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General News of Saturday, 15 August 2020

Source: rolandtsapi.com

Guerre au Noso : Paul Biya a sacrifié les fonctionnaires de les deux régions

Le 27 juillet 2020, le magistrat de 2è gradeChi Valentine Bumah a été révoqué du corps de la magistrature par un décret du président de la république, pour abandon de poste. Le 05 août 2020 au cours d’une réunion régionale de coordination et de sécurité à Bamenda, le gouverneur de la région du Nord-Ouest Adolphe Lele Lafrique Tchoffo, a annoncé la suspension du salaire d’au moins cent fonctionnaires de sa zone de compétence. Les concernés, précisait-il, étaient déjà sous le coup d’une sanction à l’issue d’un conseil de discipline de la région pour abandon de fonction. Les menaces sur les fonctionnaires avaient déjà commencé longtemps avant.

Depuis le 12 mars 2019 par exemple, le préfet du département du Lebialem, dans la région du Sud-Ouest avait rendu public un communiqué appelant les fonctionnaires et agents de l’Etat absents de leurs postes à les regagner sous dizaine, au plus tard le 25 mars 2019, faute de quoi ils allaient faire face à des sanctions sévères. Les mesures qui sont désormais prises visent ainsi à contraindre les fonctionnaires à reprendre le service.

Abus

L’Etat, qui se dit respectueux de la loi et appelle tout le monde à l’être, est pourtant avec cette mesure en train de faire entrave à cette même loi, et sanctionner des fonctionnaires pour abandon de poste est simplement un abus. En droit du travail, l’abandon de poste désigne une absence injustifiée et prolongée d’un salarié qui quitte son poste de travail du jour au lendemain, sans prévenir ni indiquer une éventuelle date de retour. Le licenciement pour abandon de poste est un licenciement pour faute grave et suit une procédure et des délais stricts. L’employeur doit d’abord mettre en demeure le salarié puis il dispose de 6 semaines à compter du constat d’abandon de poste pour entamer la procédure de licenciement pour abandon de poste. D’après l’article 95 de la loi n°92-007 du 14 août 1992 portant du code du travail,

« 1), Les conditions d’hygiène et de sécurité sur le lieu du travail sont définies par arrêté du ministère chargé du Travail, pris après avis de la Commission nationale de santé et de sécurité au travail.



2) Ces arrêtés tendent à assurer aux travailleurs, tout en prenant en considération les conditions et contingences locales, des normes d’hygiène et de sécurité conformes à celles recommandées par l’Organisation internationale du travail et d’autres organismes techniques reconnus sur le plan international.

3) Ils précisent dans quels cas et dans quelles conditions l’inspecteur du travail ou le médecin inspecteur du travail doit recourir à la procédure de mise en demeure. Toutefois, en cas de danger imminent pour la santé et la sécurité des travailleurs, l’inspecteur du travail ou le médecin inspecteur du travail ordonnent les mesures immédiatement exécutoires.»

Depuis le déclenchement de la crise anglophone, les fonctionnaires et agents de l’Etat sont devenus des cibles privilégiées des groupes séparatistes. Le ton avait été donné le 11 février 2018 à Batibo, avec l’enlèvement du sous-préfet Diteng Namata, en pleine fête de la jeunesse. Il a été annoncé tué par la suite, et le gouvernement ne s’est jamais officiellement prononcé sur le sort qui lui a été réservé. Depuis lors, on ne dénombre pas les fonctionnaires kidnappés, sauvagement assassinés. Leurs lieux de services sont systématiquement mis à sacs, les unités de gendarmeries brulées, les écoles détruites, les hôpitaux incendiés, les locaux d’Elections Cameroon saccagés. Il est donc évident même pour les aveugles, que les conditions de sécurité requises ne sont plus réunies pour les travailleurs de l’Etat. Les sous-préfets, préfet et autres hauts cadres de l’Etat vivent et travaillent depuis lors dans de véritables forteresses gardées, ils ne peuvent se déplacer sans une escorte lourdement armée. Les autres fonctionnaires, les pauvres délégués départementaux ou d’arrondissement, les enseignants et responsables des établissements scolaires et autres administrations publiques bénéficient-ils aussi de pareille protection, pas du tout. Les obliger dès lors à travailler dans de pareilles conditions est simplement une entorse à la loi et une violation du droit du travailleur.

Abandon

De plus, 7 mois après l’enlèvement du sous-préfet de Batibo, le pouvoir de Yaoundé, sans dire ce qu’il était advenu de lui, a simplement procédé à son remplacement le 19 septembre 2018, par un décret du président de la république. Aujourd’hui il est aux oubliettes. Cette attitude du gouvernement envers ce fonctionnaire a donné la leçon aux autres fonctionnaires. Ils ont compris qu’ils restent dans cette fournaise à leurs risques et périls. Ils ont compris que s’ils meurent, ils seront remplacés et vite oubliés, l’administration va continuer, leurs familles seront abandonnées. Humainement ils craignent pour leurs vies, que ne peut remplacer un salaire. Et une lettre de menace des administrateurs ou la suspension de la solde ne crée pour autant pas des conditions de travail sécurisées. Le gouvernement, dans ses vaines tentatives de restaurer la paix, se retourne désormais contre les fonctionnaires qui deviennent des boucs émissaires, des agneaux à sacrifier comme si c’étaient eux les coupables. Suspendre leurs salaires a dès lors quelques chose d’injuste, du moment où ils n’ont pas abandonné leurs postes comme les communiqués veulent faire croire, ils ont fui pour leur vie.

D’ailleurs ils n’ont pas seulement droit à la vie, ils ont obligation de protéger leur vie, personne n’ayant le droit de mettre sa vie en danger. Ceux qui sont accusés aujourd’hui d’abandonner les postes, étaient bien en fonction avant le déclenchement de la crise, et ne demandaient qu’à travailler pour nourrir leur famille, ils ne demandent qu’à reprendre leur travail dans un minimum de condition de sécurité, ils sont déjà suffisamment traumatisés par ce qu’ils ont vécu, pour que l’Etat continue à exercer sur une autre violence psychologique, en tournant une fois de plus autour de la solution de cette crise, qui continue à décimer des vies humaines

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