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Actualités of Tuesday, 17 August 2021

Source: Kalara

Epervier: l'ancien caissier principal et 5 vigiles du PAD condamnés pour détournement

Il s'agit d'un détournement de 76 millions de francs réalisé en simulant un braquage Il s'agit d'un détournement de 76 millions de francs réalisé en simulant un braquage

Un ancien caissier principal au Port autonome de Douala et cinq vigiles en charge de la sécurisation de cette entreprise d’Etat ont écopé de lourdes peines devant le TCS pour le détournement de 76 millions de francs réalisé en simulant un braquage.

La messe est dite pour les cambrioleurs du Port Autonome de Douala (PAD). Gaspard Aliguena, l’ancien caissier principal de l’entreprise d’Etat, et cinq employés de la société de gardiennage Protes Cameroun en charge jusqu’en 2015 de la sécurité du PAD sont reconnus coupables de la coaction de vol aggravé, recel aggravé et détournement de la somme totale de 76 millions de francs opéré nuitamment au préjudice du PAD en avril 2012.

Cette sentence est tombée le 26 juillet dernier devant le Tribunal criminel spécial (TCS), en l’absence de tous les accusés qui comparaissaient libres. L’ex-caissier s’est tiré d’affaires avec 12 ans d’emprisonnement ferme, tandis que ses compagnons d’infortune, notamment Jean Todou Troumba, Bouba Nehi, Pierre Kong et Oumarou Assane ont écopé de l’emprisonnement à vie. M. Djuimo Happi, lui-aussi en service à Protes Cameroun a écopé de 10 ans de prison.

Pour asseoir la culpabilité des mis en cause avant de rendre son verdict, le tribunal est longuement revenu sur les faits au centre du procès. Dans la matinée du lundi 19 avril 2012, les dirigeants du Port Autonome de Douala avaient découvert le cambriolage du bureau du caissier-principal de l’entreprise d’Etat. Le forfait déploré a été réalisé sans effraction. La poignée de la porte avait été légèrement forcée sans être cassée. Or, l’allée donnant au bureau cambriolé était protégée par une grille qui n’avait pas été détruite. Bien que partageant le bureau allégué avec le caissier-secondaire Yanga Pierre, M. Aliguena était le seul à détenir les clefs dudit bureau, ainsi que l’unique clef du coffre-fort mis à sa disposition.

La brigade de gendarmerie du port de Douala était aussitôt descendue sur les lieux. Le bureau cambriolé était ouvert en présence de M. Aliguena et d’autres autorités. Ce dernier va signaler aux enquêteurs qu’en quittant son bureau vendredi, il a laissé deux sacs contenant 20 millions de francs. Les sacs étaient vidés de leur contenu. Il n’a pas ouvert le coffre-fort en présence des enquêteurs qu’assistaient l’huissier de Justice requis pour faire les constations. C’est plus d’une heure plus tard, alors que les enquêteurs avaient quitté les lieux, que M. Aliguena a signalé à sa hiérarchie que mêmes le contenu du coffre-fort mis à sa disposition a été dévalisé, un peu plus de 56 millions de francs. Les premiers soupçons étaient portés sur les vigiles en faction au PAD le week-end des faits. Ils étaient interpellés comme M. Aliguena.

Tour de contrôle

Lors des enquêtes policières, M. Djuimo Happi, le chef de l’équipe des vigiles incriminés, expliquait que son élément Todou Troumba avait déserté son poste dans la nuit du 12 au 13 avril 2012 prétextant une maladie. En quittant les lieux, le concerné portait un gros sac à dos. La petite amie de M. Todou révèlera à son tour que son copain lui a révélé son forfait expliquant qu’il avait trouvé plusieurs sacs dans le bureau cambriolé pleins d’espèces. Il n’a pris qu’une partie parce qu’il ne pouvait pas tout emporter.

La société Protes Cameroun s’était vu obligée de payer la somme 20 millions de francs au PAD pour un arrangement à l’amiable. Les vigiles incriminés et M. Aliguena étaient d’abord traduits devant le Tribunal de grande instance (TGI) du Wouri avant que l’affaire n’atterrisse finalement au TCS pour compétence.

Pour sa défense, M. Aliguena avait expliqué que le vendredi 17 avril 2012, il a procédé au paiement des frais des stagiaires. Et à 17h, il s’est rendu à une cérémonie organisée en l’honneur d’un collègue qui allait en retraite. Ce qui l’avait empêché de procéder au reversement des fonds collectés ce jour-là dans un compte bancaire du PAD. Les juges ont rejeté cet argument au motif que son refus d’ouvrir le coffre-fort en présence des enquêteurs et des autorités, était une façon de camoufler la distraction des fonds contenus dans le coffre-fort, qui n’a jamais été dévalisé et dont il était le seul à détenir l’unique clef. De plus, a ajouté le tribunal, la copine de M. Todou a révélé lors des enquêtes que son mari lui a dit qu’il n’a emporté qu’une partie des fonds trouvés dans le bureau de M. Aliguena. «Force est de comprendre qu’étant le seul détenteur de la clef du coffre-fort, il est le seul qui a détourné les 56 millions de francs» qui s’y trouvaient.»

S’agissant des vigiles, le tribunal a estimé qu’ils ont laissé partir M. Todou pour faciliter la sortie des fonds pour se partager le butin plus tard. Le tribunal a rappelé que M. Djuimo Happi a lui-même avoué pendant son interrogatoire que si la porte avait été cassée, il aurait entendu les bruits, car à partir de son bureau, il avait une large vue sur le site cambriolé. Ce qui lui permettait de voir les mouvements des usagers. «Chef de poste, il pouvait voir tout le monde qui entrait et sortait (…). Son bureau était une véritable tour de contrôle. Il a laissé sortir Todou Troumba pour l’aider à s’accaparer les fonds publics de manière criminelle». De plus, «si on cassait le bureau il devait forcement entendre le bruit».

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