix bien plus que la France, laquelle ne peut ignorer ce qui se passe réellement. Mais c’est dans l’ordre des choses, après tout: Paris a une longue tradition de soutien aux dictateurs en Afrique francophone. Paul Biya est responsable de la situation qui prévaut dans son pays, certes. Mais aurait-il tenu aussi longtemps s’il n’était pas soutenu par la France? Et cela vaut pour d’autres présidents francophones. Tant que nous n’aurons pas un débat franc et ouvert sur ces questions, nous n’aurons pas de leçon de démocratie à recevoir de Paris. Mais personne ne veut en parler. À la place, on évoque la corruption en Afrique, l’envoi des troupes françaises au Sahel… D’ailleurs, j’ai été offusquée de voir que la France convoquait des dirigeants africains [à Pau, le 13 janvier], que ceux-ci se mettaient sur leur trente-et-un et y allaient le plus naturellement du monde. C’est ridicule! » s’est exclamée celle qui a été classée il y a deux ans par Jeune Afrique, au deuxième rang des 50 Africains les plus influents.

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