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General News of Friday, 29 November 2019

Source: Actu Cameroun

Fotokol: les échanges commerciaux asphyxiés

Aux environs de ll h du matin samedi dernier à Fotokol, sur le pont du fleuve El Beid, ligne de séparation des frontières entre le Nigéria et le Cameroun, les populations circulent à pied des deux côtés, mais pas de marchandises, ni de camions en vue. Le tout, sous la vigilance stricte des gardes-frontières et de l’armée des deux côtés. Nous sommes à Fotokol dans la partie camerounaise, de l’autre côté, la ville nigériane de Gambaru. A une centaine de mètres derrière les locaux de l’«ancien» poste des douanes camerounaises, une file de camions nigérians pleins de marchandises et visible. Tout près, de tas de denrées et des peaux d’animaux exposées à même le sol, dont certaines en état de dégradation ou de pourrissement, sous le regard impuissant des convoyeurs et des conducteurs.

« Nous sommes là depuis deux semaines avec nos marchandises en provenance du Tchad. La frontière est fermée, on ne peut pas rentrer au Nigeria. On attend en vain. Les gens nous apprennent que la réouverture est imminente. C’est difficile, la situation se complique de jour en jour pour nous. Car, nous avons perdu beaucoup de nos marchandises», indique Boucar Abba, transitaire nigérian. L’espoir d’une levée de cette mesure dite de «fermeture partielle prise par le président nigérian Muhamadu Buhari ravive également les cours des commerçants camerounais. Parmi eux, ceux qui exportent vers le Nigéria, mais aussi ceux qui importent divers articles dans la partie camerounaise. «C’est un blocus énorme pour nous. Il faut que les autorités trouvent des solutions. A peine on a repris nos activités du fait de l’accalmie de la sécurité, on ferme les frontières, c’est difficile à croire», lance un commerçant aux abois.

La décision des autorités d’Abuja perturbe le commerce entre la partie septentrionale du Cameroun et son grand voisin nigérian.



Pis, l’impact de cette fermeture partielle se fait sentir dans toutes les localités du département du Logone et Chari, dont les échanges sont importants avec le voisin nigérian. «Pour le moment, les gens circulent mais pas les marchandises. On croyait que cela ne concernait que les pays comme le Bénin, le Togo et autres, mais pas le Cameroun. Nos marchandises sont bloquées au Nigeria. Il faut qu’on nous dise quand est-ce que cette frontière sera ouverte, on ne peut pas tenir, martèle Oumarou, commerçant à Kousseri. Ce dernier d’indiquer que les prix des produits alimentaires et autres articles sont légèrement en hausse. Et certains se font rares sur le marché.

Tracasseries

Idem pour le carburant de contrebande, qui fait l’objet de la traque des douaniers, gendarmes, policiers et militaires. Certes, il est encore tôt, voire difficile d’avoir les chiffres exacts par voie officielle. Mais, au vu du volume des échanges importants entre les deux pays à travers ce pont, chacun peut se faire une idée du manque à gagner que cela induit. Les douaniers en premier. «Les recettes ne seront pas à la hauteur de nos attentes. Nous concentrons nos efforts sur les contrebandiers. Ici, les populations des deux côtés de la rive n’ont pas le sentiment que les frontières existent. Et les trafiquants n’hésitent pas à en profiter, confie un douanier sous anonymat à Fotokol.

Les vendeurs des denrées eux non plus ne réalisent pas des ventes. Bon nombre d’entre eux font le constat d’une baisse de leur revenu malgré la bonne récolte. «Nos produits comme le haricot et le poisson fumé sont très prisés par les nigérians. Nous ne pouvons plus aller les vendre, eux non plus ne viennent chercher comme d’habitude. Encore que chaque tentative de contourner cette fermeture a un coût exorbitant du fait des contrôles à payer, se désole Abadam, un commerçant rencontré au marché de Mada, dans l’arrondissement de Makary, près de Blangoua, où des ballots de poissons fumés attendent vainement des débouchés.

Si d’ores et déjà les conséquences de cette fermeture partielle sont ressenties des deux côtés chez les transporteurs, les commerçants et les populations de ces zones, les risques d’attaques de Boko Haram ne sont pas en reste. Les forces de défense et de sécurité veillent au grain, les points sensibles comme Soueram ne sont pas loin. «Il n’y a pas de route. Les principaux axes sont coupés par la montée des eaux des rivières. Nous sommes obligés d’emprunter les pistes à notre risque et péril», confie un conducteur sur la ligne des zones frontalières. Et de poursuivre, «ici, chacun veut sa part». Entre Kousseri et Fotokol, ce chauffeur d’une vieille 504 Peugeot de 5 places dit avoir déboursé la somme de 18 000 FCfa. «C’est valable sur toutes les lignes, c’est la règle érigée ici dans notre zone. On partage avec eux à chaque poste de contrôle. Policiers, gendarmes et militaires on paye 3000 FCfa, voire plus avec des passagers dont les documents ne sont pas en règle. Avec le prix du carburant qui subit des fluctuations de la monnaie et des tracasseries, nous sommes obligés d’augmenter les prix du transport. Entre Blangoua et Fotokol, le transport varie entre 6000 et 7000 FCfa, pour une distance d’à peine 75 km, croit savoir Bana, transporteur.

En rappel, le Nigéria avait pris la mesure de la grande fermeture de ses frontières terrestres en août 2019. Elle concernait des pays comme le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun. Dans les faits, cette fermeture brutale a commencé le 15 octobre dernier pour le cas du Cameroun. Considérée comme une fermeture «partielle», ses conséquences sur le plan économique constituent un coup dur pour les échanges entre les deux pays.

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