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General News of Friday, 11 December 2020

Source: cameroun24.net

Emploi: violations des libertés syndicales et les droits des travailleurs au sein des Brasseries du Cameroun

Dans une correspondance dont cameroun24 a reçu copie, les confédérations syndicales des travailleurs du Cameroun mettent en garde le Directeur Général du Groupe SABC.

LES CONFEDERATIONS SYNDICALES DES TRAVAILLEURS DU CAMEROUN

A
Monsieur le Directeur Général du Groupe SABC
Douala



Objet : Mise en garde contre les violations des libertés syndicales et les droits des travailleurs au sein de votre Entreprise.


Monsieur,
Nous avons accueilli votre arrivée le 1er Janvier 2017 à la tête de ce groupe qui est le fleuron de l’industrie camerounaise avec beaucoup d’espoir. Nous avons pensé sans aucune réserve que votre arrivée permettrait de renforcer le climat social et surtout d’améliorer les conditions de travail de vos collaborateurs.

C’est avec une grande amertume que nous constatons que vous vous illustrez plutôt dans la pratique de l’esclavagisme, car l’une de vos plus grandes réalisations depuis votre avènement aux commandes de la Société Anonyme des Brasseries du Cameroun, est d’avoir réussi le tour de force de plomber le climat social de cette Entreprise comme jamais aucun de vos prédécesseurs ne l’a fait depuis 1948.

Avant de donner des éclaircissements sur nos propos, permettez-nous de vous rappeler que le Cameroun est membre à part entière de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et a ratifié les conventions 87 et 98 respectivement sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, les négociations collectives et le droit d’organisation. C’est fort de ces conventions et des textes légaux applicables au Cameroun que vos prédécesseurs ont toujours reconnu l’existence des syndicats et le respect des libertés de ces organisations.

Jusqu’à il y a deux ans, le modèle du dialogue social mis en place par vos prédécesseurs et consigné d’ailleurs dans l’accord d’établissement (signé par les organisations syndicales et l’employeur), a toujours été cité en exemple et a par ailleurs porté ses fruits, car jusqu’ici aucune véritable grève n’a eu lieu dans cette Entreprise, pourtant les travailleurs ont souvent eu des raisons d’y en arriver.

Pour revenir aux faits, en Juin 2019, vous avez commencé vos basses manœuvres, en obtenant le licenciement des trois portes paroles des délégués du personnel de votre structure sur le fallacieux prétexte de ‘’ perte de confiance’’, alors même que tout ce que vous leur reprochiez était en lien étroit avec leurs activités de délégués du personnel.

Pour donner du poids à vos accusations à leur endroit, vous avez prétendu que leurs correspondances signées pourtant en qualité de délégués du personnel violaient selon vous le code éthique de votre Entreprise qui n’existait que dans votre imagination.

Sinon comment expliquer que ça ne soit qu'en septembre 2020 que vous ayez modifié le règlement intérieur de votre Entreprise sans requérir l’avis des délégués du personnel tel que le prescrivent les textes légaux, juste dans l’intention d’y ajouter un article mentionnant le fameux code éthique.
Vos conseillers en matière de ressources humaines avaient oublié de vous rappeler que le seul document légal reconnu pour établir les règles au sein d’une Entreprise est le règlement intérieur.

Dans ce dernier que vous avez vite fait de modifier, il n’était nulle part fait mention d’un quelconque code éthique et pire encore dans ce règlement intérieur, l’ensemble des fautes pouvant conduire à un licenciement étaient énumérées.

Aucun motif sur cette liste pour justifier le licenciement de ces représentants des travailleurs et syndicalistes n’a été apporté, en violation flagrante de la convention 87 de l’OIT, vous avez une fois de plus supprimé cet article listant les fautes pour vous permettre de continuer à tenir une épée de Damoclès au-dessus des têtes des délégués actuels qui ne vivent plus que dans la peur d’être à leur tour licenciés.

Les Centrales Syndicales des Travailleurs du Cameroun ont dénoncé avec la dernière énergie ces licenciements des délégués du personnel en écrivant plusieurs correspondances aux autorités en charge de l’administration du travail. Pour cela nous convions les organisations internationales en copie pour nous accompagner dans cette défense des droits fondamentaux des travailleurs.

Monsieur le Directeur Général,

Comme nous le pensions, le licenciement de ces leaders n’avait en fait que pour seul but, de faire passer en force votre agenda caché. C’est ainsi qu'en fin d’année 2019, vous avez catégoriquement refusé d’appliquer la résolution relative à l’augmentation des salaires liée au taux d’inflation au mépris du procès-verbal d’une de vos réunions statutaires signé pourtant des deux parties.

