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General News of Sunday, 29 November 2020

Source: survie.org

Fin de Biya : la conspiration de la presse française contre le peuple camerounais

Pour la diplomatie française, rien de bien alarmant non plus : au lendemain
du scrutin, seuls quelques éclaircissements étaient demandés par le porteparole du Quai d’Orsay sur la mort de deux gendarmes et d’une femme
dans des incidents distincts. Et le mardi 11 octobre, Alain Juppé déclarait à l’Assemblée nationale, en réponse à une question du député Serge Janquin,
que les élections avaient « eu lieu dans des conditions acceptables », en
s’appuyant sur les rapports des observateurs de l’Organisation
internationale de la francophonie (OIF) et du Commonwealth.

Vaste plaisanterie quand le chef des observateurs de l’OIF n’est autre que
Pierre Buyoya, ancien chef de l’Etat burundais : un « démocrate » dont le
passé de major, de putschiste puis de président à la botte de Paris rend
l’expertise particulièrement pertinente ! Celui-ci avait déjà sévi en 2009, en légitimant la pseudo-élection présidentielle mauritanienne qui avait posé
un vernis démocratique sur le putsch d’Abdel Aziz.
Quant au rapport des observateurs du Commonwealth, Alain Juppé a fait
semblant de ne pas voir les nombreuses critiques qu’il contient sur le
14 scrutin et ses préparatifs, le chef de la mission déclarant notamment : « Des gens (...) avec leurs récépissés (...) n’ont pas trouvé leur noms sur les listes électorales et on leur a dit d’aller dans un autre bureau de vote, puis dans un autre, et encore un autre. Finalement, ils n’ont pas pu voter. (...) nous avons reçu un bon nombre de plaintes à propos de l’organisation et de problèmes administratifs ». Il avait également déploré le « manque d’égalité et d’équilibre dans le traitement médiatique par les médias publics lors de la campagne électorale entre le président sortant et les partis d’opposition ».

La conspiration de la presse française

Mais ce n’est pas tout : notre ministre se permit aussi d’inciter les
Camerounais à accepter leur sort sans broncher, en ajoutant : « Nous
appelons donc la population, la presse camerounaise et tous les acteurs
politiques à faire preuve, jusqu’au 24 octobre, date de proclamation des
résultats, et au-delà bien sûr, de modération et à éviter tout recours à la
violence pour faire valoir leurs vues ». Circulez, y a rien à voir !
Cette déclaration scandaleuse ne provoqua pas le tollé qu’elle méritait.
Pourtant, en amont, la presse française s’était inquiétée de la mascarade en
préparation, en consacrant – fait rare et à saluer – quelques articles sans
concession pour le régime camerounais, notamment grâce à la publication
récente de l’ouvrage de Fanny Pigeaud, Le Cameroun de Paul Biya
(Karthala). Au point que le ministre camerounais de la communication a
condamné le 12 octobre ce qu’il considère comme des « dérives » de la
presse française, une « démarche concomitante, qui s’apparente pour dire
le moins, à une conspiration ».

Hélas, la « conspiration » a pris fin : dans l’Hexagone, personne ou
presque ne s’offusqua de cette réponse, qui aurait pourtant dû connaître le
même succès que celle de Michèle Alliot-Marie proposant d’aider le
régime de Ben Ali.
Car comme pour la Tunisie, les relations de la France avec le régime
camerounais reposent sur une coopération policière et militaire qui permet
d’y préserver les intérêts économiques et stratégiques français. Le
ministère des Affaires étrangères français affiche d’ailleurs fièrement que « le Cameroun est notre premier partenaire dans le monde en matière de
coopération militaire », qui s’élève à « près de 4 millions d’euros » par an
15 d’après le député UMP Michel Terrot, et qui se maintient dans le cadre du
nouveau partenariat de défense.

« Les Camerounais ne méritent pas la démocratie »

Cette coopération comporte aussi un volet important d’enseignement aux
techniques de maintien de l’ordre, utile au cas où les Camerounais ne se
conformeraient pas à l’injonction paternaliste d’Alain Juppé de se tenir
tranquille.

Au Cameroun, évidemment, la couleuvre ne passa pas, et l’opposante Kah
Walla, candidate du CPP, s’interrogea dans le quotidien Mutations du 13
octobre : « Le peuple camerounais est-il moins méritant de la démocratie
que le peuple français ? Je vois mal [en effet] les Français accepter des
élections où il y a eu des fraudes, où l’on a surpris des gens avec plusieurs cartes, où les bureaux de vote ont ouvert largement après le délai légal. Je vois mal le peuple français en train d’accepter une élection où les urnes sont bourrées, où des actes de violence verbale et physique sont commis à l’encontre de citoyens qui n’ont pas voté à 100% pour le chef de l’Etat sortant, où les scrutateurs sont chassés des bureaux de vote, où le
dépouillement se fait secrètement... ».

L’ambassadeur américain adopta une position ambiguë, espérant sans
doute ménager la chèvre et le chou, en déclarant avoir constaté des «
problèmes dans le processus électoral »... une déclaration aussitôt
dénoncée comme une ingérence et une leçon de morale inacceptable par le
ministre camerounais de la Communication : puisqu’on vous dit que tout
s’est très bien passé !

L’ambassadeur de France, Bruno Gain, déclarait le 12 octobre au quotidien
Mutations que la France « prête attention aux aspirations des populations,
mais également aux impératifs de moderniser le pays et d’accentuer les
reformes. » Accentuer les réformes ? Cela veut dire continuer une politique
préexistante... pas de doute que pour l’ambassadeur, Biya était déjà réélu. Il n’y avait certes aucun suspense, mais cette reconnaissance a priori en dit long de l’idée que se fait la France de l’alternance au Cameroun.
Le 21 octobre, la Cour suprême, qui supplée un Conseil constitutionnel qui
n’existe que sur le papier, déclara Biya vainqueur avec 77,99% des voix.
Le ministère des Affaires étrangères fit mine d’infléchir la ligne française: la reconnaissance immédiate du résultat, mais en constatant « de
16 nombreuses défaillances et irrégularités » et en souhaitant « que des
mesures soient prises pour que celles-ci ne se reproduisent pas lors des
scrutins (législatifs et municipaux) de 2012 »... des scrutins bien moins
médiatisés au niveau international.

Le gouvernement français envoie donc un signe d’encouragement plutôt
qu’une mise en garde : « Vous ferez mieux la prochaine fois », en somme,
sachant que cette « prochaine fois » pourra se dérouler dans un silence
médiatique bien confortable. Une fois de plus, les autorités françaises
renoncent à honorer leurs fausses promesses de changement : une
hypocrisie de plus quand, par ailleurs, en Syrie ou en Libye, notre
diplomatie n’a que le mot démocratie à la bouche.

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