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Actualités of Friday, 4 June 2021

Source: Info Matin n°879

Fonds Covid : la répartition à problèmes de Dion Ngute

Dion Ngute PM camerounais Dion Ngute PM camerounais

A l’origine du scandale actuel, une distribution subjective par le Premier ministre, des 180 milliards destinés à la lutte contre la pandémie.
Sur la base de quoi le Premier ministre a-t-il décidé de la répartition des 180 milliards de francs à 24 administrations publiques, dans le cadre du fonds de solidarité nationale contre la pandémie du Covid-19 ? Le 22 juillet 2020, Joseph Dion Ngute prend un décret portant distribution de cette enveloppe, dont l’introduction se réfère au «code de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques».

Les ressources du fonds, chiffrées à 131.948.400.000 francs pour le volet dépenses de fonctionnement, précise que ces ressources sont prioritairement destinées à la recherche active des cas et la prise en charge des personnes infectées, l’acquisition d’intrants, la couverture des dépenses liées aux mesures administratives de régulation sociale.



La dotation vise également le financement de la recherche et de l’innovation, la mise en place d’un système visant à garantir la disponibilité des stocks des produits de consommation courante, l’octroi des appuis aux personnes socialement vulnérables et enfants de la rue affectés, l’extension à toutes les régions et aux autres groupes cibles du programme filets sociaux, le développement des enseignements à distance ou encore la distribution des outils et supports pédagogiques en milieu rural.





Fonctionnaires. L’acte du chef du gouvernement prescrit un rapport d’activité trimestriel à chaque chef de département ministériel bénéficiaire de la dotation, un à transmettre au ministère des Finances (Minfi), qui à son tour aura à rendre compte des dépenses tous les semestres, la Chambre des comptes étant pour sa part chargée de l’audit indépendant sur l’utilisation des ressources publiques.

Mais l’esprit et la lettre du décret du locataire de l’immeuble étoile sont vite trahis lorsqu’on parcourt la répartition de la dotation spéciale, dont l’objectif principal est d’atténuer l’impact des «répercussions économiques et sociales» de la pandémie sur les populations.



L’on constate déjà que la répartition du Premier ministre n’a pas pris en compte des aspects devant assurer le bien-être social et l’impact du confinement sur les populations. Son acte n’intègre pas, non plus, les mesures de solidarité nationale, visant à permettre aux couches les plus défavorisées de faire face aux difficultés quotidiennes en termes de soins sanitaires en particulier, et de leur pouvoir d’achat en général.

Par ailleurs, sous d’autres cieux, la société civile est étroitement impliquée à la gestion de la Cité en vue d’assurer l’égalité de chances dans la lutte contre la pandémie. Personne ne conteste en outre aujourd’hui, à travers le monde, la place centrale de la société civile dans la garantie de la bonne gouvernance. Cette crise sanitaire aura, malheureusement, été réduite au Cameroun à une autre activité de fonctionnaires, avec pour conséquence des détournements présumés à grande échelle de deniers publics.

Savoureuses parts du gâteau. Si l’on peut comprendre, en effet, que le plus gros montant du fonds aille à la Santé publique (Minsante), qui s’en tire avec 45.630.000.000 francs, il est par contre difficile d’expliquer pourquoi les secteurs en prise directe avec le social sont soit les parents pauvres de la répartition, ou alors carrément oubliés dans le partage.

Il en est ainsi du domaine de l’éducation (Enseignement supérieur. Enseignements secondaires, Éducation de base et Formation professionnelle). En prise directe avec la communauté des élèves/étudiants, enseignants, parents et autres encadreurs, les trois premiers cités s’en tirent avec un total de 25,5 milliards de francs, cependant que le dernier cité ne figure même pas dans la liste.


Autre curiosité, les Affaires sociales, appelées à faire face au phénomène des enfants de la rue, des personnes vivant avec un handicap ou que la pandémie a davantage poussé dans la précarité, se voient octroyer une «confortable» enveloppe de 2,5 milliards de francs. C’est dans le même cadre que l’on peut situer le Commerce, dont nul ne peut ignorer le rôle dans la logique de facilitation des importations et de la lutte contre vie chère.

Le très «chanceux» Luc Magloire Mbarga Atangana a été gratifié d’un pauvre milliard de francs. Et que dire de la Communication ? En cas de crise grave – et la pandémie du coronavirus en est une -, ledit département devrait être à l’avant-garde de la sensibilisation et de la mobilisation des masses à travers de vastes campagnes appelées à toucher les masses les plus reculées du pays.

Ailleurs, cette tâche revient au premier chef aux médias à capitaux privés et communautaires. Pourtant, Joseph Dion Ngute n’a pu octroyer que 420 pauvres millions de francs à cette administration. Dans le domaine de la communication, sa répartition a outrageusement ignoré le rôle capital des médias aux fins d’assurer la sécurité de l’information et les relations de confiance avec les médias dits privés, beaucoup plus suivis par la population camerounaise.

Grands absents. A l’inverse, Joseph Dion Ngute a réservé de savoureuses parts du gâteau à des services n’ayant pas de prise directe quant aux répercussions sociales de la pandémie. Il s’agit notamment de l’Economie, du Plan et de l’Aménagement du territoire (26 milliards), de la Défense (3,6 milliards), de la Sûreté nationale (3 milliards), de la Pêche et des Industries animales (2 milliards), de l’Economie sociale (2 milliards), du Tourisme (1,7 milliard), de la Promotion de la femme et de la famille (1,5 milliard), de l’Administration territoriale (1,4 milliard), de l’Administration territoriale (1,4 milliard), des Mines, de l’industrie et du Développement technologique (1 milliard), du Travail et de la Sécurité sociale (1 milliard), de la Cour suprême (1 milliard), de la Jeunesse (750 millions) ou encore des Finances (400 millions). Ça doit être cela, le sens de , » l’objectivité et de l’efficacité selon le chef du gouvernement…

Parmi les grands absents de la dotation, la Justice, censée – entre autres missions – assurer la désinfection et la sécurisation des maisons d’arrêt et salles d’audience, n’a pas trouvé grâce aux yeux du Premier ministre. Inconnu au bataillon. Il en est de même de l’Eau et de l’Énergie, dont personne – à part M. Dion Ngute – ne peut ignorer le rôle crucial dans des situations de péril. Notre Pm a portant trouvé qu’il ne méritait aucun kopeck.

A l’heure où la sincérité sur l’usage controversé des 180 milliards de francs fait l’objet de sarcasmes au sein de l’opinion et mobilise le parquet du Tribunal criminel spécial (Tes), Joseph Dion Ngute serait, déjà, bien inspiré d’expliquer et justifier la scandaleuse répartition du «fonds Covid».

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