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General News of Tuesday, 2 February 2021

Source: ecomatin.net

Emmanuel Neossi au cœur d’un nouveau scandale

Le 25 septembre 2020, Afreximbank basée au Caire adresse une correspondance enflammée au ministre camerounais de l’Economie. Correspondance dont EcoMatin a pu obtenir une copie. La banque africaine d’Import-Export sollicite l’intervention de l’Etat camerounais et de la BEAC, dans une affaire où elle estime avoir été flouée par Emmanuel Neossi, Patron entre autre de Producam et de Neo Industry. L’affaire semble tellement grave que l’institution financière affirme qu’elle pourrait avoir des répercussions négatives sur les relations entre elle et les Etats de la Cemac. A l’origine, un emprunt réalisé par Producam auprès d’Afreximbank, en pool bancaire avec Commercial bank Cameroon (CBC) pour financer la production et l’exportation du cacao. Lire l’enquête de EcoMatin.

Surnommé le « Prince » du Cacao camerounais, Emmanuel Neossi, est depuis plusieurs mois dans la tourmente. Le self made man a visiblement choisit le silence comme réponse à ces polémiques qui se succèdent autour de sa personne, mais n’en finissent malheureusement pas. La quarantaine révolue, cet entrepreneur au succès prolifique s’est lancé, très jeune dans la cacao-culture pour en devenir aujourd’hui l’un des barons. Grace à sa société Producam, l’homme a acquis en l’espace de quelques années des parts considérables sur le segment de l’exportation de l’or brun avec une capacité de collecte de plus de 45 000 tonnes.

En 2018, Producam a réalisé un chiffre d’affaires de 268 millions d’euros, devenant le 3e exportateur du pays derrière TelcarCocoa et Olam. En 2019, Emmanuel Neossi fait sensation en s’immisçant dans la transformation du cacao avec son entreprise Néo-Industry basée à Kekem. D’un coût global de 54 milliards de FCFA, l’usine détient un potentiel de transformation de fèves de cacao estimé à 32 000 tonnes. Malgré son parcours exceptionnel, ce digne fils de l’arrondissement de Kekem, dans le département du haut Nkam, région de l’Ouest Cameroun est à nouveau au centre d’une polémique.

Les faits

Le 25 septembre 2020, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) adresse une correspondance enflammée au ministre camerounais de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat). Correspondance dont EcoMatin a pu obtenir une copie, et dans laquelle elle sollicite l’intervention de l’Etat camerounais et de la Beac, dans une affaire sur laquelle elle estime avoir été flouée par Emmanuel Neossi. L’affaire semble tellement grave que l’institution financière dit qu’elle pourrait avoir des répercussions négatives sur les relations entre elle et les Etats de la Cemac.

A l’origine du problème, un emprunt réalisé par Producam auprès d’Afreximbank, en pool bancaire avec Commercial bank Cameroon (CBC) pour financer la production et l’exportation du cacao. Le montant ainsi que les autres conditions de crédit ne sont pas mentionnés ; mais l’on sait qu’une entreprise nommée « ACE S.A» avait été désignée comme tiers garant de l’opération. Le rôle de cette dernière étant de conserver les stocks de marchandises devant servir de garantie pour la couverture pour le respect des échéances.

Sauf que les choses ne se passent toujours pas comme prévus. Selon la correspondance d’Afreximbank, lesdits stocks ont été détournés et revendus par Producam à son insu. Emmanuel Neossi a frauduleusement « soustrait les garanties constituées alors que la restructuration du crédit était en cours » révèle une source au Minepat. Une situation des plus rocambolesque dans laquelle ne semble plus se retrouver la Banque africaine et son associé de circonstance, Commercial bank Cameroon. Dans sa lettre, l’institution appelle les autorités camerounaises à intervenir sur ce dossier afin qu’elle puisse rentrer en possession de son dû.

Restructuration

Comme pour donner plus de chance à sa réclamation, Afreximbank écrira également à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), institut d’émission commune aux six pays de la Cemac pour solliciter son arbitrage, apprend-on de bonnes sources. Saisi, Abbas Mahamat Tolli, le gouverneur de la Beac transmettra le dossier à la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac), dont il assure également la présidence. «Au regard de cette situation qui pourrait remettre en cause gravement les relations entre Afreximbank et le Cameroun, et partant la CEMAC, vous voudrez bien notamment : faire procéder, sans délai, à une vérification sur place de cet engagement auprès de CBC ; évaluer les conséquences potentielles de cette situation sur CBC ; établir les différentes responsabilités en rapport avec la loi camerounaise sur la pénalisation du non-remboursement des crédits» peut-on lire sur la correspondance du gouverneur de la Beac adressée au Secrétaire général de la Cobac.

Mais à peine l’enquête démarrée, la Commercial bank Cameroon engage un plaidoyer auprès de la Cobac sous prétexte qu’une opération de restructuration des engagements d’Emmanuel Néossi est déjà en cours. En clair, l’homme d’affaires aurait trouvé une entente avec de nouveaux partenaires internationaux lesquels devraient apporter 46% de la nouvelle capitalisation de ses entreprises, soit 156 millions d’euros (environ 102,5 milliards de FCFA). « Cette ligne de financement devait permettre à l’homme d’affaire d’honorer ses engagements auprès d’Afreximbank, de Commercial bank Cameroon et financer ses autres projets» explique notre source proche du dossier au Ministère camerounais de l’Economie.

A ce jour, difficile de savoir à quel niveau se situe l’affaire, tant les parties prenantes ont choisi le silence comment moyen de communication. Contacté à maintes reprises par nos soins, le promoteur de Producam n’a pas jugé nécessaire d’apporter des réponses à notre questionnement sur cette affaire. Même cas d’espèce pour Commercial bank Cameroon et Afreximbank qui, au moment où nous mettions sous presse n’avaient pas toujours répondu à nos sollicitations.

Quoi qu’il en soit, il convient de dire qu’Emmanuel Neossi n’est pas à son premier déboire avec les établissements bancaires. Le plus récent en date est celui l’opposant à SCB Cameroun. La filiale camerounaise du groupe Attijariwafa Bank avait engagé un recouvrement forcé de ses créances, en démantelant purement et simplement l’usine Neo Industry de Kekem parce que le promoteur n’arrivait pas à honorer les traites de ses créanciers. SCB y détenant jusqu’à 80% de 50 milliards de Fcfa d’engagements du système bancaire dans le financement du projet de l’usine de Kekem.

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