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General News of Saturday, 29 May 2021

Source: Aurore Plus n°2172

Gouvernance : une escroquerie nommée Covidgate

Malachie Manaouda, ministre de la Santé du Cameroun Malachie Manaouda, ministre de la Santé du Cameroun

Le régime Biya donne un os à croquer au peuple, espérant le détourner de ses vraies préoccupations. La gestion financière de la pandémie est une fumisterie, rien de plus, alors que Paul Biya semble avoir démissionné, de fait, de la tête de l’Etat.

Ainsi que nous l’indiquions dans notre dernière édition, ce qui a pompeusement été baptisé le «Covidgate» se confirme comme une véritable escroquerie politique. Si la mobilisation des fonds, dits de solidarité, contre le coronavirus ne fait Nombre d’aucun doute, si des malversations autour des marchés y relatifs relèvent également de la réalité, alors l’ampleur médiatique que l’on veut aujourd’hui donner à cette affaire, elle, ne correspond en rien à un besoin d’assainissement des mœurs publiques.

Au départ de cet actuel tohu-bohu, il y a un rapport dit «provisoire» émanant d’un audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême. Il est pompeusement qualifié d’«indépendant», là où plusieurs contingences amènent à douter de sa sincérité. Le document fait une fixation sur les départements de la Santé publique (Minsante), la Recherche scientifique et l’innovation (Minresi), avec force détails réputés accablants, alors que la ventilation des 180 milliards de francs de la riposte contre la pandémie touche 24 administrations.

Au passage, le pré-rapport souligne que vingt-un départements ministériels, hormis les deux précités et ayant bénéficiés de 71,26% (128,270 milliards de francs) de la dotation globale, ont été saisis afin de produire des informations permettant de dresser la situation générale de la gestion des «fonds Covid» en fin 2020. Seuls dix-neuf ont accepté de communiquer, certains se contentant vaguement d’indiquer avoir mené des activités, alors que d’autres n’ont même pas cru devoir se plier à l’obligation de transparence dans la gestion.

Cette explication n’est pas seulement un peu courte : elle est scandaleuse, dans la mesure où elle laisse croire que certains gestionnaires du bien public peuvent être dispensés de la contrainte de rendre compte, et donc que le procédé est facultatif. Mais elle se heurte également aux dénégations outrées de certains chefs des départements épinglés, affirmant n’avoir jamais reçu une quelconque mission d’audit liée au fonds de solidarité contre le coronavirus.

C’est dans le même esprit qu’on aimerait entendre la Chambre des comptes sur la gestion des mêmes fonds par la délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn) et par… la Cour suprême, dont elle est l’émanation. Devrait-on le rappeler : selon la ventilation, ces deux corps ont reçu respectivement 3 et 1 milliards de francs. Que les auditeurs n’en fassent même pas allusion est proprement scandaleux.

Démission de fait
D’autre part, il est curieux s’il est entendu que le document actuellement en circulation n’est qu’un rapport d’étape, que cet audit parcellaire fasse déjà l’objet d’une enquête, quoique préliminaire, au niveau du Tribunal criminel spécial (TCS). Qu’adviendra-t-il alors, lorsque la Chambre des comptes rendra un rapport définitif ? Devra-t-on, pour les mêmes faits, re-convoquer les protagonistes pour tout reprendre à zéro?

Comme si le devoir de bonne gestion de la chose publique était compatible à de la précipitation, on assiste aujourd’hui à une sorte de justice à grand spectacle, là où les circonstances exigent le recul et la sérénité. A une gouvernance extravertie en lieu et place d’une démarche structurée, loin des sentiers boueux de la politique politicienne.

Très rapidement en effet, quelques membres du gouvernement sont jetés en pâture, donnant la nette impression d’un règlement de comptes, mieux, d’un nettoyage politico-pénal au cœur même du système. La preuve de cette assertion tient d’ailleurs aux échos venant du TCS où des personnalités auditionnées, selon des sources proches du dossier, dénoncent la légèreté des conclusions de l’enquête et crient au lynchage prémédité.

Difficile, dans un tel climat, de pouvoir se concentrer sur ses missions gouvernementales. Pendant ce temps, les vrais problèmes du peuple sont poussés sous le tapis. Ils ont trait au respect des promesses électorales d’un chef d’Etat désormais invisible. Ils concernent la sécurité, la paix, le développement, le vivre ensemble, la préservation du bien public et de l’image du pays. Des valeurs plus que jamais noyées par la bourrasque des atteintes à la fortune publique alors que la personne réputée y veiller semble avoir démissionné de fait.

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