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Regional News of Thursday, 9 July 2020

Source: hurinews.com

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Au cours d’un entretien accordé dimanche dernier à une chaîne de télévision privée camerounaise, le chargé de la communication du ministère de la Défense a accusé l’homme de média d’être coordonnateur d’un groupe armé séparatiste. Mais d’après le rapport d’enquête de la gendarmerie dont hurinews.com a pu avoir copie ainsi que plusieurs sources proches de l’enquête tant au secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie qu’au ministère de la Défense, il n’en est rien. Le seul tort de Kingsley, d’après ses bourreaux, est qu’il est membre de groupes Whatsapp pro-séparatistes et ses articles sur les exactions de l’armée camerounaise en zone anglophone.

Au cours de l’émission La Vérité en Face diffusée ce dimanche 5 juillet 2020 sur la chaîne de télévision privée Equinoxe Télévision, le chef de la division de la communication du ministère de la Défense, le capitaine de frégate Serges Cyrille Atonfack, a déclaré que le journaliste indépendant Ndjocka Kingsley, en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé, a avoué qu’il est coordonnateur des Bui Warriors, un groupe armé séparatiste basé au nord-ouest et auquel il livre armes et munitions, en connexion avec des militants indépendantistes anglophones de la diaspora. D’après les rapports d’enquête tant du secrétariat d’Etat à la défense (SED) chargé de la gendarmerie que de la Direction du Renseignement Militaire du ministère de la Défense dont hurinews.com a obtenu copie, il n’en est rien. M.Cyrille Atonfack a tout simplement menti sur le sujet.

D’entrée de jeu, il est curieux que le chargé de la communication du ministère de la Défense ait été aussi péremptoire, au mépris de la présomption d’innocence, alors que notre confrère apparaîtra pour la première fois devant un juge d’instruction du Tribunal militaire de Yaoundé que le 14 juillet prochain. Des rapports sus-évoqués ainsi que des sources proches du dossier, il ressort que Ndjocka Kingsley, journaliste anglophone ayant travaillé à Magic FM, une radio privée basée à Yaoundé puis au journal de l’église catholique L’Effort Camerounais, a été interpellé à la véranda domicile à Douala le 15 mai 2020 à 6H 30 mn par 3 hommes armés parmi lesquels se trouvait une dame. Sans convocation ni mandat, le journaliste a été conduit dans un pick-up Hilux de couleur blanche à la brigade de gendarmerie de Ndobo, à Douala.


Le journaliste Ndjocka Kingsley
Groupe whatsapp des « ambazoniens »

Vers 10h, Ndjocka Kingsley a été conduit à la Légion de gendarmerie du Littoral à Bonanjo. Mais avant, son domicile et son bureau ont été passés au peigne fin par des gendarmes qui y ont récupéré des documents importants et 4 ordinateurs-portables dont un appartenant à son épouse. Après la Légion de gendarmerie, le journaliste est transporté à Yaoundé. Une fois à la capitale politique, il est conduit au bureau d’un certain Commandant Amadou Lamine, à la Direction du Renseignement Militaire du ministère de la Défense. Il est environ 17h 30. Kingsley est confié à 2 jeunes agents du renseignement militaire pour l’audition. Mais cette dernière aura lieu le lendemain.

Il convient de souligner que pendant 2 semaines, Ndjocka Kingsley était séquestré dans une salle lui servant de cellule au ministère de la Défense, où il couchait sur un matelas posé à même le sol. Le confrère a été questionné sur le financement de la lutte armée du peuple anglophone du Southern Cameroons et ses connexions avec certains combattants séparatistes. Malheureusement, après avoir fouillé dans ses ordinateurs, les enquêteurs n’ont rien trouvé qui liait Kingsley au financement de la lutte et aux Restorations Forces (groupes armés séparatistes). C’est alors que les agents du renseignement militaire ont entrepris de passer ses communications Whatsapp au peigne fin. Ils ont découvert que l’homme de média était membre de plusieurs groupes whatsapps avec ses collègues, amis, parents et confrères journalistes. Certains activistes séparatistes de la diaspora feraient partie de ces groupes whatsapps.

Des rapports d’enquête, il ressort également que le journaliste avait une parfaite connaissance de la situation dans les régions anglophones du Cameroun notamment les massacres et tueries des soldats camerounais dont il rendait souvent compte. Le matin du 29 mai 2020, il est conduit au SED où il est à nouveau auditionné. C’est le 12 juin 2020 que le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, lieutenant-colonel Engono Thadée, lui signifie son placement en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui. Aucun indice de financement du mouvement séparatiste ni de contact avec les séparatistes armés n’est pourtant ressorti des enquêtes. Ndjocka Kingsley paye sans doute pour ses contacts Whatsapp avec des activistes séparatistes et pour ses dénonciations des exactions de l’armée camerounaise dans le Cameroun anglophone.

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