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General News of Wednesday, 24 June 2020

Source: actucameroun.com

Hôpitaux publics : le chemin de croix de l’acquisition du sang au Cameroun


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Alors qu’officiellement les autorités médicales soutiennent le contraire, le commerce du sang dans ces formations sanitaires met en péril de nombreuses vies.

Les banques de sang des hôpitaux publics sont de plus en plus vides au Cameroun. Et pour cause, les formations sanitaires se font de l’argent avec le sang. «Nous ne vendons pas de sang. Les coûts pratiqués amortissent les équipements pour les différentes opérations en laboratoire, les manipulations et la gestion courante. (…) Compte tenu de la rareté du don du sang, les hôpitaux ont adopté des protocoles qui consistent pour l’essentiel à trouver deux donneurs pour une poche de sang. Cette approche permet de toujours d’avoir un peu de sang à la banque». Ces explications d’un professionnel de la banque de sang de l’Hôpital central de Yaoundé (Hcy), ne vont pas jusqu’au fond des choses. De manière volontaire, l’interlocuteur du reporter d’Essingan refuse par exemple de donner les prix pratiqués.

Et pourtant, ici comme dans les autres hôpitaux publics de référence, la vente du sang est un secret de polichinelle. Plus périlleux, est le chemin qui conduit à l’acquisition d’une poche de sang à l’Hôpital central de Yaoundé. Pour un parent de patient que l’on va nommer ici Isidore, tout commence par la prescription d’une transfusion sanguine. Isidore se dirige donc à la banque de sang de l’institution à l’antienne maternité jadis aussi urgences juste à côté de la chapelle de la morgue à Messa. Située à environ un kilomètre de la caisse pourtant à quelques mètres des blocs d’hospitalisation. Ici, Isidore reçoit le papillon’ qui lui permet d’aller payer à la caisse d’où il est venu. Il apprend alors que la poche de sang lui revient à 18.000 Fcfa. Au préalable, il doit avoir trouvé deux donneurs.

Chemin du combattant

Si toutes ces deux conditions sont remplies, Isidore retourne à la banque où il lui est signifié qu’il doit revoir le médecin traitant pour obtenir l’échantillon de sang à transfuser. Une fois l’échantillon en main, il reprend pour la troisième fois le chemin de la banque de sang. Il lui est alors signifié si ses donneurs sont conformes ou non. Et leur prélèvement peut prendre des heures (deux ou trois). Or, l’exigence de transfusion est une mesure d’urgence. En cas de conformité, Isidore est prié d’aller chercher une glacière, un seau avec couvercle ou une gamelle lui permettant de transporter son sang. Une fois le vase déposé à la banque de sang et alors qu’il se croit au bout de ses peines, et que finalement son malade va être soulagé, Isidore s’entend dire qu’il faut aller chercher l’infirmière. Car, seul le personnel soignant est autorisé à réceptionner le précieux carburant humain.

Retour donc une fois de plus en salle d’hospitalisation où l’infirmière est absente. En tout cas, une fois de plus, retour à la banque de sang aux côtés du personnel trouvé. Au cas où, Isidore aura fait six aller et retour soit 12 fois la distance entre la banque de sang et les blocs hospitaliers pour l’obtention de la poche de sang salvatrice. Environ 12Km. Voilà donc pour le chemin du combattant. Mais le circuit du sang n’a pas dit tous ses secrets dans les hôpitaux publics où la confiance et la sécurité du sang fournis, ne sont pas de mise. En ca^ d’absence du sang ou d’un groupe sanguin dans une formation sanitaire, le recours à la banque de l’homologue n’est pas aisé. A titre d’exemple, si Isidore doit dans ce cas avoir recourt à l’Hôpital Gynéco-obstétrique et pédiatrique (Hop) de Ngousso, s’il n’a pas de donneur, il peut débourser entre 20 et 25 OOOFcfra par poche de sang.

Encore que cette acquisition du sang n’est pas donnée «parce qu’il s’agit d’une opération interdite». Si Isidore se montre téméraire et en achète, il devra payer 5000Fcfa pour faire contrôler en laboratoire chaque poche de sang ramenée de l’Hôpital. Ce montant payé à la caisse du Hcy, ne règle pas tout. Car, le personnel de la banque ici peut le déclarer souillé. Cette sentence tombe souvent tard vers deux ou trois heures du matin. A ce moment, les habitués des lieux conseillent à Isidore de «voir», les dames du labo. Elles peuvent donc s’il paie quelque chose, subitement décontaminer le sang souillé. On comprend pourquoi, trois fois sur cinq le sang acquis n’est pas transfusé. Le malade trépasse avant la fin de cette galère.

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