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General News of Thursday, 1 October 2020

Source: camer

Histoire: voici tout ce que vous ignorez de la date du 1er octobre

La date du 1er octobre 1961 fait partie des dates fondamentales dans l’histoire de notre pays, et le devenir de notre nation.

Malheureusement, les régimes successifs d’Ahmadou Ahidjo, et celui de son continuateur Paul Biya, en ont jugé autrement. Résultat, nul ne la fête plus. Et pourtant, elle a marqué la reconstitution, quoique partielle, de notre patrie divisée en deux par les colonialistes français et britanniques le 4 mars 1916, après que leurs troupes respectives aient envahi notre pays, et aient mené une guerre de deux ans contre l’armée coloniale allemande, qui s’est soldée par un nombre incalculable de morts camerounais" pouvons-nous lire dans l'une de la kyrielle des écrits de l'historien et homme politique Enoh Meyomesse.

Ce 1er Octobre , le Cameroun célèbre du moins dans les écrits son unification (Cameroun anglophone et francophone). Un anniversaire qui intervient chaque fois au moment où la question anglophone refait surface, où des positions se radicalisent de plus en plus au sujet de l’avenir de la nation tout en laissant sur les carreaux trois positions identitaires : Les adeptes d’un Etat purement indépendant, idée défendue par les sécessionnistes. Un autre groupe qui rêvent d’un retour à un État fédéral et enfin ceux qui pensent à une autonomie. Ces différentes positions ne cessent d’entretenir les débats au fil des ans

Ce problème remonte à 1961 quand les élites politiques de deux territoires avec des legs coloniaux différents l’un français et l’autre britannique sont tombés d’accord pour former un Etat fédéral. Contrairement aux attentes des anglophones, le fédéralisme n’a pas permis une parité stricte pour ce qui concerne leur héritage culturel et ce qu’ils considèrent comme leur identité d’anglophone. Il s’est révélé n’être qu’une phase transitoire de l’intégration totale de la région anglophone dans un Etat unitaire fortement centralisé.

A ce jour, les événements successifs survenus à la date du 49ième anniversaire de la réunification en 1961 des Cameroun anglophone et francophone au sein d'une même fédération, viennent crûment rappeler les difficultés du législateur camerounais à consolider son projet d'Etat-nation.

Les questions à colorations identitaires ne cessent de diviser le pays et la symbiose a du mal à s'installer entre les deux entités culturelles. Ce point de vue n'est rendu possible que si nous jetons un regard rétrospectif dans l'histoire de ce pays.

Par le traité du 12 Juillet 1884, le Cameroun était devenu un protectorat allemand. Ce pays sera successivement sous mandat de la Société des Nations en 1918 et sous la tutelle de l'ONU le 19 décembre 1946 et administré respectivement par la France et la Grande Bretagne.

Ces deux puissances colonisatrices vont imprimer leur politique dans la gestion des deux Cameroun.

Le Cameroun, divisé en deux zones, devient ainsi un objet de droit international. Dès lors, une mission sera assignée à la France et à la Grande Bretagne par l'ONU. C'elle de préparer les camerounais à une autonomie avancée et à une indépendance totale avec le stricte respect de la dignité humaine et des libertés fondamentales. Apparaissant comme une entité étatique il obtint son indépendance le 1er Janvier 1960.(

Déjà en 1959, dans la résolution 1350 (XIII) du 13 mars 1959, l'Assemblée Générale des Nations Unies demande que l'autorité administratrice du Cameroun organise sous la surveillance de l'ONU, des plébiscites séparés dans la partie septentrionale et dans la partie méridionale du Cameroun sous administration britannique " afin de déterminer les aspirations des habitants du territoire au sujet de leur avenir ". Ces plébiscites séparés, organisés les 11 et 12 février 1961 ont été remportés par les partisans de l'unification par 237 575 voix contre 97 741 voix pour le ralliement au Nigeria.

De ces résultats obtenus, un projet constitutionnel viendra faire prévaloir un Etat fédéral avec une Constitution très centralisée en lieu et place d'une province autonome tel que l'avait souhaité le public anglophone.

Les deux Etats fédérés s'étaient ensuite fondus dans une République unie après un référendum en 1972, avant que le pays ne prenne son appellation actuelle de République du Cameroun à l'avènement de Paul Biya en 1982. Le pays avait ainsi achevé le processus de démantèlement de la "République fédérale du Cameroun", qui regroupait les Etats anglophones et francophones hérités de la victoire militaire des "Alliés" sur le colonisateur allemand, en 1916.

Le 20 mai 1972, à l'initiative d'Ahmadou Ahidjo, alors Président de la République fédérale, un référendum est organisé au Cameroun. Une seule question est posée aux Camerounais (anglophones et francophones) : "Approuvez-vous, dans le but de consolider l"unité nationale et d'accélérer le développement économique, social et culturel de la nation, le projet de Constitution soumis au peuple camerounais par le président de la République fédérale du Cameroun et instituant une République, une et indivisible, sous la dénomination de République Unie du Cameroun ? " A l'issu du vote, le "oui " l'emporta largement. C'est ainsi que la " Southern Cameroon " s'est retrouvé impliquée en février 1972 à la formation d'un Etat unitaire centralisé.

