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Actualités of Monday, 9 August 2021

Source: Émergence

Epervier: comment des contrôleurs financiers facilitent les détournements de deniers publics

Ils représentent en effet l’un des éléments importants dans la chaîne de dépense de l’Etat Ils représentent en effet l’un des éléments importants dans la chaîne de dépense de l’Etat

Ils représentent en effet l’un des éléments importants dans la chaîne de dépense de l’Etat. Voici les stratégies et les impacts de leurs opérations dolosives contre l’Etat et les usagers.

« Nous devons être ici dans le box avec tous les acteurs de la chaîne de l’exécution de la dépense publique. L’ordonnateur délégué à qui je ne reproche rien, le contrôleur financier qui travaille en toute indépendance, le comptable… Ils devraient être cités comme complices », dixit Edgar Alain Mebe Ngo’o lors de l’audience du 15 juillet 2021 au tribunal criminel spécial (Tcs).

Il faut noter que l’ancien ministre est accusé d’avoir pioché entre autres dans les caisses de l’Etat à travers dix marchés spéciaux dits fictifs et de trois autres qualifiés de « fictifs » et de «surfacturés », pour un peu plus d’un milliard de fcfa présumés détournés, et bien d’autres faits qui ramènent la facture globale devant les juges à près de 26 milliards de fcfa.

Plus loin, lors de son examination-in-chief, ce cador du régime de Yaoundé soutient que la pièce portant sur l’ordre de paiement de 39,729 600 milliards de fcfa est visé du contrôleur financier d’alors avec la mention « dépense validée ».

C’est alors que le document est transmis à l’ordonnateur délégué qui attestent de « la régularité et la conformité des marchés », a-t-il dit. En d’autres termes, les contrôleurs financiers (CF), pour ne parler que d’eux, font bel et bien partie de la chaîne de la dépense publique ; ils devraient ainsi faire l’objet d’une attention particulière dans le cadre de la lutte contre les détournements de deniers publics.

D’ailleurs, quelques clichés sur ces « hommes dans ou de i’ombre » permettent de s’immerger au cœur de la face cachée de l’immense iceberg que constituent les DBP.

En effet, ce n’est pas une première que l’on cite les contrôleurs financiers dans des manœuvres conduisant à des détournements de deniers publics. Plusieurs sont déjà tombés dans les mailles de la justice. Une procédure judiciaire a par exemple opposé le ministère des enseignements secondaires (Minesec) à 26 personnels du même département ministériel. Ils ont dû s’expliquer devant le Tcs.

Il ressort finalement de ce dossier que dame Eboutou Akono, ép. Minlo en charge des finances et ex-contrôleur financier a été condamnée à une peine privative de liberté en 2017 pour avoir facilité le détournement de 60, 44 millions de FCFA des frais de missions fictives, au même titre que ses coaccusés l’ancien directeur des examens et concours, Rouly Mbila (décaissements irréguliers de 316.349.986 FCFA), Akoa Akoa Nicodème (ancien inspecteur général des services (771,985 millions FCFA), Mvondo Mvondo Augustin autrefois coordonnateur exécutif de la cellule des projets PPTE (90,754 865 millions FCFA) et le responsable Ad-hoc des caisses d’avance, Ateba André Marie (12,4 millions FCFA).

La liste n’est pas exhaustive compte tenu de la pléthore des affaires qui atterrissent au Tes chaque jour et qui concernent des agents du Minfi et les autres départements ministériels.

Validation et illicéité

Très peu au-devant de la scène, les contrôleurs financiers dans les services de l’Etat sont donc, pour beaucoup, à mettre à l’index dans le cadre des détournements des deniers publics, eux qui sont au cœur de la validation des marchés publics.

« Un sondage réalisé à cet effet a relevé que les gestionnaires de crédits véreux représentent près de 89% des gestionnaires », a expliqué Etienne Djomatchoua, le secrétaire général du Sypremap, le syndicat national des prestataires des marches publics dont l’une des missions est de travailler, avec les institutions publiques, à l’assainissement du secteur des marchés publics. C’est le cœur même de nombreux scandales financiers, à en croire le syndicat.

Le 29 avril 2021, dans le cadre de la rencontre qui a fait intervenir le ministère délégué à la présidence de la République en charge du contrôle supérieur de l’Etat (Consupé), le ministère des finances (Minfi) et d’autres administrations publiques, les participants ont tablé sur le thème « Sécurisation et protection de la fortune publique dans le cadre de la gestion de la commande publique pour un Cameroun émergent ».

On retient de l’intervention d’un responsable du Minfi qu’au rang des acteurs à interpeller, figurent en bonne place les contrôleurs financiers qui, souvent, sont « les facilitateurs » dans ces détournements de deniers publics (DBP), notamment ceux qui opèrent dans les zones où les procédures de contrôle ne sont pas informatisées.

Dans sa suite, les syndiqués ont soutenu que 24% des bons de commandes sont vendus avant même le lancement du budget ou l’ouverture des lignes de crédit, et que « 18% des bons de commande ne sont pas livrés, mais payés ».

Il s’agit entre autres de l’ensemble des contrats conclus à titre onéreux par l’Etat qui peut avoir recours à des opérateurs privés dans l’optique de répondre à ses besoins en matière de travaux, de fournitures ou de services’ avec un ou plusieurs opérateurs économiques. Les collectivités territoriales décentralisées font partie des poches d’évasion des fonds publics, a-t-il été dit au cours de l’échange. C’est avec le concours des contrôleurs financiers, a-t-on insisté à cause la mention «payée ».

Dans une interview accordée au Quotidien Emergence le 1er Mai 2021, Etienne Djomatchoua, le secrétaire général du Sypremap, estimait alors que « tous les secteurs sont touchés ; aucun secteur n’est épargné, partant de la livraison des biens et services à la livraison des chantiers de construction en passant par la livraison des fournitures matériel et mobiliers de bureau ».

« Ce n’est pas moi qui vais vous aider à compter les chantiers abandonnés des routes bitumées sur du papier réceptionnées et payées par le contribuable. Certainement qu’en votre qualité de journalistes vous avez de meilleurs exemples », avait-il souligné.

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