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Actualités of Tuesday, 13 July 2021

Source: Le Messager

Homosexualité: entre dépravation des mœurs et insoutenable dépénalisation

Le débat sur l’acceptation de cette 'abomination' fait fureur Le débat sur l’acceptation de cette 'abomination' fait fureur

Dans un environnement marqué par la mondialisation et la polémique de plus en plus vive sur l’orientation sexuelle de certains jeunes camerounais motivés par les injonctions internationales au respect des minorités sexuelles et le rejet local de ces injonctions, le débat sur l’acceptation de cette « abomination » fait fureur.

Philippe Fomo Kuissi est un jeune camerounais dont les résultats scolaires forcent l’admiration. Alors qu’il vivait sous un même toit avec un homme qu’il croyait être son père, l’épouse de ce dernier lui infligeait régulièrement des sévices en son absence. Jusqu’au jour où il va apprendre de la voisine que ces deux personnes avec qui ils partagent sa vie ne sont pas ses parents et qu’il avait été seulement été adopté. Une révélation troublante pour le jeune homme qui va réaliser qu’on ne lui a pas dit toute la vérité.Les menaces de sa marâtre ne vont pas pour autant cessées et informé de la torture que son « rejeton » endurait, celui qui se faisait appeler « papa » va décider de l’envoyer à l’internat dans le département de la Mefou et Akono, région du Centre.

Une fois à l’internat subdivisé en deux (garçon et fille Ndlr), « je me fais de nouveaux amis. Chemin faisant, je vais engager une relation amoureuse avec l’un d’eux. C’est alors qu’on va commencer par s’embrasser chaque fois qu’on se rencontre à l’heure de prendre le bain. Cela va devenir courant au point où on s’y plaît tous les deux. Un jour lors d’une fête de fin d’année, on va franchir le Rubicon en s’embrassant en public. Nous sommes repérés par certains de nos camarades qui vont vendre la mèche aux encadreurs », raconte Fomo Kuissi pourtant doué sur le plan scolaire.

C’est ainsi que les deux infortunés sont traduits au conseil de discipline et leurs parents convoqués. La sentence est sans appel : les deux tourtereaux sont virés de l’établissement pour atteinte à la pudeur et pratiques contre- natures.

C’est à ce moment que le calvaire du jeune Kuissi qui est également répudié de la maison sans autre forme de procès. L’entourage sera par ailleurs informé de son « forfait » que le père assimile à de la trahison.

L’affaire Shakiro

Devenu la risée du quartier, partout où il passe, il est pointé du doigt. Il n’a plus d’amis et ne peut fréquenter les autres jeunes de son quartier parce que considéré comme un paria. Dégouté par la vie et exaspéré, le jeune homme va faire la connaissance d’un pasteur à qui il explique son problème.Touché par l’histoire de cette âme en peine, l’homme de Dieu décide de l’héberger dans son église en lui recommandant la prière comme réconfort et salut. Informé de son nouveau logis, l’oncle de Philippe va piquer une colère et proférer des menaces à son bienfaiteur puisqu’il abrite sous son toit, « un enfant indigne qui mérite la mort ».

Un jour en pleine prière, un groupe de moto-taximen entre à l’Eglise et vont copieusement bastonner Kuissi, le laissant pour mort. Le pasteur va alors le transporter dans une clinique pour suivre des soins. Il y passe environ une semaine et à sa sortie, son « ange gardien » le conseille de quitter le pays. Non sans lui remettre une forte somme d’argent.

C’est ainsi qu’il se retrouve en Guinée équatoriale, y passe 48h et s’envole pour l’Espagne par l’entremise d’un contact. L’histoire de Philippe Fomo Kuissi est semblable à celle de beaucoup de jeunes camerounais.

Au pays de Paul Biya, l’homosexualité est un délit.

A preuve, après seulement trois mois de détention provisoire à la section masculine de la prison centrale de New-Bell, Loïc Njeukam alias « Shakiro » et Roland Mouthe dit « Patricia », deux personnes transgenres populaires dans la capitale économique Douala, ont été condamnées à cinq ans de prison ferme et 200 000 Fcfa d’amende.

Interpellés le 5 février 2021 dans un restaurant de Douala, alors qu’ils étaient vêtus de vêtements typiquement féminins, les deux hommes – qui n’ont pas changé de sexe – ont été reconnus coupables de « tentative d’homosexualité ».

Au tribunal,le collège d’avocats assurant leur défense a dénoncé leur arrestation arbitraire ainsi que l’absence de preuve.

« Dans notre Code pénal, ce n’est pas l’homosexualité qui est condamnée, mais la relation sexuelle entre personnes de même sexe, et uniquement prises en flagrant délit », a commenté Me Alice Nkom, cité par nos confrères de Jeune Afrique.

Le gouvernement et l’Eglise disent non à la perversion

En 2005, l’homophobie au Cameroun a franchi une nouvelle étape, attisée notamment par l'Église surpuissante et par la presse populaire.

Lors de son homélie du 25 décembre cette année-là, l’archevêque de Yaoundé de l’époque, Victor Tonyé Bakot, a dénoncé en chaire l’homosexualité, la désignant de « perversion » tout en accusant la communauté gay d’être responsable de la corruption et du chômage dans le pays.

Dans les semaines suivantes, trois titres de la presse camerounaise ont publié des listes de personnalités, hommes politiques, d'affaires ou artistes, soupçonnés d'homosexualité.

Human Rights Watch et la Commission pour les droits humains des gays et lesbiennes (Cdhgl), associées aux structures nationales Alternatives- Cameroun et l'Association camerounaise pour la défense de l'homosexualité, ont publié un rapport en novembre 2010 dénonçant des arrestations à répétition, tout en pointant le durcissement du régime Biya à l’égard des homosexuels. C’est que, dans les discours populaires et politiques, l'homosexualité reste souvent considérée comme un phénomène importée d’Occident, étranger à la culture locale.

Malgré les pressions internationales, le gouvernement camerounais maintient la sanction pénale contre l’homosexualité. D’ailleurs, l’article 347-1 du Code pénal en vigueur stipule que l’homosexualité est punie d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende 20 000 à 200 000 Fcfa.

Elle concerne « toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe ». Il y’a cinq ans, le texte portant modification du Code pénal, après l’Assemblée nationale, a été soumis par le gouvernement à la Commission des lois constitutionnelles, des droits de l’Homme et des libertés, du Sénat. Laurent Esso, le ministre de la Justice, Garde des sceaux, défend bec et ongles le projet de loi. Ce qui donne plus de force à la pénalisation de l’homosexualité présentée par beaucoup comme un sacrilège.

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