Pour Enoh Meyomesse "C’est le 20 mai 1972 que le régime Ahidjo a mis fin à la célébration de la date du 1er octobre 1972. La raison ? La France lui ayant intimé l’ordre de mettre fin au fédéralisme au Cameroun parce qu’elle venait de décider d’entamer l’exploitation du pétrole camerounais qui se trouvait au Cameroun occidental et redoutait une sécession de la part de la communauté anglophone, il a réalisé son référendum truqué du 20 mai 1972, au cours duquel, les Camerounais n’ont retrouvé, dans les bureaux de vote, que deux types de bulletins : le « OUI », et le « YES ». Naturellement, le « OUI » l’a remporté de manière « éclatante ».


Pendant le règne d'Ahidjo et aujourd'hui encore, le Cameroun jouit d'une richesse linguistique et culturelle qui est le bilinguisme ( Français- Anglais).

En 1984, le successeur d'Ahmadou Ahidjo à la tête de la République Unie du Cameroun, Paul Biya, fit retoucher la Constitution en supprimant le vocable "unie". Pour un groupe de ressortissants de l'ancien Cameroun anglophone, " c'est un acte de sécession, qui retire la République du Cameroun (NDLR, ancienne dénomination du Cameroun francophone) de l'Etat unitaire ".

Aujourd'hui, des revendications sécessionnistes font débat dans un climat de tensions sociales et de guerre. Plusieurs mouvements se sont crée pour revendiquer leurs appartenance solidaire à une partie du pays qui s'estime lésée par l'autorité centrale.

Depuis, le président Biya n'est jamais parvenu à calmer les frustrations des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest qui se sentent marginalisées au profit des huit régions francophones. Ces frustrations ont créé un terreau pour un courant sécessionniste qui s'est radicalisé au cours des années 1990, passant de la simple revendication du retour au fédéralisme à celle d'une indépendance pure et simple, avec très souvent de brusques poussées de fièvre.

Les sécessionnistes estiment que dans le cadre de l'Etat unitaire, les différents gouvernements font la part belle aux francophones, que ce soit dans le développement socio-économique ou dans la gestion des ressources humaines. D'où leur décision de maintenir la Southern Cameroons National Council (SCNC) sorte d'assemblée représentative des intérêts des anglophones. Elle accuse même l'ONU d'avoir failli vis-à -vis des populations anglophones du Cameroun.

En dehors de la menace sécessionniste, l'Unité nationale souffre aujourd'hui des effets du tribalisme. Le Cameroun, compterait plus de trois cents langues, soit autant d'ethnies. Le régime d'Ahmadou Ahidjo a joué sur les équilibres régionaux, adoptant par exemple au niveau de l'éducation, une politique de deux poids, deux mesures.

L'Unité nationale, peut-on dire aujourd'hui, tient difficile la route, car la majorité des Camerounais n’ y est plus attachée. Elle serait menacée par les luttes politiques qui ne cessent de s'engouffrer dans les petites failles qu'elle présente, pour mieux détruire sa dynamique.

Que se soit pour le problème anglophone ou pour les guerres interethniques, en l'homme politique, se trouve le mobile. L'homme politique peut cesser d'être un danger s'il évolue dans un système réellement démocratique, qui ne favorise pas les tricheries et la manipulation. Ce n'est pas encore le cas au Cameroun.

Pour tenter de trouver une solution à des revendications identitaires et séparatistes dans notre pays, il serait nécessaire de renforcer la démocratie locale par exemple, par l’élection des responsables municipaux au suffrage direct ainsi que celle des gouverneurs de régions.

L’on peut également penser à la décentralisation, celle qui permet aux populations camerounaises de participer à la gestion de leur entité territoriale de telle sorte que tout le monde se sente concerné par la vie de sa région et nécessairement par la vie du Cameroun.

Le dialogue apparaît comme une alternative aux velléités sécessionnistes, autonomistes et indépendantistes au Cameroun.

Pour un pouvoir qui n’a particulièrement pas la réputation de négocier avec ses contradicteurs, il est temps de parler avec la dissidence car, ceci constituera une avancée dont on ne saurait minimiser, ni la portée, encore moins l’impact.

Le problème anglophone est celui du Cameroun et ce serait certainement une erreur pour le pouvoir de penser que c’est d’abord le "problème des anglophones" qui devrait d’abord être traité sur le plan ethnique et linguistique.

Si sous d’autres cieux le dialogue a prévalu dans la gestion des questions importantes pourquoi ne pas y penser au Cameroun ? Cette option gagnerait à être mise à contribution dans une synergie gagnante pour la stabilité à la fois culturelle, sociale et économique du pays.

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