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Opinions of Friday, 23 April 2021

Auteur: Boris Bertolt

'Il y a quelque chose de dégoûtant dans cette photo de Macron au Tchad'

Emmanuel Macron au Tchad Emmanuel Macron au Tchad

Je sais. Il y a quelque chose de dégoûtant dans cette photo d’Emmanuel Macron au Tchad. Elle a une profonde dimension coloniale. Elle est humiliante. Mais derrière cette manœuvre, il y a un homme, dont on ne parle pas beaucoup. Pourtant il est le principal architecte de la politique française d’Emmanuel Macron: Jean Yves Le Drian, son ministre des Affaires Étrangères. C’est lui de dos sur la photo.

Sa présence à ce poste depuis François va marquer le retour de la politique sécuritaire de la France en Afrique avec une augmentation des terrains d’intervention dont l’opération Serval au Mali est la plus emblématique. Il y effectuera près de 40 voyages.

Celui qui deviendra par la suite ministre des Affaires Etrangères sous Emmanuel Macron est originaire de Bretagne, tout comme les bretons Vincent Bollore et Pierre Castel des patrons respectivement propriétaires en Afrique du groupe Bollore et des Brasseries. Des entreprises très liées au régime de Paul Biya depuis des décennies. Si Paul Biya ne fait pas partie officiellement de ses proches, n’en demeure pas moins que les liens affectueux que Le Drian entretient avec des dictateurs africains sont connus. Parmi ses amis, le président congolais, Denis Sassous Nguesso qui joue parfois le rôle d’intermédiaire auprès de lui pour ses homologues africains ou Idriss Deby dont il apprécie « la modestie » du domicile qui selon lui est « moins bien que l’ambassade de France ».
C’est donc évident que le patron du Quai d’Orday ne peut rien faire pour embarrasser Yaoundé dans ses violations régulières des droits de l’homme et le bafouement de la démocratie. Il est d’ailleurs un partisan des successions dynastiques.

Tout comme ce fut le cas au Gabon, pays voisin du Cameroun dans la sous-région Afrique Centrale. En effet, le 20 mars 2019 , Jean-Yves Le Drian répond aux questions des députés français de la commission des affaires étrangères. Bruno Fuchs l’interpelle sur le Gabon, où le président Ali Bongo a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) le 24 octobre 2018 en Arabie saoudite, puis transféré pour sa convalescence au Maroc. Il sera absent de son pays pendant 5 mois. Le député français veut savoir s’il y a vacances de pouvoir dans le cas contraire et combien de temps cette « présidence à distance » pourrait durer. La réponse de Le Drian est la suivante : « Le gouvernement gouverne, la nouvelle Assemblée nationale issue des législatives a été installée ». Aussi, peut-il ajouter : « Le président Bongo a été victime d’un AVC, il se remet au Maroc et on peut espérer qu’il pourra reprendre ses activités normalement. Il a été élu, l’Assemblée nationale a été élue, il y a un gouvernement, les institutions fonctionnent.

La réalité est celle-là. » Cependant, dans la retranscription officielle sur le site du ministère des affaires étrangères, ces trois dernières phrases ont disparu. Jean Yves Le Drian reconnaissait la victoire pourtant contestée d’Ali Bongo.

Le Drian va tout faire pour installer le fils de Idriss Deby au pouvoir et s’il le pouvait il en ferait de même avec Franck Biya au Cameroun. C’est l’incarnation de la françafrique originale.

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