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Actualités of Wednesday, 17 March 2021

Source: actucameroun.com

Escroquerie sur des Canadiens au Cameroun: voici la vraie histoire

les deux Canadiens qui sont supposés avoir été escroqués par des Camerounais les deux Canadiens qui sont supposés avoir été escroqués par des Camerounais

Les documents de première main consultés par Kalara et les déclarations des protagonistes de l’affaire des 274 lingots d’or permettent d’établir les responsabilisés des uns et des autres sur les faits au cœur du procès.


Luc Verville et Charles Verville, les deux Canadiens qui sont supposés avoir été escroqués par des Camerounais selon la procédure judiciaire pendante devant le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé – centre administratif (lire pages 6 & 7), avaient séjourné au Cameroun pour la première fois, en octobre 2020, dans le cadre de leurs affaires sur invitation de M. Happy Tchankou Olivier, directeur général de CX Trading Cameroon Sari, entreprise détentrice d’un agrément du ministère chargé des mines pour l’achat et la commercialisation des produits miniers.

Les Verville et Happy Tchankou sont de vieilles connaissances. Charles, le fils de Luc, a rencontré Olivier depuis onze’ms alors que le Camerounais était aux études à Montréal au Canada. La société CX Trading Cameroon, créée en septembre 2019, est d’ailleurs le fruit de cette longue relation, le père et le fils Verville eh détenant chacun 24% des parts sociales dont le reste, 52%, est la propriété de M, Happy Tchankou. Ce séjour des Vervile, leur a permis d’acquérir un lingot d’or, qui a été exporté à Dubaï et écoulé à la satisfaction de tous les promoteurs de CX Trading Cameroon Sari. C’est donc avec un gros appétit- que Charles et Luc reviennent au Cameroun le 3 novembre 2020.

Au cours de ce séjour d’octobre 2020, les Verville ont été conduits au Capam par M. Happy Tchankou. Ils y avaient fait la connaissance de M. Alfred Fahloh Ghondi, ingénieur, des mines et de la géologie et chef de l’unité de production minière au sein de cette institution à cette époque. A cette occasion, les trois promoteurs de CX Trading Cameroon Sari avaient été renseignés par M. Fahloh Nghondi sur les procédures d’exportation des minerais.

Ils avaient aussi fait tester le lingot d’or en leur possession, constatant qu’il s’agit d’un produit de qualité (22 carats). Grace aux conseils de l’ingénieur, toute l’équipe s’était ensuite rendue au Centre des analyses, des essais et de la métrologie minière (Caemi), un laboratoire du ministère des Mines, pour les formalités administratives nécessaires à l’exportation de leur marchandise. Leur voyage au Cameroun avait donc été une réussite totale.

Rendez-vous reporté

Quand les Canadiens reviennent en novembre, ils veulent reproduire le même schéma des actions qu’ils ont menées en octobre. Le DG de leur entreprise a déjà focalisé un vendeur d’or à Douala. Le nommé Hissein Mohamed Sadou, alias Alhadhi Général, titulaire d’un passeport centrafricain, est détenteur d’une grande quantité d’or qu’il est prêt à céder. Les Vervile entendent s’appuyer sur le Capam pour s’assurer que l’or est de qualité. Sauf que l’institution dispose d’un bureau à Douala qui ne s’occupe que du sable.

M. Fahloh Nghondi, qui leur a été d’une grande utilité en octobre, est en congé. Le DG de CX Trading Cameroon Sari et ses deux partenaires canadiens vont faire, un premier voyage à Douala le 4 novembre. C’est un voyage inutile, les Canadiens souhaitant être accompagnés par un testeur disposant d’un spectomètre, un équipement technique nécessaire pour s’assurer que les minerais proposés à la vente sont de bonne qualité.

Devant la police judiciaire, Charles Verville explique avec ses propres mots pourquoi ce premier voyage à Douala a été infructueux : «Nous avons été obligés de reporter le rendez-vous parce que j’avais exigé la présence d’un testeur du Capam, ce qui n’avait pas été le cas. Nous avons donc remis 1e rendez-vous pour le lendemain et nous sommes repartis à Yaoundé. En chemin pour Yaoundé, les fournisseurs nous ont envoyé une vidéo pour nous montrer l’or qu’ils voulaient nous vendre. M. Happy a contacté le responsable du Capam que nous avions rencontré une semaine plus tôt et nous lui avons demandé de nous accompagner à Douala. Ce qu’il a fait.» Une version corroborée par tous les autres protagonistes lie l’affaire.

En fait, l’équipe a repris le chemin de Douala dès le lendemain, 5 novembre, enrichie de la présence de M. Fahbh Ghondi. Mais les Canadiens sont surpris de constater que l’ingénieur n’est pas en possession du spectomètre. Les formalités régulières de sortie de ce matériel des bureaux du Capam auraient nécessité du temps dont ne disposeraient pas les Canadiens, explique M. Fahbh Nghondi, qui croit qu’une solution sera trouvée à Douala. Le cadre db Capam connaît les responsables de la société Royal Gold & Diamond, un bureau d’achat de pierres précieuses basé dans la capitale économique qui pourrait les dépanner. C’est du moins ce qu’il dit.

