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Actualités of Tuesday, 17 August 2021

Source: Le Messager

Insécurité: le Cameroun assis sur les cocktails Molotov

Les jeunes dans un quartier de Douala Les jeunes dans un quartier de Douala

Zoom sur la semaine qui s’est achevée a exposé dans toute sa dureté l’effroi qui va avec la volatilité des faits d’insécurité au Cameroun.

Appelons cela des faits isolés pour nous donner bonne conscience. Tant mieux si cela peut flatter nos attentes calculées et égoïstes. Tant mieux encore si ce qui est appelé volatilité n’est qu’un épiphénomène. A Ngousso, dans la ville de Yaoundé, une vidéo virale sur les réseaux sociaux présente une scène surréaliste. Un policier se tient devant une berline blanche, et demande visiblement au conducteur de lui présenter les documents dans le cadre des missions régaliennes de la police. L’usager vissé au volant de son véhicule n’ose obtempérer. Un temps, il bouscule le policier avec son véhicule, cherche et réussit à le renverser et roule sur lui. Il accélère et s’en va comme s’il avait traversé sur un morceau de bois en travers de la chaussée, dans la stupeur totale. Un signe qui dit long sur le degré de la putréfaction de l’autorité des personnes incarnant la puissance publique au sein de notre société. Un adage bien inspiré de la Bible dit que la crainte du gendarme ou de l’homme en tenue tout court, est le commencement de la sagesse.

Notre société est-elle donc en train de devenir stupide et idiote ? Dans toutes les Nations où la guerre civile a fait des ravages, l’indice premier qui indique les premières secousses du volcan, a toujours été la banalisation de l’autorité, l’émasculation de la puissance publique. C’est toujours de cette manière que les sociologues et les polémologues avertis voient venir les déflagrations les plus meurtrières au cours du temps. Que ce soit lors de la guerre civile au Congo Brazzaville, au Tchad ou en Côte d’Ivoire pour ne citer que quelques cas, l’image du policier d’abord et des hommes en tenue était copieusement brocardée. De ce point de vue, la faillite de la force et de la crainte qu’inspire la tenue est une grave et mauvaise augure. Mais nos hommes sont-ils pour autant indemnes de tout reproche? Ne prêtent-ils pas rapidement le flanc à toutes sortes de dérives ?

Et pire encore, on attend avec fermeté le sort qui sera réservé à ce citoyen fou qui a cru devoir rouler sur un homme en tenue. La gâchette facile Alors qu’on se lamentait encore pour la désinvolture de Ngousso, cela aurait pu être n’importe où sur le territoire national, que Bana dans le Haut-Nkam se mettait en évidence de la plus sinistre des manières.

Un homme en tenue, au cours d’un litige foncier dans le village du défunt Kadji Defosso de regrettée mémoire, va sortir son arme et abattre froidement un jeune homme. Stupéfaction totale doublée d’une incompréhension. A supposer même que la victime était en possession d’une arme blanche comme une machette, n’y avait-il pas une possibilité de le blesser à tout au plus pour le désarmer? Comment expliquer cette affection morbide des hommes en tenue à ôter la vie des citoyens. Récemment c’était à Bafoussam. Une dame en tenue surprend des jeunes en pleine partie de cartes. Au moment où les jeunes gens fuient dit-on par peur de la gendarmette, elle dégaine et tire à bout portant sur le jeune étudiant de médecine. Ce dernier s’écroule et meurt sur le champ. La suite, on la connait..

Comme à Bana, il n’y aura pas une publicité pédagogique dans le sens de discipliner les empressés de faire feu sur tout ce qui bouge. Après l’accident, le préfet du Haut-Nkam a appelé au calme, reconnaissant déjà au passage une bavure policière. Acte. Mais quelle est la suite? Toute la ville de Bafang a vécu un week-end des plus tendus suite à cette bavure policière. En multipliant de telles bévues, il va sans dire que les hommes en tenue agrandissent un peu plus à leur manière, le fossé qui les sépare de la population. Et c’est là l’autre indice mortifère à la paix dans un pays. Il n’y a rien d’aussi grave de savoir une population qui travaille en intelligence avec l’ennemie de la force publique. Et au forceps, on est obligé de l’admettre, le désespoir entre les hommes en tenue, pris globalement et la population vient précisément de cette rupture. L’acte infâmant de Bana, l’ignominie de l’agent public est un sacrilège auquel la République ne saurait s’accommoder très longtemps. Encore moins la désinvolture maléfique des citoyens à l’endroit du gendarme. Et tout le monde l’aurait compris que la déflagration chasse la paix, encore plus quand elle vient des cocktails Molotov.

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