Dans la même lancée, en février 2020, vous avez décidé de manière unilatérale de suspendre les retenues syndicales à la source de toutes les organisations syndicales représentées au sein de votre Entreprise au mépris des bulletins d’adhésion individuelles qui avaient pourtant été signés par les travailleurs autorisant cette retenue, sans oublier que ces retenues à la source ont toujours été effectuées depuis des décennies par vos prédécesseurs conformément aux dispositions légales et règlementaires.

Cette basse manœuvre n’avait pour but que de fragiliser les organisations syndicales dans l’optique de régner en maître absolu, encore une fois en violation de tous les textes reconnaissant la liberté syndicale.
Votre accord d’établissement qui est une convention signée entre les syndicats et l’employeur en son article 4 dispose que :

<< Le présent accord maintient les avantages acquis par les travailleurs. Cependant toute modification fera l’objet d’une négociation entre les deux parties>>.
Au mépris des dispositions de cet article 4, vous avez délibérément choisi de violer l’article 13 du même accord d’établissement sans au préalable avoir fait une négociation avec les signataires de cet accord. L’article 13 dispose que :
<< Les parties font référence à la réglementation en vigueur en ce qui concerne les modalités d’application de la durée hebdomadaire du travail, des dérogations admises et de la rémunération des heures supplémentaires.
Cependant les heures de travail effectuées les jours de fêtes légales, civiles, et religieuses, ainsi que les dimanches, sont payées aux titres des heures supplémentaires avec une bonification de 50%. La rémunération journalière des Agents de maîtrise sera également bonifiée de 50% en cas de travail le dimanche ou un jour de fête.

Toutefois, pour le cas spécifique des Agents de Maîtrise, les heures supplémentaires effectuées au-delà du forfait actuel seront payées conformément aux conditions définies par note de Service de la Direction Générale>>.
Au mépris de cette disposition de votre accord d’établissement et sans avoir eu une négociation préalable avec les signataires de cet accord, vous avez une fois de plus et de manière unilatérale décidé d’arrêter le paiement des heures supplémentaires et des heures de dimanche tel que stipulé dans l’article 13.
Pire encore, l’article 40 de votre accord d’établissement dispose clairement que :
<< Une réunion de concertation entre les Délégués du Personnel et la Direction Générale se tiendra au moins deux fois par an au Siège Social.Le nombre de participants sera défini par note de service de la Direction Générale>>.
Il faut donc rappeler qu’ayant installé un climat social délétère et une psychose qui ne permet plus aux délégués du personnel de vous présenter les préoccupations des travailleurs et de jouer pleinement leur rôle, de peur d’être licenciés, surtout que vous leur rappelez régulièrement avoir à votre solde les autorités en charge de l’administration du travail et ce qui se justifie d’ailleurs par leur mutisme.

Tout au long de l’année 2020, aucune réunion de concertation avec les représentants des travailleurs n’a été organisée tel que le prévoit pourtant l’article 40 de votre accord d’établissement.

Monsieur le Directeur Général,

Ces violations flagrantes et répétées de ces différents accords, ces entraves à l’exercice des fonctions des Délégués du Personnel, cette violation éhontée des libertés syndicales et le non-respect des conventions internationales de l’OIT, démontrent à suffisance de la détérioration flagrante du climat social au sein de votre entreprise malgré le calme apparent lié à la peur des travailleurs.
Tout ceci nous fait penser à la période d’esclavage et cela au moment où la plupart des multinationales dans le monde essayent de mettre le travailleur au centre de la vie quotidienne des Entreprises en privilégiant un dialogue social saint, seul gage d’une réussite, pourtant il revient aux sociétés multinationales de faire valoir leurs responsabilités sociales et sociétales pour le bien être des travailleurs.

Les Centrales syndicales du Cameroun ne pouvant se faire complices de pareilles dérives, condamnent avec la dernière énergie votre management et vous adresse cette mise en garde afin de vous exhorter dans les plus brefs délais à restaurer tous les avantages acquis par les travailleurs et rétablir le reversement des cotisations syndicales à tous les syndicats représentés dans votre entreprise.

Conscients des efforts que ne cesse de faire le Chef de l’Etat du Cameroun pour la préservation et la pérennisation de la paix sociale et dans l’optique de l’y accompagner, nous préférons d’abord nous limiter à cette mise en garde pour le moment.

Monsieur Le Directeur Général,

Comptant sur votre bonne compréhension, veuillez agréer Monsieur le Directeur Général, l’assurance de notre franche collaboration.


Fait à Yaoundé le 04/12/2020

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