Quand les Canadiens et leurs accompagnateurs arrivent à Douala, ils se dirigent comme la veille à Hôtel Serena, où séjourne M. Hissein Mohamadou Saclou, le vendeur d’or. «Nous nous sommes retrouvés dans le même hôtel Nous avons conclu avec le fournisseur pour l’achat de 100 kg d’or sous réserve de l’expertise dans l’endroit désigné par le responsable du Capam, au pris de 23 mille francs le gramme. Rendu à cet . endroit, les fournisseurs ont amené la marchandise qui a été fondue et testée, moyennant une somme de 10 millions de francs d’après ce que nous a dit Olivier (Happy Tchankou), puisque c’est lui qui effectuait les paiements», explique Charles Verville tors de l’enquête policière.

Test par la fonte

En fait, M. Fahfoh, qui n’a pas pris part aux discussions pour l’achat de l’or à l’hôtel, a profité de ce temps pour repérer les ateliers de Royal Gold & Diamond, qui dispose d’une fonderie. Les autres protagonistes de l’affaire l’y ont retrouvé avec la cargaison d’or pour tester cette marchandise. Le test se fait uniquement au moyen de la fonte des lingots d’or en cours d’acquisition.

Luc Verville, qui est gemmologue, c’est-à-dire un spécialiste du domaine de la minéralogie appliquée à l’étude lies pierres (gemmes) et à leur utilisation en joaillerie, supervise tout. Il est dans son rôle statutaire au sein de CX Trading Cameroon Sari II se fait assister par l’ingénieur des mines et de la géologie du Capam, M. Fahloh Nghondi. Les deux experts n’ont aucun doute, au vu de la fonte des lingots d’or en cours d’acquisition, qu’il s’agit bien de l’or.

Chargé parmi les promoteurs de CX Trading Cameroon Sari de toutes les formalités administratives et des paiements, M. Happy Tchankou, le DG de l’entreprise, n’est pas resté dans les ateliers de Royal Gob & Diamond jusqu’à la fin (tes tests. Avec l’un des quatre éléments de la Sécurité militaire présents pour des besoins de sécurité, il a regagné Yaoundé pour apprêter les paiements. 11 prétend que sa présence auprès du banquier de l’entreprise, Afriland First Bank, est nécessaire, pour finaliser le paiement. Cela n’empêche pas que la transaction soit conclue et que les Canadiens regagnent Yaoundé avec toute leur moisson.

Sans doute satisfaits par l’affaire qu’ils viennent de conclure, les Canadiens ne résisteront pas beaucoup à une nouvelle proposition de vente d’or que leurs font les fournisseurs. Ces derniers disent être détenteurs d’une autre cargaison de 200 kg d’or. C’est une aubaine, disent les deux Canadiens,-, que M. Happy Tchankou leur demande avec insistance de saisir. C’est 72 heures plus tard, soit le 9 novembre, qu’une partie de cette marchandise sera acquise. Les Canadiens ne se doutent plus de la qualité de l’or. Ils passent à l’achat sans plus prendre des précautions de test et de fusion. C’est un peu plus de 5 milliards de francs qui sont dépensés pour l’acquisition des 218 kg d’or au total.

«Le 9 novembre, explique Luc Verville, Happy Olivier devait venir me chercher à l’hôtel, mais il a plutôt envoyé Cédric (Tientcheu Tassi Fontenelle, un employé de CX Trading- Cameroon Sari) vers 9h30 pour me conduire-dans un appartement à la Cité v^te, qui serait le domicile de Cédric. Les fournisseurs m’y ont retrouvé avec 118 kg d’or. Vu que c’était le même fournisseur et le même type ite lingots, je les ai pesés. Le fournisseur nous a dit que son fils fait des études au Canada et qu’il entreprenait lie le rejoindre. Nous avons convenu de faire le virement depuis le Canada dans un compte canadien qu’il nous a fourni. Finalement, M. Happy est arrivé lorsque j’étais en train d’emballer la marchandise. Il a envoyé un chauffeur pour chercher mon fils (Charles), qui nous a retrouvés. Nous avons juste retenu que le fournisseur s’appelle entre autres Général, car il était appelé avec plus (te cinq noms».

Documents de voyage

Depuis l’acquisition de la première cargaison de 100 kg d’or, la société Cx Trading Cameroon a procédé à l’affrètement d’un jet pour l’écoulement de la marchandise à Dubaï. Cédric Fontenelle Tientcheu Tassi a assuré toutes les formalités d’arrivée et de départ de cet avion du Cameroun, y compris les autorisations de survol des territoires se situant sur la trajectoire qui mène aux Emirats Arabes Unis, Au départ, le décollage du jet transportant l’or est prévu à 19h avec à son bord les deux Canadiens, mais aussi Cédric Fontenelle Tientcheu Tassi et Olivier Happy Tchankou. Sauf que M. Happy Tchankou prend prétexte d’une mésentente avec Luc Verville à la suite de la mission de Douala pour renoncer au voyage de Dubaï. Il sait, sans doute, qu’il n’a pas obtenu les documents nécessaires à la sortie du Cameroun des 218 kg d’or, mais ne le dit pas à ses partenaires.

Lorsque que les deux Canadiens quittent les appartements de Cédric à la Cité verte pour l’Aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, le 9 novembre, à bord des deux Toyota-Prado mis à leur disposition par leur partenaire, ils ne se doutent de rien. C’est donc en cours de chemin qu’ils sont cueillis par la police. Les 5 colis d’or sont saisis. Les Canadiens sont mis aux- arrêts avec les chauffeurs des deux Toyota-Prado. Cédric Fontenelle Tientcheu Tassi et Olivier Happy Tchankou sont laissés en liberté. Là commencent les mics-macs qui vont aboutir au procès actuellement en cours, à la suite d’une enquête policière à rebondissements.

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